Le Collège Pierre de Fermat, situé près de la Daurade, dans le centre ville de Toulouse. Crédit : T.D.S.
Dans la nuit du 26 au 27 janvier, la proposition de loi interdisant les réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans a été approuvée par l’Assemblée Nationale, à 116 voix contre 23. Le texte, porté par le gouvernement et le Président de la République, devrait être voté par le Sénat dans les prochaines semaines. Nous avons recueilli les réactions d’adolescents dans un collège du centre ville de Toulouse.
À seulement 11 ans, Adama est inscrite sur Tiktok, Instagram et Snapchat. Élève de 6ème au collège Pierre de Fermat, à Toulouse, elle serait déçue si la loi est votée, car elle considère que les réseaux sociaux lui sont d’une véritable utilité : « J’ai ma mère, mon père, ma sœur dessus. Si mon téléphone a un problème et que je ne peux pas répondre par message, comment je ferai ? », s’interroge la jeune adolescente.
Snapchat, Tiktok, Instagram, Facebook, Thread, ou encore X : l’interdiction concerne les réseaux sociaux de scrolling qui comportent un algorithme, a précisé le groupe de Gabriel Attal, à l’origine de la proposition de loi. Elle exclurait donc les messageries interpersonnelles comme Whatsapp ou Messenger. Adama ne pense pas que ces applications peuvent avoir des effets négatifs sur elle, même si elle reconnaît faire attention : « des gens bizarres veulent me suivre, mais je ne les acceptent pas ». Pour la collégienne, l’utilisation principale reste de discuter avec sa famille et quelques amis. Elle ne considère pas que consommer des vidéos puisse être dangereux.
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Pourtant, cette proposition de loi fait suite aux travaux d’une commission d’enquête parlementaire sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs. Juliette*, 14 ans, reconnaît certains effets néfastes des réseaux sociaux : « Je trouve ça normal de les interdire aux moins de 15 ans, parce qu’ il y en a qui sont trop tout le temps sur leur téléphone ». Comme beaucoup de parents, Lucile, sa maman, se réjouit plutôt de cette proposition : « Je suis contente qu’ils mettent plus de limites. Même si nous, en tant que parents, on en met déjà, on ne sait jamais réellement ce qu’ils peuvent voir », observe-t-elle.
CONTOURNER L’INTERDICTION
Pour Éloi et Mathis, élèves en 4ème au collège Pierre de Fermat, l’interdiction ne semble pas poser problème. « On a réussi à la contourner et à s’inscrire quand on avait moins de 13 ans, donc je ne vois pas pourquoi on n’y arriverait pas là ». Pourtant, le gouvernement prévoit un système de contrôle ferme et mis en place rapidement. L’objectif : une interdiction dès la rentrée 2026 pour les nouveaux comptes. Les plateformes auraient ensuite jusqu’au 31 décembre 2026 pour vérifier l’âge des utilisateurs de tous les comptes existants. La vérification d’âge devrait se faire par selfie, via une application extérieure.
Une fois le vote du Sénat rendu, le texte doit encore prouver sa conformité par rapport au droit européen pour être finalement adopté dans le pays. La France deviendrait alors le deuxième pays, après l’Australie, à se doter d’une législation aussi restrictive pour les mineurs.
*certains prénoms ont été modifiés