Entre deux cours à Sciences Po Toulouse, Estelle et Michael militent dans la vie politique toulousaine pour faire élire la liste sur laquelle iels sont présent.e.s (Crédit photo 2 : Marion Ribes).

Pour les élections municipales du 15 et 22 mars 2026, les jeunes sont plus que jamais au cœur du suffrage. Parmi les dix listes présentées aux Toulousain.e.s ce dimanche, deux font de la jeunesse un socle de la campagne. Sur la liste de François Piquemal, la plus jeune colistière a 19 ans et sur celle de François Briançon, 14 colostière.s. ont moins de 30 ans. Parmi ces jeunes engagées dans la campagne municipale, deux étudiant.e.s de Sciences Po Toulouse ont choisi de rejoindre ces listes. Estelle Joannin, militante au NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste) et Michael Gironde, au sein de Debout !, livrent alors leur parcours politique, qui les a amenés à se présenter sur des listes, dans la quatrième ville de France.

Premièrement, qui êtes-vous ?

Estelle : Je m’appelle Estelle Joannin, j’ai 22 ans et je suis étudiante à Sciences Po Toulouse, en première année de Master Conseil et expertise en action publique. Je viens du Tarn et après une prépa à Albi – avec une licence de sociologie – je me suis dit « soit je rate le concours Sciences Po et je fais éducatrice spécialisée, soit je fais Sciences Po. » Bon ben, j’ai réussi le concours et me voilà. J’ai ensuite choisi ce master parce que c’est un des Masters les plus généralistes. On peut travailler dans le milieu associatif, dans les collectivités territoriales, à l’hôpital, donc voilà, c’est assez large.

Michael : Je m’appelle Michael Gironde, j’ai 22 ans, je suis né en Norvège mais j’ai grandi quasiment toute ma vie en Haute-Savoie, à la frontière avec la Suisse, où vivent mes parents. J’ai fait une prépa d’un an à Lyon, avant d’avoir le concours ; je suis donc arrivé à Toulouse il y a 4 ans. J’ai fait deux premières années très générales puis je suis parti en Indonésie pendant un semestre, puis j’ai fait 6 mois en stage à Genève dans un centre de recherche en sciences sociales. Aujourd’hui, je suis en quatrième année, et en Master 1, Conseil et expertise en action publique, c’est le Master qui me parlait le plus.

Est-ce qu’il y a un événement qui vous a lancé en politique ?

Estelle : Je pense que c’étaient les élections présidentielles de 2017. J’ai entendu un discours de Benoît Hamon sur le racisme (rires). Voilà, donc le virage est à 360. Mais je me suis réellement politisée et j’ai réellement commencé à m’engager avec l’autoroute A69 et la réforme des retraites. C’était vraiment les deux déclencheurs parce que je me suis rendue compte que je n’étais pas toute seule dans ma galère, qu’il y avait d’autres personnes qui vivaient la même chose que moi au niveau de la précarité, de la vie, de l’enfance, du fait d’être une femme… Moi, c’étaient mes premières manifs où je voyais des gens se battre pour une même chose. Ils étaient des milliers dans la rue et je me suis dit, waouh, c’est fou ce qui se passe.

Michael : Mes parents déjà travaillent dans des domaines qui sont plus ou moins politiques. Mon père est prof d’université, et ma mère travaille dans l’humanitaire. Aussi, à partir de 2014, donc quand j’avais 11 ans, mon père s’est engagé dans le combat municipal avec sa « bande de potes » dans mon village de 2000 habitants. Il a été élu pendant deux mandats. Et après, moi, j’ai toujours eu un intérêt, depuis petit, pour ça, pour l’actualité, etc., avec une grosse sensibilité écolo, à la base. Et LE moment politique, pour moi, c’est les Jeunes pour le climat. Quelques mois après le lancement, je m’y suis vite intéressé, avec un engagement qui était surtout en ligne, parce qu’habitant dans un petit village, étant loin des grandes villes, je n’avais pas beaucoup de présence aux actions de terrain. Pendant trois ou quatre ans, c’est ça qui m’a vraiment politisé à fond. J’ai été pendant 2 ans responsable communication nationale. Puis après, sur le terrain, j’étais avec le groupe local d’Annecy, j’aidais plutôt à la mobilisation, donc à l’organisation d’actions, de manifs, etc. Donc ça m’a pas mal pris de temps, ça m’a formé à plein de choses, et puis surtout, ça m’a fait évoluer politiquement.

A partir de là, quel a été votre parcours militant ?

Estelle : A partir de là, je lisais beaucoup – Le manifeste [du parti communiste], des articles de Lutte Ouvrière. Et j’étais en période d’intégration à Lutte Ouvrière, sympathisant, en gros. Je suis allée là-bas parce que j’avais une copine qui y était, j’avais aussi commencé à m’intéresser au trotskisme, au léninisme, à l’anticapitaliste, au communisme, au fait d’être révolutionnaire et c’était vraiment le seul parti qui m’avait approché. Mais au final, j’ai quitté Lutte Ouvrière parce que ce n’était vraiment pas ce qui me correspondait au niveau de la lutte contre les discriminations. Après une période sans parti, j’ai rejoint le NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste). J’ai adhéré le 10 avril 2024, le jour de mon anniversaire et maintenant, je suis au bureau de mon comité jeune de Toulouse, de la Fédération 31, Fédération Haute-Garonne. Je suis également au secrétariat national jeune. Enfin, je suis porte-parole jeune pour les municipales de Toulouse.

Michael : Ça faisait longtemps que je suivais [François] Ruffin et que j’étais sensible à sa parole. J’attendais aussi qu’il passe à la vitesse supérieure et qu’il passe de Picardie Debout ! à Debout !. Ce qu’il a enfin fait, l’an dernier. De base, je suivais ça de loin sans être trop actif. Et puis après, l’année dernière, quand je suis rentré en Haute-Savoie, j’ai rejoint le groupe local pendant les six mois de stage. J’ai fait le lancement du parti à Paris en juin. J’étais dans les premiers. On était peut-être 5, 6 au tout début, puis on est monté à une quinzaine, vingtaine, je pense, avec des niveaux d’engagement différents, ce qui est énorme pour la Haute-Savoie qui n’est pas une terre de gauche. Et puis après, j’ai rejoint Haute-Garonne-Debout ! à partir de septembre. J’ai un peu structuré le mouvement tout seul à Toulouse et en Haute-Garonne. Aujourd’hui, je suis référent départemental de Debout !. Donc, c’est plutôt un poste d’animation et de lien entre le local et le national parce que, pour l’instant, c’est moi qui ai le contact avec le national.

Dans cette campagne, quels sont les sujets qui te tiennent le plus à cœur ?

Estelle : L’écologie, la solidarité internationale avec le peuple palestinien, les Kurdes, les Vénézuéliens, les Iraniens, enfin tous les pays qui sont en lutte aujourd’hui. Et ça en fait beaucoup. C’est vrai qu’en fait, je n’ai pas une lutte qui me tienne plus à cœur qu’une autre, c’est un ensemble, le féminisme, la lutte contre les LGBT-phobies, le social. Et puis tout ce qui touche à la jeunesse, montrer que les gens s’intéressent à nous. C’est important aussi dans le milieu politique de donner des perspectives et de dire que la jeunesse doit se saisir de toutes les armes, dans les urnes, mais aussi les manifestations, les grèves et tout. Et d’être sur la liste et d’avoir des jeunes sur la liste qui parlent de ce que tu vis, toi, dans ta vie quotidienne, tes conditions matérielles d’existence, je pense que ça peut permettre à des jeunes de se mobiliser.

Michael : J’ai beaucoup porté les questions, évidemment, de la vie étudiante, puisque je suis étudiant, sur le pouvoir d’achat, sur les conditions de travail, et puis après, sur les questions de logement qui me sont très chères, sur la question de l’aide aux plus précaires, enfin, la question du pouvoir d’achat, je les mets les deux dedans, quoi. Mais en gros, ça, ce sont les principales thématiques. Et puis après, mon accent écolo, sur tout ce qui est aménagement du territoire et politiques d’adaptation et de résistance au changement climatique, qui était important pour moi.

Aujourd’hui, vous êtes étudiant.e.s et militant.e.s. Quelle place ces deux casquettes prennent dans vos vies ?

Estelle : Ça prend énormément de place ! En ce moment, je pense qu’on est sur du 50-50. Après, quand c’est les vacances, c’est 100% militant. En ce moment, on tourne à deux réunions par jour presque. Il faut réussir à jongler. C’est une question d’organisation, d’emploi du temps et d’envie aussi. Mais c’est compatible dans le sens où je suis dans un parti qui, quand je leur dis que j’ai un examen ou que j’ai cours, il n’y a personne qui va venir m’attraper la veste. Quand il y a des événements vraiment importants, je les mets en priorité parce que parfois, on n’a pas le choix. Mais la plupart du temps, je fais comme j’ai envie. Moi, s’il y a 50-50, c’est que j’ai décidé de faire 50-50.

Michael : Je jongle de moins en moins bien, avec un peu de déséquilibre, plus le temps passe. Ce n’est pas évident, sachant que je précise que j’ai aussi des engagements associatifs à côté. Mais je ne sais pas pourquoi, j’aime bien faire plein de choses. Au niveau des cours, déjà, les amphis sautent pas mal, pour être tout à fait honnête. Et puis après, les TD j’y vais, puisque c’est obligatoire. Je fais ce qu’il y a à faire, en termes de rendu mais pas beaucoup plus. Pour les partiels, on verra après les élections. J’ai quelques semaines de battement. Mais bon, c’est comme ça, quand on prend des responsabilités, il faut les assumer.

Pour cette campagne municipale, Estelle, vous êtes 62èmesur la liste de François Piquemal et Michael 67èmesur celle de François Briançon, comment ça s’est passé ?

Estelle : Quand nous avons signé un accord avec La France Insoumise pour faire une union pour les élections municipales, on a eu des discussions dans le parti. Moi, avant d’être sur la liste des municipales, j’étais sur Toulouse pendant mon second semestre de stage et du coup, j’ai pu beaucoup plus militer. J’avais donc déjà des discussions avec le Printemps Toulousain, avec la France Insoumise, etc. Et donc, on a trouvé important au parti d’intégrer les jeunes dans la campagne et de parler réellement de nos conditions de vie. Et donc, on a décidé que ce soit moi qui porte ce combat-là sur la précarité, la sélection, la répression. J’ai accepté que parce que j’étais 62e. S’il fallait le faire, je l’aurais fait. Mais 62e me va très bien parce que ce n’est pas ma vocation d’être élue.

Michael : On est arrivé sur le tard. En gros, quand Debout ! s’est lancé, il fallait commencer les discussions pour les municipales. Évidemment, ce n’était pas le cas. Et moi, j’étais en contact depuis septembre avec les camarades de Génération.s, le parti de Benoît Hamon, qui s’est positionné pour les municipales et est très présent dans la campagne. Et donc, il y a eu une main tendue en octobre, de la part du référent de Génération.s pour rejoindre la liste. Mais, je n’avais pas le temps, pour être tout à fait honnête, avec les partiels qui arrivaient.

C’est donc après les partiels, début janvier, que j’ai rencontré François Briançon au nom de Debout !, pour discuter de ce qui était sur la liste. Mais voilà, avec le contexte que quand on arrive début janvier pour des élections qui ont lieu mi-mars, on arrive après la guerre : la liste, elle est déjà constituée théoriquement, en tous cas, les places éligibles. Donc, ça, c’était assez clair qu’il n’y aurait pas de place éligible pour Debout !. Et puis ce n’était pas mon objectif, aujourd’hui, d’être élu. Je ne me sens pas nécessairement prêt à faire ça et je préfère avoir une vie pendant les six prochaines années et continuer de me construire. Mais après, si ça arrivait, j’assumerais et surtout, j’apprendrais, je pense, beaucoup.

Cela vous plairait-il de faire une carrière politique ?

Estelle : Je n’ai pas envie de faire une carrière politique parce que ce n’est pas la ligne du parti. On ne veut pas être des politiciens. Et moi, j’ai 22 ans, je suis étudiante, je n’ai jamais connu les conditions de vie matérielles des travailleurs. Pour moi, politiquement, ça n’avait aucun sens. Il y a beaucoup de personnes aussi qui m’ont dit, « ça te convient, 62ème ? » Ah oui, ben ça me convient ! Parce que voilà, moi, une carrière politique, je ne m’y vois pas. Si un jour, il y a une liste avec mon parti sur les départementales, les régionales, les législatives, ou j’en sais rien, et qu’il faut qu’il y ait quelqu’un et qu’on choisisse que ce soit moi, je le serai, c’est pas un problème. Mais par contre, ça ne sera jamais mon métier. Ça sera là pour porter la lutte. Moi, si j’avais été élue ou si je suis sur la liste, c’est pour porter des combats avant tout.

Michael : D’être élu, oui. Je ne vais pas dire non parce que sinon, je ne m’engagerais pas. Enfin, je me sens très bien comme militant. Mais je ne suis pas dans le modèle du militant éternel. Parce que, pour reprendre un truc que les gens de droite nous disent – parce qu’on est très souvent minoritaire la gauche dans ce pays – c’est que c’est facile de critiquer, mais qu’à nous d’exercer la responsabilité, de montrer. Et moi, je dis, qu’on nous laisse les clés du bateau ! Et donc, est-ce que là, aujourd’hui, je me dis que demain, je vais faire carrière politique ? Non. Ce n’est pas un métier, c’est vraiment une fonction. Mais si, par les engagements que j’ai, je suis candidat et un peu mieux placé que le 67ème entre guillemets pour être élu, ça ne me déplairait pas d’essayer de changer les choses par ça. Si je fais de la politique, c’est aussi que je crois que la politique peut faire changer la chose et la vie des gens. Et du coup, si je peux participer à ça, je préfère me dire que je peux le faire plutôt que de rester dans la contestation éternelle et râler pour râler, ça ne sert à rien. Je ne vais pas revendiquer un siège de député demain, ce qui arrivera, arrivera, mais je n’ai pas d’objectif et je n’ai pas de porte fermée…