Durant le mois de janvier 2026, 4,5 millions de Français ont tenté le défi du Dry January, pour améliorer leur santé et leur rapport à l’alcool. Crédit : Ael Dubois–Collin
Alors que le mois de janvier s’achève, l’heure est au bilan pour le Dry January. Entre bénéfices pour la santé et remise en question des habitudes, ce défi d’un mois sans alcool s’impose comme un temps de réflexion pour tous.
« Non, pas de bière pour moi ce soir ». Attablé avec ses amis à une adresse de la place Saint-Pierre, Bastien décline poliment. Comme lui, ils sont de plus en plus nombreux à tenter le défi du Dry January, phénomène britannique qui consiste à arrêter sa consommation d’alcool durant tout le mois de janvier. Créé en 2013 outre-manche, le challenge commence à trouver sa place auprès de toutes les générations a regroupé cette année 4,5 millions de personnes, selon le collectif d’associations menant la campagne du Dry January. Stéphane, sportif quinquagénaire, s’est laissé tenter en ce début d’année : « J’ai une course de prévue fin janvier donc j’ai décidé de mettre en pause ma consommation d’alcool. Ça tombait bien. », explique-t-il à la terrasse d’un café, verre d’eau gazeuse à la main. « J’ai seulement arrêté deux semaines après les fêtes et j’ai vu la différence », lance quant à lui Julien, la vingtaine.
Et pour cause, les efforts ne sont pas vains. Selon le site internet dryjanuary.fr qui se base sur les données communiquées par les participants via une application, 54% d’entre eux déclarent une amélioration du bien-être physique. Selon Léa Charrier, médecin addictologue au CHU (Centre Hospitalier Universitaire) de Toulouse, cela ne fait pas de doute, « l’arrêt de l’alcool améliore le sommeil et par conséquent l’énergie, l’humeur, le temps et le moral ». La spécialiste rappelle toutefois qu’un arrêt trop brutal peut s’avérer dangereux pour les personnes dépendantes et doit dans ce cas être accompagné médicalement.
L’OCCASION DE REFLECHIR ET DE DISCUTER
Plus qu’un simple défi, le Dry January est avant tout « l’occasion de se repositionner sur ses consommations, y réfléchir et en discuter », poursuit la médecin, qui a participé à plusieurs actions organisées au sein du CHU tout au long du mois de janvier. Des stands de prévention aux bars à moktails, l’hôpital s’est mobilisé pour ouvrir le dialogue. « L’idée n’est pas de dire que boire, ce n’est pas bien, c’est plutôt de se mettre face à sa consommation et trouver celle qui nous convient », précise Léa Charrier en affirmant que « le dogme de l’abstinence, c’est du passé ».
Ce mois de janvier sans alcool devient aussi révélateur de pratiques ordinaires, souvent imprégnées de pression sociale. Lorsque Bastien refuse de commander une pinte de bière, les ricanements fusent parmi ses camarades. « On doit toujours se justifier, explique-t-il, je ne me rendais pas compte que c’était si étrange avant de le tester moi-même ».
Un constat que partage Léa Charrier. « La vie sociale est toujours teintée d’alcool, assume-t-elle. Avec le janvier sobre, l’idée est justement de discuter avec un public qui ne fréquente habituellement pas les consultations [avec les addictologues], comme les étudiants ». Au coin d’un bar branché, Alice, 19 ans, en est bien consciente : « Je me suis rendue compte que je ne pourrais pas refuser un verre si je sors avec des amis, s’agace-t-elle, c’est une obligation sociale qui peut se transformer en addiction ». Dans ce contexte, le Dry January offre une parenthèse pour dire non, questionner ses habitudes et en mesurer les bénéfices – « pour la santé, mais aussi pour le portefeuille », conclut l’addictologue.
Ravie du succès rencontré par les ateliers organisés au CHU durant cette période, elle voit ce rendez-vous de janvier perdurer dans les prochaines années. Un enthousiasme qu’elle tempère toutefois en pointant le peu de soutien et de moyens alloués par l’Etat à la promotion du Dry January, largement en deçà de ceux accordés au Mois sans Tabac, tous les ans en octobre.
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