Valérie et son fils Corentin, paysans à l’Amap, notent le passage des membres de l’association venus récupérer leur panier pendant qu’un adhérent prépare les cagettes. Crédit : Eulalie Pinet-Lanta
Alors que la menace sur le monde agricole ne cesse de s’accentuer ces derniers mois, nous avons rencontré dans le quartier Saint-Cyprien deux paysans de l’Amap (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne) pour qui l’accord entre l’UE et le Mercosur ne semble avoir aucun impact.
Ce lundi 20 janvier à 18h, le stand éphémère de légumes de Corentin et Véronique ne désemplit pas. Malgré un léger filet de pluie, familles, couples ou habitants en solitaire se succèdent dans le quartier Saint-Cyprien de Toulouse pour récupérer leur panier. La ferme de Corentin est installée à Saint-Jory mais chaque soir de la semaine, avec sa mère désormais à la retraite, ils assurent la distribution de leurs légumes dans différents points de Toulouse. Dans les cagettes des adhérents de l’Amap (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne), cette semaine, on trouve : poireaux, choux de Bruxelles, céleri branche, radis noir, chou rave et une botte d’épinards. La bonne humeur qui règne semble ne pas être entachée par la crise que connaît le monde agricole depuis la signature de l’accord entre l’UE et le Mercosur.
En effet, depuis la signature du Mercosur le 17 janvier 2026 de nombreuses protestations sont apparues dans la sphère paysanne française. Cet accord de libre-échange entre l’Europe et plusieurs pays d’Amérique du Sud est vu comme une concurrence déloyale par les principaux syndicats agricoles.
Indépendance des paysans en Amap
Même si une des adhérentes interrogées considère que la signature de l’accord du Mercosur est « une aberration », qui va à l’encontre de toute logique durable, Véronique et Corentin reconnaissent qu’en vendant tous leurs légumes grâce à une Amap, ils sont assez épargnés des décisions européennes. Ici, aucune monnaie n’est échangée sur le stand. Les Amap reposent sur un engagement d’un an par un ensemble d’adhérents auprès des paysans. Ainsi, Corentin vend l’entièreté de ses légumes à un peu moins de 400 familles. Les consommateurs, appelés « amapiens », lui versent un équivalent de 1128 euros par an, soit 94 euros par mois, pour venir récupérer un panier de légumes bio chaque semaine.
L’Amap, c’est aussi une philosophie générale à l’encontre des grands systèmes de vente. En effet, les amapiens s’adaptent aux récoltes du paysan et « acceptent le fait que la nature ait des conséquences » sur le volume ou le contenu du panier, explique Véronique. En plus, « comme on contractualise, on n’a pas ce rapport permanent à l’argent », ajoute Corentin.
Pour le producteur, « c’est le meilleur système » affirme la paysanne : elle apporte une garantie d’une même clientèle à l’année, la libre fixation de ses prix sans intermédiaire et surtout une indépendance presque totale vis-à-vis des décisions européennes qui peuvent être prises. Ainsi, Véronique s’inquiète moins du Mercosur que « d’avoir un nombre suffisant d’adhérents pour permettre de maintenir [son] emploi ». Pour la productrice installée dans l’association depuis 20 ans, le nombre d’adhérents a plutôt tendance à se maintenir.
« Le Mercosur affecte surtout le circuit long »
En revanche, « pour de nombreux paysans et paysannes, l’Amap ne suffit plus pour écouler toute leur production. Ils se tournent vers d’autres canaux de commercialisation en vente directe ou semi-directe », précise Amélie Soleille, chargée de communication des Amap du réseau Midi-Pyrénées. Mais de manière générale, le circuit local et bio est plutôt épargné de l’actualité agricole internationale. « Beaucoup de producteurs bio font de la vente en circuit court et le Mercosur affecte surtout le circuit long », rappelle Estelle Georges, directrice de l’association Bio Ariège Garonne.
Si la région Midi-Pyrénées se félicite de compter 140 paysans et paysannes actuellement en relation avec 2200 familles, on note cependant une baisse des adhésions à l’Amap au niveau national. « Une baisse lente et progressive liée entre autres à une augmentation de l’offre de produits locaux et bio », explique Amélie Soleille. Et il ne semblerait pas que la crise agricole permette un regain d’adhésion : « nous n’avons pas observé d’adhésion supplémentaire qui serait motivée par du militantisme », constate la responsable du réseau Midi-Pyrénées. Les adhérents de l’Amap de Saint-Cyprien affirment avant tout une volonté de « soutenir des circuits courts », de « manger sain » ou de « diversifier son alimentation. » Pour Christophe, chargé de mettre en place les paniers ce lundi-là, adhérer à l’Amap, « c’est une forme de militantisme mais qui reste soft quand même », conclut-il en souriant.
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