Thales Alenia Space est spécialisé dans la fabrication de satellites. (Source : NASA)

Le 9 février dernier, le groupe industriel Thales, leader mondial du spatial, a annoncé le recrutement de 9000 nouveaux salariés, dont 3300 en France. Une communication qui a fait réagir le syndicat CGT de Thales Alenia Space à Toulouse.

« C’est une grande fierté de constater l’attractivité de Thales année après année », se félicite Patrice Caine, PDG de Thales, dans un communiqué officiel publié le 9 février dernier. « Thales prévoit de recruter plus de 9 000 collaborateurs dans le monde en 2026. » Ces recrutements doivent répondre à une demande accrue dans le secteur de la défense, notamment du fait de la guerre en Ukraine.

En Occitanie, la branche aérospatiale devrait accueillir 250 nouveaux salariés cette année, dont 130 sur les deux sites toulousains. Pour Thomas Meynadier, délégué CGT chez Thalès Alenia Space (TAS)* à Toulouse, cette annonce est « une pure opération de communication » : « Ils font de la pub pour recevoir des CV. »

Une bagarre de chiffres

« Depuis 5 ans, Thales recrute au moins 8 000 personnes par an afin de soutenir la dynamique de croissance de ses trois secteurs d’activité », affirme la direction du groupe dans son communiqué. Sur les 9000 nouveaux arrivants, 25% doivent supporter l’industrie.

Selon l’évaluation d’un cabinet d’expertise économique sur le bilan social de Thales en 2025, le groupe aurait perdu plus de 1700 salariés en France entre 2023 et 2025. « Soit, tous les ans, la direction n’embauche pas de quoi compenser les départs naturels, soit les embauches sont réellement réalisées mais n’arrivent pas compenser ces départs », déplore le délégué CGT.

En 2025, un plan de suppression de postes à TAS a été gelé par le tribunal judiciaire de Toulouse pour « mise en danger de la santé des salariés. » L’annonce des embauches est donc reçue avec méfiance par la CGT de TAS : « Fin novembre 2025, la direction a estimé qu’il manquait 907 personnes sur le site toulousain pour le premier trimestre 2026 », détaille le délégué.

Le projet Bromo pointé du doigt

Issu de la fusion entre Thalès, Léonardo et Airbus, Bromo doit rassembler 25 000 travailleurs. Il doit permettre de « renforcer l’écosystème spatial européen, accroître sa capacité d’innovation, son autonomie stratégique et sa compétitivité et ainsi permettre à l’Europe d’affirmer son rôle central sur le marché spatial mondial », affirme Thalès. L’objectif affiché par les trois entreprises est de concurrencer les géants de la filière spatiale tel SpaceX.

« Thalès Alenia Space va se débarrasser d’entre 4000 et 9000 salariés pour les reverser dans ce nouveau groupe », s’inquiète Thomas Meynadier. Un risque pour les garanties sociales des employés : « Ils se retrouveront avec des conditions nettement moins favorables », partage le représentant syndical. Il déplore aussi une stratégie d’« optimisation de l’empreinte industrielle » : « ça veut dire délocalisation et disparition de sites et donc perte d’emplois en France. » 

Pour le délégué CGT, ce projet est fondé sur « des intérêts purement financiers au détriment de la population. » Alors que l’Etat est actionnaire majoritaire de Thales, ce nouveau groupe remet en cause son influence selon le délégué syndical : « Si Bromo ne veut pas suivre les orientations du gouvernement pour fournir les services à la population, il dira non. » conclut-il.

Contactée pour obtenir plus de détails sur cette politique d’embauche, la direction de Thales n’a pour l’instant pas donné suite.

*TAS est la branche aérospatiale de Thalès, spécialisée dans la confection de satellites. Le site toulousain fabrique essentiellement des satellites géostationnaires.