À seulement 19 ans, Ikram Tigha fait partie des 70 colistiers de la liste « Demain Toulouse », sur laquelle elle figure à la 28ème position. Crédits : Pierre Boitel.
À 19 ans, Ikram Tigha est la benjamine de la liste menée par François Piquemal (LFI) pour les élections municipales de 2026 à Toulouse. Des bancs de l’école jusqu’à la course au Capitole, portrait d’une militante déjà expérimentée que rien ne prédestinait à la politique.
« Je réponds à tout », lâche d’emblée Ikram Tigha, sourire aux lèvres. L’étudiante de 19 ans, qui sort tout juste de cours, troque sa casquette d’élève pour celle de candidate. Mais son air décontracté et sa bonne humeur, eux, ne la quittent pas.
Elle nous a donné rendez-vous place du Capitole, un lieu qui a compté dans son parcours politique. Le 3 avril 2022, Jean-Luc Mélenchon, alors en campagne pour les élections présidentielles, y tient un discours devant 25 000 personnes. « C’était mon premier meeting politique », lâche celle qui avait alors 15 ans. « J’étais ici ! », se souvient-elle en pointant du doigt le milieu de la place.
Depuis que son nom figure sur la liste « Demain Toulouse », menée par François Piquemal (LFI) pour les élections municipales de 2026, Ikram Tigha jongle entre ses cours à l’université du Mirail et ses « obligations » de candidate : réunions de campagne, points presse, ou encore distributions de tracts et porte-à-porte. « Être en campagne, ça prend beaucoup de temps. Mon emploi du temps est très chargé ! », confie celle qui figure en 28ème position sur la liste du candidat insoumis. Sur les 70 colistiers de la liste, Ikram a un statut à part : c’est la benjamine. « Ça fait plaisir d’être la plus jeune, mais ça rajoute aussi une certaine pression », reconnaît-elle.
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Une politisation forgée par les inégalités
Ikram Tigha est née le 17 octobre 2006 à Toulouse. Depuis, elle n’a pas quitté la « plus belle ville de France ». Elle grandit d’abord dans le quartier de Soupetard, à côté de la Roseraie, avant de déménager à Montaudran pendant son adolescence.
À la maison, la politique n’occupe pas une grande place. « On en parlait presque jamais », raconte Ikram Tigha. Ses parents, originaires d’Algérie, sont « politisés par nécessité » : « Mon père et ma mère ont vécu des périodes politiques compliquées, comme la Décennie Noire*. Leur politisation est due à l’histoire de leur pays, pas à une volonté propre de s’intéresser à la politique », estime la jeune femme.
Ikram Tigha explique sa politisation avant tout par son origine sociale. Issue d’un milieu populaire, elle a ressenti tôt les inégalités qu’elle subissait, notamment à l’école : « Je n’étais pas une excellente élève, mais ce n’est pas parce que je ne voulais pas, c’est surtout parce que je n’avais pas les moyens pour. Mes parents ne parlaient pas français, je devais me débrouiller seule pour les devoirs ». La jeune élève qu’elle était se pose alors des questions sur sa situation : pourquoi elle et pas les autres ? « J’ai compris que c’était à cause de la politique si j’avais moins de moyens que mes camarades de classe. Ma politisation est partie de là, je ne voulais pas accepter cette situation », raconte Ikram Tigha, pour qui l’égalité des chances « n’existe pas ».
La présidentielle de 2022 et le déclic Mélenchon
Même si elle décrit sa politisation comme un « processus sur le long terme », un moment décisif en a marqué le tournant : l’élection présidentielle de 2022. À l’époque, Ikram Tigha est en seconde. « On en parlait beaucoup entre camarades de classe et en cours d’EMC [éducation morale et civique] », se souvient-elle. Propulsée dans le grand bain de la politique, la lycéenne vire à gauche : « Ce sont les seuls qui défendent les intérêts de ma classe sociale ».
Sur les réseaux sociaux, elle commence à tomber sur les vidéos de Jean-Luc Mélenchon, alors candidat pour La France insoumise. « Je me suis intéressée à sa vie, pour savoir comment il en était arrivé là. Je me suis un peu reconnue en lui », avoue Ikram Tigha. Lorsqu’elle se rend à son meeting, place du Capitole, la lycéenne est définitivement convaincue par les talents oratoires du leader insoumis : « Je me suis dit : quel homme ! J’étais choquée, ça a eu un vrai impact sur moi. C’est à partir de ce moment-là que j’ai voulu rejoindre la France insoumise et militer pour eux ».
Chose dite, chose faite : lors d’une manifestation en mars 2023, elle croise François Piquemal, qu’elle ne connaît pas encore. Elle prend son courage à deux mains et s’adresse au député toulousain pour lui faire part de son envie de rejoindre La France insoumise. Celui qu’elle appelle désormais « François » lui explique la démarche à suivre et l’accompagne dans les premières formalités. « Rapidement, on m’a ajoutée dans les boucles Telegram et je suis devenue une vraie militante LFI. François m’a tout de suite fait comprendre que j’étais légitime à faire de la politique et que je pouvais compter sur lui. Quand un député te met en confiance comme ça, c’est important pour réussir », raconte l’étudiante. La politique est devenue une passion, et François Piquemal l’un de ses modèles. « Sans lui, je ne serais pas là », affirme-t-elle, reconnaissante.

Co-présidente des jeunes insoumis de Toulouse
En 2024, Ikram Tigha participe aux campagnes pour les élections législatives et européennes, notamment lors de distributions de tracts et de séances de porte-à-porte. Mais son engagement ne se limite pas aux seules périodes électorales. « Être militante, c’est toute l’année », insiste-t-elle. Aux côtés de François Piquemal, elle arpente régulièrement les marchés toulousains pour échanger avec les habitants et organise également des temps de formation, autour de thématiques comme le logement ou l’antiracisme.
Mais c’est surtout sur les réseaux sociaux que la jeune militante se montre très active. Sur Instagram et TikTok, où elle compte respectivement 2 800 et 3 400 abonnés, l’étudiante publie régulièrement des vidéos au contenu politique engagé : « J’utilise les réseaux sociaux pour véhiculer notre programme et nos idées. C’est un très bon moyen de communication pour faire avancer mon mouvement politique, et ça permet surtout de s’adresser aux jeunes ». Même si ses contenus lui valent de nombreuses insultes et menaces, Ikram ne recule pas pour autant : « Je suis une je-m’en-foutiste », lâche-t-elle en rigolant.
Son investissement lui vaut d’être nommée co-présidente des jeunes insoumis de Toulouse, un rôle qu’elle occupe depuis presque un an et demi. « Concrètement, je m’occupe d’organiser les actions militantes, comme les réunions, les formations, les collages et des conférences », explique Ikram Tigha.
« Tu me parles pas d’âge »
Le 16 janvier 2025, François Piquemal annonce sa candidature aux élections municipales 2026 à Toulouse. Dès le lancement de la campagne, Ikram Tigha s’investit dans l’élaboration de son programme. Avec d’autres jeunes insoumis, elle est par exemple à l’initiative de l’une des mesures phares du candidat de gauche : la gratuité des transports pour les jeunes. « À force de m’impliquer et de participer aux réunions, je me suis dit que je pourrais être sur la liste, et j’ai rempli le formulaire pour être candidate », raconte la militante. En fin d’année 2025, François Piquemal l’appelle pour lui annoncer qu’elle sera sur sa liste. Un cadeau de Noël avant l’heure pour la jeune femme de 19 ans, qui fait la fierté de ses parents : « Ils s’amusent à dire que je suis une anomalie dans l’arbre généalogique ».
L’élan se poursuit en octobre dernier, lorsqu’Ikram Tigha tient son premier discours politique lors d’un meeting de campagne de François Piquemal, devant près de 450 personnes. À seulement 19 ans, l’étudiante sait que son parcours n’est pas commun. Son jeune âge, elle décide d’en faire une force. « Avoir 19 ans, ce n’est pas un frein, au contraire. L’âge ne reflète pas tes compétences. Comme dirait Kylian Mbappé, tu me parles pas d’âge ! », assure celle qui est aussi fan de football. En cas de victoire en mars, elle se verrait d’ailleurs bien chargée des questions de jeunesse.
Alors que la campagne pour les Municipales bat son plein à presque un mois du premier tour des élections, Ikram profite de chaque instant. Pour elle, c’est déjà son meilleur souvenir en politique : « C’est une expérience de vie unique. Je vis un rêve éveillé, parce que, de là où je viens, c’était improbable que je finisse sur une liste ».
Aujourd’hui étudiante en licence d’Histoire, comme un certain François Piquemal avant elle, la jeune femme envisage de faire de la politique son métier. Pour le moment, elle préfère cependant ne pas trop se projeter : « Mon objectif, c’est d’abord de devenir conseillère municipale dans deux mois. Le reste, on verra plus tard ». Ikram Tigha le sait, elle a encore beaucoup de chemin à parcourir. En mars, elle fera peut-être étape au Capitole.
*La « décennie noire » est une guerre civile qui oppose entre 1992 et 2002 le gouvernement de l’Algérie et divers groupes islamistes et rebelles.