Philippe Lemistre, chercheur pour le laboratoire interdisciplinaire de recherche sur les ressources humaines et l’emploi (Lirhe) à l’UT1 Toulouse.

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Univers-cités : Le diplôme est-il un rempart contre le chômage ?

Philippe Lemistre : Aucun doute là-dessus. Oui, le diplôme est toujours protecteur contre le chômage et il l’est de plus en plus. On peut donner quelques chiffres. Le taux de chômage des non diplômés est de 32% pour la génération 2004, trois ans après de la sortie du système éducatif. Alors que pour les masters, le taux de chômage n’est que de 6% après trois ans de vie active. Dans les grandes écoles, le taux de chômage est extrêmement bas, on arrive à 4%.

Les jeunes ont-ils tendance à baisser leurs prétentions salariales en temps de crise ?

Il y a l’effet crise qui fait qu’on va accepter des salaires plus bas. Mais il ne faut pas oublier l’existence d’un effet de normalisation. C’est-à-dire que lorsque toute une génération de jeunes obtient des emplois déclassés par rapport à leur formation, la dévalorisation des diplômes devient la règle. Quand on va les interroger, ils ne vont pas dire qu’ils sont déclassés car ils vont trouver ça normal. Aujourd’hui, à minima, un jeune sur dix est déclassé.

Quelles mesures l’Etat peut-il prendre pour relancer l’emploi des jeunes?

En fait, il n’est pas évident que l’Etat dispose de leviers là-dessus. Toutes les politiques publiques sont critiquées pour leurs effets de substitution. En favorisant les jeunes, on va peut-être en embaucher davantage, mais au détriment des moins jeunes. Ce dont on a besoin, c’est d’intermédiation entre les étudiants et les entreprises, car l’insertion se fait d’abord par le réseau social puis par le diplôme. Comment l’intermédiation pourrait-elle se réaliser au niveau des politiques publiques ? Le Pôle emploi pourrait faire ce genre de choses. Dans les universités, on souhaite maintenant aussi s’occuper de l’insertion à travers les bureaux d’aide en insertion professionnelle (BAIP). Comme dans les grandes écoles, on va essayer de créer des réseaux d’insertion. Mais le problème de fond demeure : quand il n’y a pas de travail, il n’y a pas de travail !

A quand un retour à la normale ?

Les baby-boomers vont partir à la retraite. Ils ont différé un peu leur départ du fait de la modification des systèmes des retraites. Mais, vue la démographie, on va nécessairement recruter des jeunes dans l’avenir. Cet effet structurel sera favorable à l’emploi, crise ou pas crise.


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