L’Université Toulouse Capitole, structure qui convoite le statut de grand établissement. Crédits : Wikimedia Commons – Didier Descouens
Les 26 et 27 janvier 2026, les étudiants et personnels de l’Université Toulouse Capitole, de Sciences Po Toulouse et de Toulouse School of Economics (TSE) ont été invités à se prononcer sur leur statut d’Établissement public expérimental (EPE). Cette étape intermédiaire, qui peut aboutir à l’obtention du statut de grand établissement, est adoptée par de plus en plus de structures. Cependant, des désaccords subsistent à son sujet.
Le statut d’EPE (Établissement public expérimental), créé par l’ordonnance du 12 décembre 2018, permet de «regrouper ou fusionner des établissements d’enseignement supérieur et de recherche publics et privés, concourant aux missions du service public de l’enseignement supérieur ou de la recherche. » Dans le cas de Toulouse, l’EPE Université Toulouse Capitole a été formé le 1er janvier 2023, en regroupant plusieurs établissements comme l’école de droit ou Toulouse school of management qui en sont donc devenus des composantes. D’autres structures comme Toulouse School of Economics (TSE) ou Sciences Po Toulouse ont aussi rejoint l’EPE mais sous le statut d’établissement-composante, ce qui leur permet de rester indépendants et autonomes notamment en termes de budget et de liberté pédagogique. Eric Darras, directeur de Sciences Po Toulouse, revendique son attachement à ce statut qui lui garantit un droit de veto et un droit de sortie à tout moment.
Patrick Piera, secrétaire académique du SNPTES (Syndicat national des personnels titulaires et contractuels de l’enseignement supérieur), précise que Sciences Po est un EPA (Établissement public administratif). Il possède donc déjà un statut dérogatoire. « L’intérêt pour l’IEP (Institut d’Etudes Politiques) est donc moindre par rapport à celui de l’Université Toulouse Capitole. » Eric Darras, directeur de Sciences Po Toulouse insiste tout de même sur les apports d’un tel projet, notamment pour la recherche. « Ce qu’on sait bien faire, il faut le mettre à profit. Au niveau des appels à projets européens, TSE peut aider tout le monde. De son côté, Sciences Po est en avance sur le programme de démocratisation. », avance-t-il. Pour lui, l’important de ce projet est la collaboration entre les établissements ainsi que l’accréditation des doctorats. Dans cet horizon, il place Sciences Po comme une instance de dialogue avec tout le monde, dont l’Université de Toulouse (faculté de sciences, anciennement Université Paul Sabatier), autre EPE de la ville.
UN OBJECTIF : DEVENIR GRAND ÉTABLISSEMENT
L’EPE est seulement une phase intermédiaire. L’objectif final est d’obtenir le statut de Grand Établissement. « Si les choses se passent bien, explique Hugues Kenfack, président de l’Université Toulouse Capitole, [on pourrait l’obtenir] en 2027. » C’est en effet en bonne voie puisque, durant le Conseil d’administration du 8 décembre 2025, a été votée la fin de la première phase qui est celle de l’expérimentation. La structure est donc passée à la phase d’évaluation qui se termine par l’obtention ou non du statut de Grand Établissement.
Ce statut, expose Hugues Kenfack, est un moyen de « donner plus de visibilité à l’établissement et d’obtenir plus de moyens humains et financiers. » La spécificité du Grand Établissement est qu’il possède un statut juridique particulier. Il leur permet de déroger aux règles définies dans le code de l’éducation. Cela signifie que l’établissement peut adopter des règles interdites dans les universités dites « classiques » comme des droits d’inscriptions modulables. Mais, insiste Hugues Kenfack, cette dénomination est « juste statutaire, on sera toujours un établissement public. »
UN CHANGEMENT DE STATUT QUI SOULÈVE DES APPRÉHENSIONS
Malgré les dires du président de l’université, ce changement de statut inquiète les syndicats étudiants. Dans un tract distribué le 27 janvier 2026, les syndicats Le Poing Levé, Le Souffle, Union Etudiante, TSE en Action et l’UNEF (Union nationale des étudiants de France) s’opposent à ce projet. « Nous voulons une autre université, qui garantisse le droit à toutes et à tous de poursuivre des études, sans critère de nationalité, ni d’âge ou de ressources. » Cette désapprobation avait déjà été formulée dans un de leurs posts sur Instagram le 13 janvier.
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Hugues Kenfack, au contraire, trouve les droits d’inscription modulables « plus justes » : «Ceux qui paient sont ceux qui ont les moyens ». En effet, précise Eric Darras, directeur de Sciences Po Toulouse, ces droits modulés doivent être faits « en fonction des revenus des parents, tout en restant raisonnables. »
Un autre des enjeux majeurs du Grand Établissement est l’arrivée possible des intérêts privés dans les établissements scolaires. « L’argent, nous allons aller le chercher auprès des grandes entreprises, auprès du grand public », confie Hugues Kenfack. C’est précisément ce qui inquiète les syndicats et élus étudiants qui redoutent une perte d’indépendance et de liberté pédagogique.
Le personnel est donc également touché par ce changement de statut. Patrick Piera soulève un des problèmes qu’il pose : « dans les Conseils d’administration, actuellement, le personnel représente au moins 60% des effectifs. Quand ce sera un grand établissement, il ne représentera plus que 50% », expose-t-il. Hugues Kenfack, président de l’Université Toulouse Capitole, se veut rassurant : « Le Conseil d’administration est le seul moment où les instances extérieures peuvent être présentes. Cela ne veut pas dire que les personnels ne seront pas consultés, on trouvera un terrain d’entente avec eux au préalable avec d’autres instances de dialogue », assure-t-il.
UNE OPPORTUNITÉ POUR DE NOUVEAUX PROJETS
Malgré ces appréhensions, Hugues Kenfack continue de valoriser ce projet qui, dit-il, « correspond à ce que je pense de l’excellence du service public. » Certains projets ont déjà vu le jour pendant la phase d’expérimentation, comme la mise en place d’un Service commun d’action sociale. L’établissement a aussi obtenu un financement de deux millions d’euros pour la création du centre d’excellence AERODS (Aérospatial, défense et sciences sociales). D’autres devraient également naître puisque « avec le passage à la phase d’évaluation, explique Edgar, élu étudiant de la liste Roseaux, on peut faire des doléances. »
Le résultat du vote des 26 et 27 janvier n’est pas encore connu. Mais Eric Darras conclut en rappelant son « impact décisif » dans la suite du projet : « s’il est négatif, tout s’arrête. »
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