Avec plus de 10 milliards d’euros de budget en 2025, contre 4 milliards pour l’audiovisuel français, l’Allemagne dispose du système de radiodiffusion publique le plus rentable du monde. Face aux fausses vidéos qui inondent internet, Susanne Freitag-Carteron, journaliste allemande, témoigne.

« On a toujours une redevance en Allemagne », se réjouit la journaliste franco-allemande Susanne Freitag-Carteron, directrice depuis 2017 du bureau régional de la ZDF (la deuxième chaîne de télévision publique), à Sarrebruck. De passage à Toulouse le 28 janvier, elle a discuté de la place des fake news dans son travail avec le public du Goethe-Institut, l’établissement ambassadeur de la langue allemande dans le monde.

Cette redevance obligatoire de « 18,36 euros par mois », et par foyer, garantit aux chaînes de radio et de télévision publiques des moyens financiers confortables, et leur indépendance. Une situation dont la journaliste se félicite : « En Allemagne, les médias n’appartiennent pas à des milliardaires ». En 2025, les organismes de radiodiffusion publics allemands affichaient 10,4 milliards d’euros de recettes. A titre de comparaison, en 2024, la BBC britannique affichait un chiffre d’affaires de 6,36 milliards d’euros d’après la banque de données mediadb.eu, comme le rapporte l’Evangelischer Pressedienst. La santé économique de la ZDF lui permet de bénéficier d’un service d’une « dizaine de fact checkeurs », dont le rôle est de vérifier la véracité des images avant leur publication.

« Vérifier l’ombre d’un chien»

« Ils vérifient tout, et poussent très loin leurs recherches, » explique Susanne Freitag-Carteron. « Ils vont jusqu’à vérifier si l’ombre d’un chien dans une vidéo correspond à la hauteur du soleil à cette heure-là. » Dans le public, les yeux s’écarquillent. Si les fake news – les fausses nouvelles – ont toujours existé, leur visibilité a augmenté avec l’apparition d’internet puis des réseaux sociaux, et « au moment de la pandémie de Covid-19 ». « Les journalistes sont décrédibilisés par les rumeurs sur les réseaux sociaux. Ça change radicalement ce qu’on fait. On doit évoluer en permanence », témoigne-t-elle. Pour ne pas se laisser dépasser par les nouvelles manières de répandre de fausses informations, les journalistes de la ZDF suivent « régulièrement des formations ».

Face au « narratif de l’extrême droite allemande qui qualifie la télé publique de ‘télé du mensonge’ » et la « crise de confiance des gens dans le journalisme traditionnel », Susanne Freitag-Carteron adresse une dernière requête à la vingtaine de personnes présentes entre les murs aux briques apparentes : « On a le choix dans ce que l’on consomme. Tout n’est peut-être pas vrai. En tant que citoyen, il faut toujours garder un esprit critique. »