Mobilisés depuis le 24 janvier dernier, les agriculteurs de toute l’Occitanie vont poursuivre leurs actions cette semaine à Montauban, Auch et Toulouse. Une délégation sera reçue mercredi par le ministre de l’agriculture, Stéphane Travert. La raison de leur colère ? Une nouvelle carte où les communes recensées en tant que « zones agricoles défavorisées » fondent comme neige au soleil…

Mercredi 24 janvier, quelques 1500 agriculteurs de toute la région Occitanie s’étaient donnés rendez-vous à Montauban pour manifester contre la nouvelle carte des « zones agricoles défavorisées » (ZAD). Cette carte imposée par les instances européennes avait pourtant toutes les chances d’être retoquée par le ministère de l’agriculture du gouvernement Cazeneuve qui s’était montré réceptif aux arguments avancés par les syndicats d’agriculteurs. Pourtant presqu’un an après, les agriculteurs enchainent les actions coup de poing pour faire reculer Stéphane Travert et son ministère.

La mort est dans le pré

La question est cruciale. Vitale même. Les exploitations agricoles situées sur des communes en « zones agricoles défavorisées » touchent une aide de l’Europe, l’indemnité compensatoire de handicaps naturels (ICHN), de l’ordre de 6000 à 12 000€ par an. Cette subvention de la PAC, représente pour beaucoup, plus de la moitié des revenus de l’exploitation. D’où le fatalisme d’un Alain Iches, président de la FDESA 82 :

« Si cette réforme passe en l’état, ça va être la faillite pour bon nombre d’agriculteurs de notre département. »

La nouvelle carte proposée par le gouvernement est une véritable saignée. Pour le département du Tarn-et-Garonne par exemple, jusqu’à présent 181 des 195 communes bénéficiaient de cette aide. Avec ce nouveau tracé, elles ne seraient plus que 82. A l’échelle de l’Occitanie, ce sont quasiment 1000 communes qui se verraient supprimer le statut de ZAD.

Cette nouvelle cartographie est la goutte qui fait déborder le vase. Pour rappel, un rapport de la Mutualité Sociale Agricole (MSA), paru en octobre dernier, révélait cette terrible statistique : 30% des agriculteurs gagnent moins de 350€ par mois. On comprend mieux les raisons de la colère du secteur primaire dans lequel un agriculteur se suicide tous les deux jours. Les manifestants de Montauban l’ont d’ailleurs intelligemment rappelé via des slogans et objets symboliques. Un tracteur avec l’inscription « la mort est dans le pré ». Des bottes et une blouse de travail suspendus aux arbres pour rappeler cette vague de suicide continue. Un mannequin, écartelé, sur lequel il était inscrit « la mort ». Ou un pick-up avec l’inscription « on vous nourrit, mais nous on crève ».

Une mobilisation offensive dans la plus pure tradition des mobilisations paysannes

Ce 24 janvier, après avoir bloqué la rocade de Montauban, le chef-lieu du Tarn-et-Garonne était une ville morte. Les écoles, collèges, lycées et magasins du centre-ville ? Fermés. Le transport scolaire ? Annulé. Les accès au centre-ville via la rocade ? Bloqués, depuis la matinée. Dans l’après-midi, les manifestants s’étaient regroupés dans le centre-ville. Quelques 140 tracteurs mobilisés pour l’occasion et un énorme brasier devant la préfecture où flambaient vieux pneus, fumiers et déchets agricoles. Une manifestation qui aura coûté quelques 70 000 euros à la mairie de Montauban.

La mobilisation aurait pu s’arrêter dans les 48h. En effet, ce 24, le préfet annonce à la délégation emmenée par la FDSEA et les Jeunes Agrculteurs, des avancées notoires. Soi-disant en négociations directe avec le ministère, il annonce la proposition d’une nouvelle carte avec la conservation de 900 communes sur le millier qui devait sortir du statut de ZAD. La confirmation du ministère doit intervenir le vendredi. Mais le 26 janvier, coup de théâtre, le ministère nie en bloc. C’est cet état de fait qui explique les mobilisations répétées depuis, et les blocages sur les routes de toute l’Occitanie.

De la FDSEA à la Confédération paysanne, en passant par les Jeunes Agrculteurs (JA), la Coordination rurale ou le Modef, une fois n’est pas coutume, tout l’arc syndical des agriculteurs est mobilisé pour lutter contre cette attaque qui précariserait encore davantage un secteur qui marche déjà sur la tête puisqu’une partie non négligeable des agriculteurs et éleveurs, dont la production n’est pas rentable, survie grâce aux perfusions des subventions européennes. Du côté de l’UE, la logique libérale est à l’œuvre, une réduction des coûts quitte à mettre… sur la paille des dizaines voire des centaines d’exploitants de la région.

Mercredi 31 janvier en fin d’après-midi, les agriculteurs qui avaient bloqué dans la matinée le périphérique Toulousain puis les abords de François Verdier, obtenaient l’une de leurs revendications, à savoir un rendez-vous à Paris, avec le ministre de l’agriculture. Le vendredi tard dans la soirée, sur leur ZAD à eux, le rond-point d’Aussone, situé au nord de Montauban, Alain Iches lance à la centaine d’agriculteurs :

« Finalement, le ministre a accepté de prendre en compte certains critères. Il y aura une nouvelle carte qu’il nous présentera mercredi lors d’une nouvelle réunion avec la délégation. » Avant de poursuivre, «si nous avons obtenu cette promesse, qui est une avancée non négligeable, c’est grâce à votre mobilisation ! ».

Pour maintenir la pression, de nouvelles actions sont prévues cette semaine. Un blocage autour de la ville d’Auch ce lundi, entre 8h30 et 16h. Le blocage de l’autoroute A20, levé pour le week-end, reprendra dès lundi. Enfin, un blocage progressif de la ville de Toulouse devrait avoir lieu mercredi, et se poursuivre tant que la délégation reçue par le ministère n’obtient pas d’avancées significatives.

Nul doute qu’en cas de nouvelle déception, les agriculteurs finiront par extérioriser toute la colère qui est en eux. « Ils ne savent pas de quoi on est capables », lançait l’un d’entre eux, lors de la manifestation Toulousaine qui avait vu le renfort d’un peloton de CRS de Marseille, au cas où…

Photos des mobilisations du 24 janvier dernier à Montauban, et du 31 à Toulouse.
Crédits : Florian Cauquil pour Univers-Cités.fr.