Pauline Bustos-Malaret exposera ses oeuvres à la Petite Galerie du 26 mars au 1er avril prochain. Crédits : Anthony Legris
Quand elle nous ouvre la porte de son studio photo dans le quartier de Saint-Cyprien, Pauline Bustos-Malaret, connue sur les réseaux sous le pseudo @luminary_photographie, nous met directement à l’aise : «Tu veux un café ? Un thé ? Un jus ? ». Dans la pièce principale, deux autres personnes sont présentes : Julie, la maquilleuse, et Jade Aure, la modèle. Le thème du shooting du jour : le tableau La Jeune Fille à la perle, par Johannes Vermeer. Il fera partie de la prochaine exposition de Pauline, à partir du 6 mars à la Petite Galerie, Toulouse.
Assise en tailleur sur un pouf blanc, Pauline triture les manches de son pull en laine vert. « Ce studio, il était à mes parents. ça a été mon héritage à leur décès » explique-t-elle. Entre 2019 et 2022, elle perd successivement ses deux parents : «Tu te remets à peine d’un deuil et tu dois en refaire un. C’est un peu remettre le couteau dans la plaie alors qu’elle est en train de se refermer». Fille unique, elle grandit à Toulouse avec sa mère, et voit son père de temps en temps. Quand elle se remémore son enfance, elle sourit : « Ma maman, c’était ma meilleure amie, c’était ma sœur, c’était tout pour moi. J’étais trop bien, juste avec elle chez moi, je n’en demandais pas plus. Mon papa, je ne l’ai pas trop vu, donc ça, ça m’a manqué, c’est vrai. »
Des rencontres artistiques et humaines fortes
Dans la pièce, un mur rouge sur lequel sont accroché différentes photos réalisées par Pauline depuis le début de sa carrière. Dès petite, elle aime « prendre les gens en photo et faire leur portrait ». Au lycée, elle profite de l’option arts plastiques pour multiplier les projets photographiques, sans jamais penser à en faire son métier. Une rencontre change tout lors de sa première année de bachelor d’architecture à l’école Condé. Avec Lucie Rivière, qui deviendra sa meilleure amie, elle crée un compte Instagram de photographie en duo : «Elle s’est rendue compte qu’elle n’aimait pas tant ça, et moi, je me suis rendue compte que je ne voulais pas en faire qu’une fois par mois. Je voulais en faire toutes les secondes de ma vie et en vivre ». Alors, elle se lance, en parallèle de son bachelor. Elle a le soutien inconditionnel de son copain et de ses proches, ce qui lui donne la force de continuer.

Sept ans plus tard, à vingt-six ans, elle est photographe artistique à temps plein. Elle crée des univers, travaille avec des makeups artists, des coiffeurs et des stylistes. Mais ce qu’elle préfère, c’est la scénographie, la réalisation du décor. Le métier de photographe, c’est avant tout des rencontres. Avec les clients, mais aussi avec les autres artistes. Pauline a choisi trois égéries, trois muses, qui l’inspirent et lui permettent de donner vie à toutes ses idées : Lucie, Llona et Alexandre. « Je me sens tellement honorée d’avancer avec ces personnes là aujourd’hui », se réjouit-elle. Hypersensible, Pauline met tout son coeur dans ses tableaux photographiques, qu’elle accompagne de manière quasi-systématique de poèmes. «Le plus important pour moi dans mon art c’est de toucher les gens », affirme-t-elle. Pour sa prochaine exposition, elle propose un travail engagé et inclusif, qui amène le public à se questionner sur la société contemporaine. Des photos reprenant des peintures célèbres et accompagnées, comme à son habitude, de poèmes : « Je ne vais jamais dire les choses très crûment. Ou du moins, si je les dis crûment, c’est sous forme de poésie. Parce que c’est ma manière à moi de faire passer des messages ».

Une ambiance chaleureuse
Lorsque Julie finit de maquiller Jade, et que celle-ci a enfilé sa tenue, le shooting peut commencer. La photographe fait descendre du plafond un fond coloré en papier. Elle en a plusieurs, de couleurs différentes, pour pouvoir convenir à l’ambiance de ses photos. La pression monte, d’autant plus que c’est enfin le moment pour Pauline de publier sur Instagram l’affiche de l’exposition : « Je ne regarde plus mon téléphone ». Elle prépare cet événement depuis plusieurs mois et le voilà entre les mains de son public. Une fois le fond déroulé, Julie et Pauline s’affairent autour de Jade. Il faut réussir à reproduire un bandeau qui rappelle le foulard de La Jeune Fille à la perle. Le temps aussi pour les dernières retouches car le maquillage coule avec l’éclairage et la chaleur du studio. Après quelques minutes et plusieurs pinces à cheveux, Jade est prête. « On met un peu de musique ? », propose Pauline.

Dans son élément, elle enchaîne les photos pendant que Jade varie les poses. D’abord, reproduire presque à l’identique la peinture originale : elle doit être reconnaissable. Puis viennent les close-ups, des photos rapprochées pour voir les détails du maquillage. Puis la créativité de toute l’équipe prend le dessus. Pauline étale des perles sur le sol, Jade en prend certaines dans ces mains : elles reprennent la perle, élément essentiel du tableau tout en y ajoutent de la modernité. Si Pauline est concentrée, elle s’arrête régulièrement pour discuter avec l’équipe du shooting : elles se racontent des anecdotes, se partagent des recommandations de films et parlent de la situation politique et économique actuelle. Lorsque toute l’équipe est satisfaite des photos réalisées, il est l’heure de l’habituel selfie de fin de shooting : un moyen de se rappeler des personnes présentes ce jour là et des différents projets réalisés.
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