Caroline Rochefort dans Anna Politkovskaïa, femme non rééducable © Louis Josse

En représentation le 5 et 6 février 2026 à l’Aria à Cornebarrieu, à l’ouest de Toulouse, et en tournée nationale, Femme non-rééducable retrace le combat d’Anna Politkovskaïa, reporter de guerre. 

À partir du texte de Stefano Massini, dramaturge italien, la metteuse en scène Tadrina Hocking, accompagnée des comédiens Caroline Rochefort et Pierre Berçot, dresse le portrait d’Anna Politkovskaïa. Cette figure internationale de la liberté de la presse en Russie, assassinée le 7 octobre 2006, dans son immeuble, à Moscou. Criblée de menaces, la journaliste avait choisi de poursuivre sa carrière de journaliste pour le journal russe Novaïa Gazeta. Elle y couvrait le conflit en Tchétchénie, dénonçant la diabolisation de ce peuple et les atrocités commises par l’armée russe.

« À travers la voix d’Anna Politkovskaïa, on parle d’un maximum de journalistes »

Comme Caroline le déclame sur scène, dans la peau de la reporter : « Fatiguée que ceux qui disent la vérité soient traités de fous, et que ceux qui mentent fassent carrière ». Elle poursuit ce discours dans un moment d’échange avec le public. À travers cette figure importante de la liberté de la presse, elle souhaite s’adresser aux journalistes qui aujourd’hui encore, partent et risquent leur vie dans des pays en guerre pour délivrer la vérité : « Quand on tue un journaliste, on tue la démocratie Pour moi, c’est le message clé de cette pièce. » Une réalité mesurable, en effet, depuis l’an 2 000, 2 057 journalistes ont été tués pour avoir fait leur métier en zone de combat, mais aussi de paix, la Russie étant le pays européen avec le plus de cas, selon le baromètre de Reporters Sans Frontières

Caroline Rochefort et Pierre Berçot en bord-plateau après la représentation. Crédit : Coralie Guénan

Stefano Massini, l’écrivain, s’est montré fidèle aux écrits et aux interviews de la journaliste russe, conservant sa plume et son engagement. Les artistes, pour nourrir leur travail, ont également rencontré des proches de la journaliste et des experts de la Tchétchénie. La volonté ici n’était pas d’incarner à l’identique Anna Politkovskaïa mais d’étendre sa parole, assure Caroline. « On n’a pas cherché à faire une incarnation physique ressemblante, on a travaillé sur ce texte en essayant d’avoir l’ouverture la plus large possible pour chaque scène, pour qu’on puisse se référer à des événements plus proches de nous ». 

En parallèle avec l’actualité

Pourtant assassinée il y a près de vingt ans, cette histoire fait écho à des événements récents. « Le théâtre permet ça quand même, de dire, « Mais regardez : on est au même endroit ! » » revendique la metteuse en scène, Tadrina Hocking. C’est au moment de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, que Caroline Rochefort, interprète du rôle principal, a choisi de traiter ce texte. «Ça m’a énormément heurtée, cet événement, qui se passe en Europe à côté de chez nous » confie-t-elle.

Son propos dépasse le conflit tchétchène. Encore aujourd’hui, cette pièce de théâtre résonne dans l’actualité internationale : « On peut penser à l’Iran, on peut penser à l’ICE aujourd’hui, on peut penser à l’Ukraine, on peut penser à plein plein plein d’événements dans lesquels les dictateurs sont impliqués », déplore Caroline.

Par la voix d’Anna Politkovskaïa, la pièce rappelle qu’enquêter sur la vérité reste encore aujourd’hui dangereux, et que la liberté de la presse est loin d’être acquise.