
Le festival de films LGBTQIA+ Des Images Aux Mots célèbre en ce moment et jusqu’au 8 février sa 19e édition, à Toulouse et en régions. Anne-Catherine Mezure, 49 ans, enseignante d’histoire géographie et présidente et organisatrice de DIAM, a répondu à nos questions. Elle milite pour une meilleure représentation des communautés LGBTQIA+ dans le cinéma, tournée vers l’inclusion et la diversité.
Tout d’abord, qu’est-ce que c’est le festival Des Images Aux Mots ?
Anne-Catherine Mezure : Le festival a été créé en 2007. Moi, je l’ai rejoint d’abord en tant que bénévole en 2016, et je suis présidente depuis 2019. Sa création part d’un constat simple : en 2007, les thématiques LGBT étaient très peu portées à l’écran. Quand c’était le cas, c’était soit des caricatures, soit des films assez funestes où le personnage doit être malheureux toute sa vie, se tuer ou être assassiné. Aussi, ces thématiques LGBT dans le cinéma commercial sont très formatées. C’est pour ça que l’on voit beaucoup de films sur l’adolescence, le coming out, ou qui traitent d’homophobie et de transphobie. L’homosexualité masculine est aussi très représentée par rapport aux autres orientations sexuelles. Notre travail, c’est de trouver de la diversité dans les thèmes et dans les formats, pour qu’une femme lesbienne, une personne trans ou non-binaire trouvent un film qui se rapproche de ce qu’elles ont envie de voir à l’écran. Pour cela, on diffuse des courts-métrages, des documentaires, des fictions, contrairement au cinéma plus commercial qui favorise beaucoup les longs-métrages de fiction. Et on va regarder aussi si le film envoie un message qui nous semble négatif, c’est que ce n’est pas fait pour nous. Le festival met en avant le droit à la différence et à la diversité. Ça permet à des réalisatrices et des réalisateurs d’exister et de pouvoir voir leurs œuvres diffusées.
Comment sont sélectionnés les films ?
A-C M : On a cette volonté de partager un cinéma avec des messages positifs, d’affirmation de soi et de bien-être avec soi-même, ainsi que des repères. Pour notre sélection, on fait du repérage dans des festivals étrangers, où on essaie de trouver un contact pour pouvoir visionner les films. Il y en a d’autres qui nous sont proposés. On est aussi en relation avec des producteurs qui nous les envoient directement. Et après, il y a les distributeurs français qui ont déjà des œuvres dont ils savent qu’elles vont sortir. C’est l’occasion de faire des avant-premières et de mieux lancer le film. Il y a tous les cas de figures. Après, en interne, on se divise le travail par catégorie. Ensuite, de juin jusqu’à septembre, on regarde de manière intensive tout ce qu’on reçoit. Il y a un système de vote pour éliminer certaines œuvres ou distinguer celles qui se démarquent de manière positive. Après, en tant que programmatrice, je regarde l’ensemble, je regarde dans la globalité et j’essaie de ramener de la diversité dans les thématiques et dans les formats. Ça veut dire que s’il y a un film qui se démarque parce que c’est du film d’animation, ou expérimental et qu’il y en a moins à ce moment dans la sélection, on va le prendre en priorité, pour que le public qui aime ce style d’œuvre puisse en profiter.
« Notre plus-value à nous, c’est de toujours cultiver la différence et la diversité. », Anne-Catherine Mezure, présidente du festival Des Images Aux Mots
Est-ce qu’il y a aussi une volonté de donner plus de place aux réalisatrices ?
A-C M : Si on voulait faire un choix confortable et ne prendre que ce qui est distribué, il y aurait très minoritairement des femmes et beaucoup plus d’hommes. En effet, le cinéma commercial et distribué, à l’heure actuelle, favorise encore très largement les hommes. Mais nous faisons le choix de la diversité, alors on est obligé de sortir du cinéma distribué et d’aller vers du cinéma vraiment différent. Et là, comme par hasard, on trouve toujours des femmes, et on arrive vraiment à une parité, avec beaucoup plus de réalisatrices que si on reste sur le cinéma qui est mis en avant par des distributeurs français.
En 2025, la mairie de Toulouse a réduit les subventions aux associations. Est-ce un frein pour le festival et son expansion ?
A-C M : Nos subventions ont effectivement baissé. En parallèle, certains de nos partenaires publicitaires sont aussi en difficulté et n’ont pas pu acheter de publicité. Les deux cumulés font qu’on va taper sur nos réserves. Cette trésorerie nous permet de tenir pour l’instant, mais si on est toujours obligé de piocher dedans, on sera en difficulté à moyen terme. On a une salariée mais qu’on ne peut pas embaucher à temps complet, sinon ça nous coûterait trop cher. Or, avoir quelqu’un en permanence, ça permet d’assurer une stabilité et un équilibre dans l’association. C’est aussi nécessaire pour organiser un événement comme ce festival, sur douze départements. Donc oui, ça nous empêche de nous développer, alors même que le festival est en train de grandir.
Justement, le festival est présent dans de nombreux territoires. Qu’est-ce que cela représente en termes de visibilité ?
A-C M : Dans la partie régionale, le public est très mixte. Pour les personnes LGBT de ces territoires, il y a un sentiment d’isolement. Quelqu’un de la communauté qui grandit dans le monde rural ne va pas forcément avoir accès à une association LGBT à proximité. Donc il va se renseigner sur Internet, ou par le biais du cinéma pour se rassurer, apprendre à vivre avec son orientation sexuelle. Rencontrer les autres, c’est très important parce que c’est nécessaire à un moment donné d’avoir accès à la communauté. Et DIAM, c’est aussi un moment où le public peut se retrouver, être dans un événement qui lui correspond, qui lui ressemble. Et pour le public non concerné par les thématiques, c’est aussi une opportunité d’avoir accès au cinéma, à la culture, à des échanges qui sont plus rares qu’en ville. Je pense que ça valorise beaucoup les territoires d’avoir quelqu’un qui vient à la rencontre des gens pour discuter autour du film. Ça permet de voir ce que le film apporte de nouveau, en quoi il est fidèle ou proche de quelque chose qui peut réellement exister, en France ou dans le monde. Personnellement, je vois toujours un bon accueil du public !
En parlant d’isolement, pourquoi est-ce important pour vous d’avoir des films et des festivals LGBT+ ?
A-C M : Parce que ma génération née dans les années 70 a grandi en ayant conscience qu’on avait une différence. Mais il nous manquait des repères culturels, sportifs ou autres. C’est-à-dire des gens qui avaient la même différence, la même orientation ou la même identité de genre et qui nous servent de modèles et de représentations. Maintenant, il y en a un peu plus qu’avant. Mais moi, j’ai grandi dans un monde où il n’y avait pas un sportif, pas une personne politique, pas un acteur, pas un film emblématique là-dessus. C’est vraiment un sentiment d’invisibilité. Notre plus-value à nous [celle de DIAM – ndlr], c’est de toujours cultiver la différence et la diversité : que ce ne soit pas toujours le même modèle de gays, de lesbiennes ou de personnes trans, mais qu’on questionne son regard et qu’on apprenne à se diversifier. Et puis, le cinéma, c’est quand même avant tout des histoires et des émotions. Et ça, c’est assez universel !
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