Abdul Ahad Faqiri à la bibliothèque de Sciences Po Toulouse, le 31 janvier 2026. Crédit : Firoz Sidiqy
Abdul Ahad Faqiri, journaliste afghan et réfugié politique, a dû reconstruire sa vie et sa carrière en France après la chute de l’Afghanistan aux mains des talibans. Malgré l’exil forcé, les difficultés linguistiques et la pression psychologique, il a réussi à terminer son master de journalisme à Sciences Po Toulouse. Pour lui, ce parcours n’a pas été seulement universitaire, mais aussi une reconstruction de son identité professionnelle.
Abdul Ahad Faqiri vit à Toulouse depuis 2022, mais son parcours dans le journalisme a commencé bien avant, à Kaboul. C’est dans cette ville que ses premiers rêves professionnels ont pris forme. En décembre 2016, il est diplômé en radio et télévision de la faculté de journalisme de l’Université de Kaboul. Quelques mois plus tard, en février 2017, il commence à travailler comme journaliste dans les médias afghans. Sa première expérience professionnelle se fait au journal Hasht-e Sobh, un média important pour de nombreux jeunes journalistes en Afghanistan. Il collabore ensuite avec les agences de presse Jomhour et Khamapress. Le reportage, l’édition de textes et la production de contenus journalistiques deviennent une part essentielle de son travail. Peu à peu, il trouve sa place dans le paysage médiatique afghan, un environnement difficile mais dynamique et plein d’espoir.
Mais en août 2021, tout s’arrête brutalement. La prise de pouvoir des talibans provoque un choc politique majeur et détruit, en quelques jours, la vie professionnelle de milliers de journalistes. Faqiri explique : « La chute de l’Afghanistan a marqué la fin de mes rêves et de mon travail en tant que journaliste. » Quelques jours seulement après les événements, le 17 août 2021, il est contraint de quitter son pays. Une décision soudaine, douloureuse et décisive. Quitter sa maison, sa famille, son travail et l’identité qu’il avait construite pendant des années n’a pas été facile, mais rester n’était plus possible.
Après un passage au Pakistan et une longue recherche d’un pays sûr, la France est le premier pays à accepter sa demande d’asile. Abdul Ahad arrive en France en février 2022 et commence une nouvelle vie, marquée par de profondes questions personnelles : « Qui étais-je ? Que suis-je devenu ? Qui suis-je maintenant et quel avenir m’attend ? » Selon lui, ces interrogations, ajoutées à l’apprentissage du français et aux difficultés d’intégration sociale, ont été parmi les épreuves les plus difficiles de l’exil.

Rédaction du journal Hasht-e Sobh, Kaboul, Afghanistan, 2018. Crédit : Ali Aaqmal
SCIENCES PO TOULOUSE : RECONSTRUIRE UNE IDENTITE PROFESSIONNELLE PAR LES ETUDES
Malgré les difficultés liées à l’exil, Faqiri n’a jamais perdu son intérêt pour le journalisme. Il ne voulait pas que son parcours et son identité professionnelle disparaissent avec la migration. Il a donc décidé de reprendre son métier, mais cette fois dans un nouveau contexte, celui du système médiatique français, très différent de celui de l’Afghanistan. C’est cette motivation qui l’a conduit à postuler au master de journalisme de Sciences Po Toulouse, qu’il a intégré durant l’année universitaire 2023–2025. « Je voulais redevenir journaliste, et Sciences Po était la seule option qui pouvait vraiment m’aider », explique-t-il.
La procédure de candidature n’a pas été facile. Le système administratif français est entièrement en ligne et basé sur les échanges par courriel, une expérience nouvelle pour lui. Abdulahad raconte que, sans l’aide de certaines structures sociales, ce parcours aurait été encore plus compliqué. Son expérience professionnelle comme journaliste en Afghanistan a cependant joué un rôle important dans son admission. Recevoir une réponse positive de Sciences Po a été pour lui bien plus qu’une simple confirmation administrative : « J’ai eu l’impression qu’un rêve renaissait. »
Le début des études à Sciences Po Toulouse a été intense : nouvelle langue, nouvel environnement universitaire et exigences académiques élevées. Faqiri raconte que, durant les premières semaines, la pression était telle qu’il a décidé d’arrêter de travailler pour se concentrer uniquement sur ses études. Mais l’atmosphère bienveillante de l’université et le soutien de ses camarades l’ont aidé à avancer. « Après deux semaines, tout est devenu plus clair. Mes camarades m’aidaient avec patience et je ne me sentais plus seul. »

Abdul Ahad Faqiri avec l’un de ses camarades de classe dans la salle de journalisme, cours de télévision, Sciences Po Toulouse, 2024 Crédit : Abdul Ahad Faqiri
Selon lui, l’enseignement du journalisme à Sciences Po est très différent de son expérience professionnelle en Afghanistan, notamment sur les questions d’éthique, de fonctionnement des médias, de méthodes d’écriture et d’analyse critique de l’information. Ces deux années n’ont pas été seulement académiques : elles lui ont permis de repenser sa pratique du journalisme et de mieux comprendre le système médiatique français.
Aujourd’hui, le diplôme de master en journalisme de Sciences Po Toulouse représente pour Faqiri bien plus qu’un simple diplôme. « Ce document est le résultat de beaucoup d’efforts. Deux années très riches qui m’ont permis d’apprendre et de croire à nouveau en moi comme journaliste. » Il se sent désormais capable de postuler dans des médias francophones, une étape importante pour retrouver le métier qu’il avait été forcé d’abandonner. Aux journalistes migrants qui envisagent de poursuivre des études en France, il adresse un message clair : « Les études sont un choix personnel, mais si vous sentez que vous avez besoin d’apprendre, il faut étudier. »
Le parcours d’Abdul Ahad Faqiri est l’histoire d’une reconstruction. Il montre qu’après un exil forcé et la perte du pays d’origine, il est possible, grâce à l’éducation, à la patience et au travail, de redéfinir son avenir et son identité professionnelle.
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