Parents et personnels du collège Maurice Bécanne se sont mobilisés ce mardi 20 janvier. Crédit : Conseil local FCPE collège Maurice Bécanne

Ce mardi 20 janvier, professeurs et parents d’élèves se sont retrouvés au petit matin pour un débrayage devant le collège Maurice Bécanne, quartier Croix de Pierre, à Toulouse. Entre manque de personnel et baisse des moyens, ils dénoncent une détérioration des conditions de travail et un ras-le-bol général.

Il est 7h45 quand les élèves de l’établissement Maurice Bécanne arrivent ruisselants devant les grilles fermées de leur collège. Face à eux, une trentaine de parents d’élèves et de professeurs sont rassemblés sous leurs parapluies, un café fumant à la main. L’heure est à la concertation dans ce collège classé REP (Réseau d’éducation prioritaire). Sa fréquentation est passée de 300 à plus de 400 élèves en quelques années, sans voir ses moyens augmentés. « Une immense majorité du personnel de vie scolaire est en arrêt-maladie dû à des conditions de travail intenables. Ce sont des étudiants, ils ne peuvent pas dépasser leurs heures, ils ont une vie à côté ! », déplore Thomas Julien, professeur dans ce collège. « On a aussi beaucoup de professeurs malades. Structurellement, l’établissement va mal

Un personnel encadrant débordé

S’il n’existe pas de chiffres officiels du nombre d’AED (Assistant d’éducation) recommandés pour un collège, parents et professeurs s’accordent sur une insuffisance. « C’est le secret le mieux gardé de l’Éducation nationale ! », plaisante l’enseignant.

Cette semaine, un seul AED est présent pour assurer la sécurité des plus de 400 élèves, contre six ordinairement. Pour cause, deux démissions rendues avant les vacances de Noël et plusieurs arrêts-maladie à la suite de conditions de travail qui se dégradent. Une situation inadmissible pour Thomas Julien : « Avec un seul AED, les heures de permanence ne peuvent pas être encadrées et la cantine ne peut pas être maintenue, faute de surveillance. À 12h, les enfants seront dehors, seuls, sous la pluie. »

« Selon le rectorat, nous serions bien servis »

Alors que la lumière du jour pointe enfin son nez, le professeur prend la parole devant le petit groupe. « Ce matin, deux EMS (Équipe mobile de sécurité), sont envoyés par le recteur pour surveiller les élèves.» Moment de confusion, l’une des deux EMS rétorque : « Nous ne sommes pas là pour faire de la surveillance, on vient prendre la température, puis on rédigera un rapport que l’on enverra au rectorat. » Thomas et ses collègues sont exaspérés : « On nous a affirmé hier que vous viendriez assurer la sécurité des élèves ! » Réponse de l’autre côté : « Oui nous sécuriserons, mais nous ne sommes pas AED, nous ne serons là qu’aujourd’hui. » « Et le reste de la semaine alors ? », interpelle un parent d’élève, « Je dois travailler, comment va faire mon fils ? » Les esprits s’échauffent à mesure que le trouble gagne les protestataires.

« Parce que nous sommes une REP, selon le rectorat, nous serions bien servis. Mais ce n’est pas suffisant ! » assène l’enseignant. Ce jour-là, le manque de surveillance pose de gros problèmes de sécurité, en plus de fermer le restaurant scolaire. Il ajoute : « Les élèves sont capables de tout, ils peuvent allumer des incendies. S’ils n’ont pas cours, cette semaine, ils sortent et se débrouillent. Les plus jeunes ont onze ans ».

Vers une reconduction de l’action ?

Alors qu’à 8h20 les enseignants regagnent leur classe, achevant leur débrayage, les parents d’élèves s’interrogent sur une poursuite de la protestation. Une majorité semble vouloir un blocage. Thomas Julien leur répond avant de partir : « Je ne vous y encourage pas, c’est votre décision… Mais vous savez ce que j’en penserai ». Une mère chuchote à ses camarades de lutte : « Et si chaque jour, on affichait le nombre d’heures de cours manquées ? ». Les autres acquiescent. Plus loin, on propose : « On devrait polluer leur boîte mail. Ce n’est que comme ça qu’ils entendront ». Sous le manteau, pour protéger leur téléphone des gouttes d’eau, les parents s’échangent numéros de téléphones et adresses mails. L’heure est à la solidarité.La Présidente du Comité de quartier Croix Saint-Pierre est elle aussi venue apporter son soutien. Sous son imperméable dégoulinant, elle s’exaspère : « C’est incroyable que le rectorat laisse cette situation en l’état. J’imagine que si ça concernait un collège du centre-ville, des moyens seraient vite trouvés ». De Marseille en décembre 2025, jusqu’au sud de Toulouse, à Grisolles, mi-janvier 2026 les AED et personnels encadrants expriment leur ras-le-bol. Une impression partagée par les parents d’élèves : « C’est la merde dans tous les bahuts. »