À l’approche des municipales, le projet de la LGV Bordeaux – Toulouse pose question et divise. Crédits : Wikimedia Commons.
La Ligne à Grande Vitesse Bordeaux -Toulouse va-t-elle voir le jour ? Dans un contexte budgétaire délétère, à moins de deux mois des élections municipales, les principaux candidats à la mairie de Toulouse se positionnent sur ce sujet majeur pour la mobilité de la future 3ème ville de France.
« Le recours à un partenariat public-privé pour la LGV Toulouse–Bordeaux-Dax se traduirait par un surcoût faramineux de 7,3 milliards d’euros pour l’Etat et les collectivités, tout en retardant sa mise en service de plusieurs années ». La présidente de la région Occitanie, Carole Delga (PS), a ainsi réagi, dans un communiqué de presse du 21 janvier dernier, aux propositions de l’ancien ministre et député Dominique Bussereau. Ce dernier invoque un recours à un partenariat public-privé (PPP) pour financer la construction de la LGV. Le GPSO (Grand Projet Ferroviaire du Sud-Ouest) qui comprend les lignes Bordeaux-Toulouse, Bordeaux-Dax et Dax-Espagne, est estimé à 14 milliards d’euros, dont 40% sont financés par l’État, 40% par les collectivités locales et 20% restants de l’Union Européenne.
Jean Olivier, coprésident des Amis de la Terre Midi-Pyrénées, explique les difficultés économiques actuelles : « L’État se retire clairement… ». Une note du ministère des Finances de juillet dernier annonçait des coupes budgétaires. Avec l’adoption du dernier budget par 49.3, contrairement à ce qu’annonce Carole Delga, il n’y a pas de financement de l’Europe sur la partie Sud-Gironde Toulouse, que sur la partie Dax-Espagne. Le projet est réévalué de 7 milliards : c’est un coût impossible à tenir ! » Le maire sortant Jean-Luc Moudenc (LR) a aussi réagi à la déclaration de Carole Delga, expliquant que : « Parler aujourd’hui de partenariat public-privé ou de nouvelles expertises nécessaires, c’est renchérir la facture » et invitant l’État à « respecter sa parole, sécuriser sa part et assumer ses responsabilités ».
L’édile reste donc confiant sur la bonne tenue du chantier, il avait déclaré au mois de septembre dernier que : « C’est un projet commencé. Je ne vois pas comment on pourrait le remettre en cause » et a salué, il y a un mois, une « troisième décision favorable à ce projet que rend la justice administrative, malgré l’acharnement des opposants », ajoutant qu’il « soutient ce projet essentiel au désenclavement du Sud-Ouest et de Toulouse ». Une situation qui n’est pas sans rappeler le chantier de l’A69, que Jean-Luc Moudenc soutient également. Le 30 décembre dernier, il a déclaré que les décisions de justice administrative de poursuivre les deux chantiers « mettaient à mal les attaques permanentes des lobbys écologistes contre la liberté ».
Le projet de LGV divise à gauche, même au sein des écologistes
Dans l’opposition de gauche, Les Écologistes-EELV, emmenés par leur chef de file Régis Godec, se sont ralliés à la liste Vivre Mieux ! du candidat socialiste François Briançon. Godec et Briançon ont prévu de clarifier leur position commune au moment de la divulgation de leur programme,courant janvier.
Mais les écologistes ne devraient pas revenir sur un projet dont les travaux d’AFNT (Aménagements Ferroviaires du Nord de Toulouse) sont nécessaires pour l’arrivée d’un RER métropolitain auquel ils sont favorables. Le sujet partage au sein du parti : la députée écologiste de la 9ème circonscription de Haute-Garonne, Christine Arrighi, est ouvertement opposée à ce projet.
La liste Debout Toulouse !, emmenée par le candidat de gauche radicale, François Piquemal, s’oppose fermement à la LGV. Il a déclaré hier, sur son compte X : « Bravo aux Écologistes qui prennent leurs responsabilités. À Toulouse la liste Demain Toulouse sera à seule liste conséquente en matière d’écologie, garantie sans LGV et A69 ! ». L’insoumis qualifie ces deux projets « d’écocides ». Il est notamment soutenu par le Collectif Écologie Populaire Toulouse et le collectif Archipel Citoyen, qui a ainsi marqué sa rupture avec Les Écologistes pour ces municipales. François Piquemal est pour l’instant le seul candidat à avoir contacté les collectifs anti-LGV et A69 comme Les Amis de la Terre : « On est apartisans, on informe les candidats. François Piquemal a dit qu’il était à l’écoute des analyses et contre propositions. D’autres candidats sollicités n’ont pas pour l’instant réagi », précise Jean Olivier.
Le candidat pour le Rassemblement National, Julien Leonardelli, n’a pas encore dévoilé son programme, mais il devrait suivre la ligne de son parti à l’échelle nationale. Edwige Diaz, députée RN de Gironde, déclarait sur son compte X il y a deux mois que « Le Rassemblement National soutient la LGV Bordeaux-Toulouse-Dax ». Tout en rappelant, à propos du financement, que « seul l’État, et pas les collectivités, doivent financer ce projet à vocation européenne ».
Les travaux se poursuivent au nord de la Ville rose, pour une mise en service toujours prévue pour l’année 2032 sur la ligne nouvelle entre Bordeaux et Toulouse.
Quel interêt pour cette LGV ?
Avec l’avènement de cette nouvelle ligne à Grande vitesse, SNCF Réseau promet un gain de 45 minutes entre Toulouse et Bordeaux, et un trajet Paris – Toulouse en 3h25 contre 4h20 actuellement. Ce projet permettrait aussi de désaturer les lignes existantes, au bénéfice du fret et des TER. Enfin, il s’agirait d’une alternative écologique à l’avion, bien que les vols internes Toulouse – Paris, au départ de l’aéroport de Blagnac, ont grandement diminué post-Covid, avec l’avènement du télétravail. On observe une baisse de 35,9% du trafic de cette liaison entre 2019 et 2024. Jean Olivier, coprésident des Amis de la Terre Midi-Pyrénées, précise « qu’un report important des passagers de l’avion vers le train n’est pas à prévoir ».
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