Partie d’échecs de rue sur le square Charles de Gaulle, à Toulouse, le 24 janvier 2026. Crédit : Firoz SIDIQY

Dans le centre de Toulouse, Frédéric, 70 ans, a créé un espace de jeu et de lien social avec ses échiquiers. Au quotidien, les joueurs se rassemblent sur les bancs du square Charles de Gaulle. Ici, ce n’est pas seulement un jeu qui se joue : c’est la vie qui circule.

Matin ou après-midi, au centre de Toulouse, une scène simple mais forte se répète chaque jour. Quelques échiquiers, quelques chaises, et des personnes qui s’arrêtent pour faire une pause dans leur journée. Avant, cette scène avait lieu au jardin Pierre-Goudouli. Aujourd’hui, à cause de la rénovation du parc, les échecs de rue se jouent square Charles de Gaulle, un lieu très fréquenté et symbolique de la ville.
Cette initiative vient de Frédéric, un homme de soixante-dix ans. Il possède huit échiquiers qu’il installe sur place. Toute personne qui passe peut s’asseoir et jouer une partie. En échange, Frédéric demande une petite somme, entre vingt centimes et un euro. Ce n’est pas obligatoire, mais cela permet de faire vivre cette activité.

« Cette place fait partie de ma vie »

« J’aime les échecs depuis que je suis enfant. J’ai compris très tôt que je ne pouvais pas vivre sans ce jeu », explique Frédéric, en regardant l’échiquier. Il est sans domicile fixe. La nuit, il dort dans une tente. Le jour, il passe son temps au centre-ville. L’argent gagné grâce aux parties lui sert à acheter de la nourriture et des cigarettes. Mais pour lui, les échecs sont plus qu’un moyen de gagner de l’argent : c’est une manière de créer du lien.

Autour des tables, les profils sont très différents. Alexei, quatre-vingts ans, retraité, vient presque tous les jours. « Ici, je ne viens pas seulement pour jouer. Je rencontre des gens, je parle, je me sens moins seul. Cette place fait partie de ma vie », raconte-t-il.Parmi les joueurs, on trouve aussi des migrants et des personnes en situation de handicap. Faisal Zahab, journaliste afghan et réfugié à Toulouse, explique : « Quand je vivais en Afghanistan, je voyais les échecs de rue seulement sur internet. Je rêvais de jouer ainsi un jour. Aujourd’hui, à Toulouse, sur la place du Capitole, ce petit rêve est devenu réalité. »

Faisal Zahab, journaliste afghan réfugié à Toulouse, lors d’une partie d’échecs de rue sur le square Charles de Gaulle. Crédit : Firoz SIDIQY

Une ambiance bon enfant

Un peu plus loin, Mohammed, migrant de quarante-cinq ans et en situation de handicap, vient de perdre une partie. « J’ai fait une erreur au début et après c’était impossible de revenir. Mais ce n’est pas grave. Être ici et jouer avec les autres, c’est déjà une victoire », dit-il en souriant.

Abram, touriste russe de vingt-sept ans, est aussi très enthousiaste : « Je marchais dans la ville quand j’ai vu des gens autour des échiquiers. Je me suis arrêté. J’adore les échecs et j’ai joué ici l’une des meilleures parties de ma vie. Pour moi, c’est l’un des plus beaux moments à Toulouse. »

Frédéric explique que chaque jour, des adolescents, des hommes et des femmes viennent jouer. En semaine, il arrive généralement à partir de midi. Le week-end, il reste toute la journée sur la place. « Quand il fait beau, il y a beaucoup de monde. En hiver, c’est plus calme, mais même quelques joueurs suffisent », précise-t-il.

Le bruit des pièces, les rires et les discussions changent l’ambiance de la place. Des passants s’arrêtent par curiosité, regardent, puis parfois s’installent pour jouer. Même une partie de quelques minutes suffit pour transformer l’espace public.

Les échecs de rue de Frédéric montrent qu’un jeu simple peut faire vivre la ville, rapprocher les gens et créer, au cœur de Toulouse, de vrais moments de partage et d’humanité.