Dans l’atelier de l’ESAT Catic, les travailleurs réalisent des activités variées, comme l’assemblage de pièces et la pose de vis sur des gâches de fenêtres.

Pour les personnes en situation de handicap, l’accès au marché du travail est souvent compliqué. À Toulouse, l’établissement ou service d’accompagnement par le travail (ESAT) Catic leur permet d’exercer une activité professionnelle au quotidien, encadrés par des équipes spécialisées. Reportage dans une entreprise presque comme les autres.

Le soleil ne s’est pas encore levé, mais le bruit des visseuses se fait déjà entendre dans l’atelier de l’établissement ou service d’accompagnement par le travail (ESAT) Catic, basé à Toulouse. Ici, la journée de travail commence à 7h50. Après un café et un tour au vestiaire pour se mettre en tenue de travail, chacun rejoint son poste. Bienvenue dans une entreprise comme une autre, ou presque. Sur les 115 travailleurs accompagnés par l’établissement, tous ont un point commun : le handicap. « La plupart sont atteints de déficiences intellectuelles ou de troubles psychiques », explique Jean-François Brieugne, directeur de l’ESAT Catic.

Géré par l’ALEFPA (association laïque pour l’éducation, la formation, la prévention et l’autonomie), l’établissement a ouvert en 1957. Comme les quelque 1 500 autres ESAT répartis en France, il permet à des personnes en situation de handicap d’exercer une activité professionnelle dans un cadre adapté, lorsque travailler en entreprise ordinaire est trop difficile.

Jean-François Brieugne est directeur de l’ESAT Catic de Toulouse depuis sept ans.

Un travail encadré par des moniteurs

Sur les 115 personnes qu’accueille l’ESAT Catic, tous ne font pas le même travail. L’établissement, qui réalise des prestations pour des entreprises et des collectivités, est organisé en plusieurs pôles d’activité : sous-traitance industrielle, espaces verts et entretien de locaux. Parmi les principaux clients, on retrouve notamment LIDL, la mairie de Castanet-Tolosan, le collège Émilie De Rodat, Coca-Cola et Hemeria. « On a aussi deux ateliers intégrés en entreprise, c’est-à-dire que nos équipes sont sur place et travaillent avec les salariés des entreprises. Un de nos ateliers intégrés est à Hydro, où on s’occupe du contrôle qualité, et l’autre est à l’hippodrome de la Cépière, où on assure l’entretien des pistes et des espaces verts », présente le directeur de l’ESAT.

L’équipe de sous-traitance industrielle est la seule à travailler dans les locaux de l’établissement, où un grand atelier a été aménagé au rez-de-chaussée. Certains assemblent des pièces destinées à un prototype de satellite, tandis que d’autres vissent des gâches pour des fenêtres. Plus loin, des paires de chaussures sont préparées pour la mise en rayon. « On organise des roulements de poste, pour que personne ne s’ennuie à faire la même chose toute la journée », précise Jean-François Brieugne.

Assis autour de grandes tables, les travailleurs sont concentrés sur leurs tâches. Pour les aider, ils sont encadrés par des moniteurs. « Notre mission, c’est d’accompagner les personnes par le travail. On supervise, on les aide dans leurs tâches, et on gère l’organisation du travail et toute la mise en place », explique Justine (37 ans), monitrice à l’ESAT depuis plus de deux ans. Un rôle qui lui tient à cœur : « On a l’impression d’être utile et de leur apporter des choses ». À peine a-t-elle terminé sa phrase qu’elle est déjà sollicitée : « Justine, il nous faut une étiquette », lance l’un des cinquante travailleurs de l’atelier.

L’équipe de sous-traitance industrielle de l’ESAT est composée d’une cinquantaine de travailleurs, installés dans un grand atelier au rez-de-chaussée des locaux de l’établissement.

« On n’est pas une usine »

Au Catic, pas question de parler de productivité. « On n’est pas là pour ça. L’important, c’est que les personnes se sentent bien au travail », estime Jean-François Brieugne. Ici, c’est le travail qui s’adapte aux employés, et pas l’inverse. Chacun évolue à son propre rythme. « On n’est pas une usine. Si quelqu’un peut fabriquer dix pièces par heure mais que ça l’épuise, on préfère qu’il en fasse six ou sept », complète le directeur. Cette approche du travail convient bien aux principaux intéressés. C’est le cas d’Aurélie (34 ans), qui travaille à l’ESAT Catic depuis sept ans : « Avant, j’étais en milieu ordinaire, mais je n’étais pas acceptée comme j’étais. C’était trop fatiguant et stressant. Je suis bien mieux ici, il n’y a pas de pression », confie-t-elle. Selon les résultats d’une enquête interne de satisfaction effectuée en 2025, 79% des travailleurs sont satisfaits, voire très satisfaits, au Catic.  

Même si le fonctionnement des ESAT diffère de celui des autres entreprises, la qualité des prestations, elle, ne fait pas exception. « On est des vrais sous-traitants. Si on avait une qualité de travail inférieure à ce que vous pouvez trouver sur le marché et en milieu ordinaire, ça dévaloriserait la situation du handicap et les clients n’auraient aucun intérêt à faire appel à nous », souligne Jean-François Brieugne.

En plus d’un travail, les personnes accueillies par l’ESAT du sud-ouest toulousain bénéficient aussi d’un accompagnement médico-social et éducatif. « On a une psychologue et une assistante sociale qui sont là pour les travailleurs qui le souhaitent », précise Jean-François Brieugne. L’établissement propose aussi des formations aux travailleurs. Les thématiques abordées sont nombreuses : santé et sécurité, acquisition de compétences, autodétermination et pouvoir d’agir, ou encore autonomie sociale, avec, par exemple, une formation sur l’usage des réseaux sociaux et internet. « On est aussi là pour aider les personnes à prendre leur place de citoyens », affirme le directeur.

L’ESAT Catic se situe rue Paul Rocaché, au sud-ouest de Toulouse, et accueille 115 travailleurs en situation de handicap.

Une insertion compliquée vers le milieu ordinaire

À l’ESAT Catic, la moyenne d’âge des travailleurs est de 42 ans. « Nos usagers restent en moyenne sept ans dans l’ESAT. Certains ont une ancienneté de plus de 30 ans, mais ça devient l’exception », constate le directeur. Pourtant, 50% des répondants à l’enquête de satisfaction souhaitent rester à l’ESAT dans les cinq ans, signe que les travailleurs s’y sentent bien.

« Il y a une bonne ambiance, ça se passe bien », sourit Justine. Du côté des personnes accompagnées, même son de cloche. « J’aime bien ce que je fais ici, le travail est varié et les gens sont sympas », raconte Mehdi (19 ans), en stage à l’ESAT pour une semaine. Xavier, lui, fréquente le Catic depuis plus de 20 ans. « Ça me plaît vraiment de travailler ici, parce que c’est le métier que j’aime », confie l’homme de 44 ans, qui a fait du cannage et du rempaillage de chaises sa spécialité.

Pour beaucoup, l’ESAT permet aussi de rester actif malgré le handicap. « C’est important de travailler pour s’occuper et que les journées passent plus vite. C’est quand même mieux que de rester chez soi à ne rien faire », témoigne Aurélie, qui fait partie des quelques femmes à travailler au Catic. Sur les 115 personnes accueillies, 80% sont des hommes.

Mais l’ESAT est également perçu comme une passerelle vers le milieu ordinaire pour un travailleur sur cinq, toujours selon l’enquête interne de satisfaction. C’est le cas de Robert, 28 ans, dont l’objectif est de travailler chez Lidl. Pourtant, ces parcours restent encore rares : en 2025, une seule personne a quitté l’ESAT pour intégrer une entreprise ordinaire. En 2024, ils étaient trois.

Dans une petite pièce à côté de l’atelier, Xavier (44 ans) est concentré sur sa tâche : le rempaillage et le cannage de chaises.

À 12h15 pile, tous les regards se tournent vers l’horloge accrochée au mur de l’atelier. Les tournevis et les mouvements de mains s’arrêtent presque en même temps. C’est l’heure de la pause déjeuner. La fin de journée, elle, sonne à 16h30, ce qui laisse le temps pour profiter d’une partie de l’après-midi. La grande majorité des usagers du Catic vivent en logement personnel ou dans le domicile de leur famille.

Alors que le handicap reste le premier motif de discrimination en France, les ESAT – qui accueillent près de 120 000 travailleurs dans l’Hexagone – prouvent que chacun peut trouver sa place sur le marché du travail et contribuer pleinement à la vie économique du pays. Même avec un petit truc en plus.