Alicia Ambroise a co-fondé le collectif Les Liens en Sang qui vise à supprimer l’obligation alimentaire. Crédits : @alicia_ambroise

Son géniteur est condamné pour viol. Mais elle découvre l’existence de l’obligation alimentaire. À la tête du collectif Les Liens en Sang, Alicia Ambroise a fait de la suppression de ce devoir son combat. Portrait.

Mercredi 28 janvier 2026. Il est 12h. Le téléphone sonne. Alicia est au bout du fil. Depuis deux ans, un combat guide la jeune chargé de communication de 26 ans : celui de la libération de l’obligation alimentaire à l’égard d’un parent défaillant. Actuellement dans le rush d’un marathon médiatique entre Paris et Toulouse, elle prend le temps de nous répondre. « Désolée, je suis dehors il va y avoir quelques bruits », s’excuse-t-elle. La jeune femme nous plonge dans son enfance, et partage le récit de sa lutte.

« À ce moment là, ma vie bascule »

« À seulement 2 ans, mes parents se séparent », débute-t-elle. Alicia grandit à Toulouse entre deux maisons. Une enfance « assez classique » mais rythmée par les allers-retours réguliers. De son côté, son « géniteur » comme elle l’appelle désormais, refait sa vie avec une autre femme.

Mais c’est à 13 ans que tout s’effondre. Son père et sa belle-mère divorcent. Peu de temps après, il est condamné à dix ans de prison pour viol sur sa belle-fille Laura. Pour Alicia, le choc est brutal. « À ce moment-là, ma vie bascule. Tous mes repères s’effondrent, je ne m’y attendais pas ».

« Tous mes repères s’effondrent. »

Alicia Ambroise

Sa confiance disparaît. Dans les autres, dans le monde, en elle-même. Son adolescence devient un terrain miné de phobies, d’angoisses, et de suivis psychologiques. Elle entame un long processus de reconstruction.

« Une épée de Damoclès dont on ne peut pas s’extraire »

Lorsqu’Alicia est étudiante, elle reprend peu à peu confiance. Pour la jeune femme, le moment est venu d’engager une démarche juridique pour se détacher de son géniteur. Elle décide de prendre rendez-vous chez une juriste, mais la réalité vient très vite la rattraper.

La jeune toulousaine découvre l’existence de la loi sur l’obligation alimentaire. En vigueur depuis 1972, elle impose aux enfants de subvenir aux besoins (alimentation, logement, habillement et soins) de leurs ascendants dans l’impossibilité de les assurer. Et ce, quels que soient les actes commis par ces derniers.

« Je sors de ce rendez-vous avec un sentiment d’injustice énorme », confie Alicia. Comme « une épée de Damoclès dont on ne peut pas s’extraire. C’est la preuve qu’en France, le lien familial est forcé ». Elle constate que « très peu de personnes connaissent cette loi .»

Il suffit alors d’une rencontre avec Marine Gatineau Dupré* pour que naisse en 2024 le collectif Les liens en sang. « On a décidé d’unir nos forces : mon histoire et ses contacts ,» raconte la Toulousaine. L’objectif est de changer la loi pour supprimer l’obligation alimentaire. S’ensuit une véritable libération de la parole pour les victimes : « Je reçois une dizaine de témoignages par jour. C’est énorme ! J’ai appris que mon cas n’était pas isolé. Je me suis enfin sentie comprise », ajoute-t-elle rassuré. Mais le changement s’annonce bien plus complexe au niveau institutionnel.

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Un engagement porté jusqu’au Sénat

En 2025, le combat d’Alicia prend un nouveau tournant. Il arrive jusqu’au Sénat grâce au soutien du sénateur des Hauts-de-Seine Xavier Iacovelli (président du parti démocrate et progressiste), qui prend connaissance du collectif porté par Alicia. Tout se fait alors très rapidement. Des témoignages sont ajoutés à la proposition de loi : récits de viols, incestes, ou encore maltraitances. « Xavier Iacovelli nous a fait confiance sans hésitations », précise avec joie la jeune femme, qui souligne un engagement « honorable ».

Mais le 23 octobre 2025, le Sénat rejette la proposition de loi. « Absence de bienveillance » peut-on lire dans le rapport. Les débats laissent un goût amer. Si le discours de Gérald Darmanin lui a redonné espoir, « certains propos tenus ont été extrêmement violents pour les victimes, surtout en connaissance de cause », s’attriste Alicia. Elle pointe notamment du doigt l’intervention « odieuse » du rapporteur Marie Mercier.

Aujourd’hui, le travail est au point mort. Elle compte sur le Garde des Sceaux pour qu’un nouveau texte soit déposé au plus vite.

*conseillère municipale à Palavas-Les-Flots (Hérault), et fondatrice du collectif « Porte mon nom » qui vise à changer la loi sur le nom de famille