Le club de quidditch de Toulouse compte une trentaine de licenciés. Ils se retrouvent deux fois par semaine pour s’entraîner. Crédit : C.D.

Si vous êtes fans du monde magique d’Harry Potter, vous avez peut-être rêvé de jouer au quidditch, ce sport de balles sur balais volants. A Toulouse, un club existe pour y jouer sans baguette magique. A rebours de l’image fantasmée, les pratiquants se détachent de l’univers créé par J.K. Rowling.

« J’ai vu les films comme tout le monde, mais je ne suis pas un grand fan. Ce qui m’intéresse dans ce sport, c’est l’aspect physique et stratégique », plante Bastien, licencié du club de quidditch de Toulouse depuis neuf ans. En ce dimanche après-midi de janvier, il a rejoint ses amis aux Argoulets pour un entraînement qui ne manque pas d’attirer l’œil des promeneurs. Trois anneaux de différentes tailles sont positionnés de part et d’autre du terrain, et sept joueurs évoluent sur la pelouse face à face, équipés de protège dents, de crampons et d’un tube en PVC coincé entre les jambes. Le but : faire passer les balles dans les anneaux adverses. Les souafles et les cognards – les balles en jeu – fusent, alors que les joueurs s’efforcent d’attirer l’attention de leurs coéquipiers.

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Au moment de faire une pause pour s’hydrater, Veronika explique ce qui l’a séduite dans la discipline : « C’est un sport mixte et physique. On peut jouer différemment en fonction de notre niveau ou de notre taille, par exemple. On rencontre des gens très différents, on se fait plein d’amis ». Originaire de Slovaquie, elle a joué dans cinq clubs différents en Europe. Au moment de s’installer à Toulouse, « la première chose qu’[elle] a regardé, c’est voir ce qui se faisait en termes de quidditch et de compétition », rit Veronika.

Comme Bastien, elle a enfourché son premier balai par curiosité, mais se détache de l’image du célèbre sorcier à lunettes : « On n’est pas forcément des fans d’Harry Potter. Ça dépend des personnes. Certains sont des grands fans, d’autres n’ont jamais vu les films. Mais même en aimant, on se rend compte que ce sport est très physique. On peut arriver parce qu’on aime Harry Potter, mais si on reste, c’est pour le côté sportif. »

Des propos transphobes de l’autrice

Si la plupart des licenciés interrogés affirment ne pas être passionnés par la saga, Ina Ulvé, la présidente du club, ajoute que la distanciation avec l’œuvre de l’autrice britannique s’intensifie depuis plusieurs années : « A la base on parlait de quidditch. Maintenant, c’est plutôt quadball. Cette nouvelle appellation date d’il y a trois ans, en raison de droits d’auteurs par rapport à Warner, puisque c’est une marque déposée. On a adapté beaucoup des termes utilisés. Les “balais” sont par exemple devenus des “bâtons”.»  S’ajoutent à ces problèmes légaux les propos de J.K. Rowling concernant les personnes transgenres. Comme on est une communauté très ouverte, on ne peut pas rester attachés à l’univers d’une autrice qui pose problème », explique Ina Ulvé. Paul, le coach de l’équipe, abonde : « Il y a une volonté de s’écarter des œuvres, pour des raisons de droits et parce que les valeurs de l’autrice ne correspondent pas à la communauté. »

Pour lui, qui joue depuis dix ans, « les termes ont changé. Et pour ceux qui jouent depuis longtemps, c’est dur d’utiliser les nouveaux », reconnaît-il en souriant. En avril, le club de quadball toulousain, deuxième au classement national, accueillera la coupe de France de la discipline. Des sportifs venus de tout l’Hexagone se rassembleront le temps d’un week-end, mettant de côté l’image des sorciers pour remporter la coupe. Qui ne sera pas de feu.