François Briançon, ici devant le marché couvert de Saint-Cyprien, affiche clairement son ambition : devenir le prochain maire de Toulouse. Crédits : Pierre Boitel.
À quelques jours du premier tour des élections municipales de Toulouse, François Briançon, candidat à la tête d’une large coalition de gauche réunissant onze formations politiques, affiche sa confiance. Dans un entretien exclusif à TouNews, le socialiste de 60 ans détaille son projet pour la ville et se voit déjà au Capitole, tout en refusant de se prononcer sur une éventuelle alliance avec François Piquemal (LFI) au second tour. Mais face au maire sortant Jean-Luc Moudenc, le duel s’annonce très serré.
Le premier tour des élections municipales de Toulouse a lieu le 15 mars, dans moins de deux semaines. Est-ce que vous êtes confiant ?
Oui, je suis très confiant. Je sens un réel intérêt pour notre campagne électorale et une envie de changement des Toulousains et des Toulousaines. Toulouse est une ville de gauche, mais la droite y est au pouvoir depuis 48 ans, si on enlève la période 2008-2014. Et là, je sens cette envie du peuple de gauche toulousain de dire : maintenant, c’est notre tour.
Selon deux récents sondages sur les intentions de vote, vous obtiendrez entre 30 et 32% au premier tour de l’élection. C’est un score satisfaisant pour vous ?
Oui, c’est satisfaisant. En tout cas c’est une espérance, puisque ce n’est qu’un sondage. C’est satisfaisant, mais ce n’est pas suffisant. Moi, ce que je demande aux Toulousaines et aux Toulousains, maintenant qu’on est dans la phase active de la campagne, c’est qu’ils nous mettent en tête dès le premier tour, devant le maire sortant Jean-Luc Moudenc.
Votre objectif c’est d’être premier dès le soir du 15 mars ?
Oui, l’objectif c’est d’être premier devant tout le monde après le premier tour. Et je le serai. Pour créer les conditions de la victoire, il faut une dynamique politique. Et cette dynamique politique, c’est le fait que je sois devant au premier tour, largement devant Jean-Luc Moudenc, qui marque le pas dans les sondages. 33% pour un maire sortant, qui dit qu’il a un bilan extraordinaire, ce n’est pas satisfaisant. Donc pour nous, ça veut dire qu’il y a une dynamique que l’on peut enclencher.
Vous avez dit plusieurs fois vouloir mener une campagne « digne et utile » pour les Toulousains et les Toulousaines. C’est ce que vous avez fait ? Comment jugez-vous votre campagne à moins de deux semaines de l’élection ?
Je la juge citoyenne et sérieuse. On a répondu à la question des habitants sur ce que l’on comptait faire pour les Toulousaines et les Toulousains dans les six années à venir. On répond au sujet, on a des vraies propositions. Notre campagne est aussi très dynamique et très joyeuse, parce qu’avec ma liste, on prend du plaisir à faire campagne. Durant toute cette campagne, j’ai cherché à rassembler, parce que je pense que ça ne sert à rien de diviser les gens. Et j’ai été le seul à le faire. Je veux rassembler la gauche et les écologistes, mais aussi les gens qui ont envie que ça change. On a besoin de faire communauté, de vivre ensemble.
On vous a beaucoup vu sur le terrain durant cette campagne. Qu’est-ce que vous percevez des Toulousains et des Toulousaines ?
Beaucoup d’envie et beaucoup d’attente. Ils nous posent des questions sur notre projet, sur notre programme, sur ce qu’on veut faire pour Toulouse. On est très bien accueillis. Vous savez, les campagnes électorales où on est mal accueillis, ça se sent très vite. Et là, ce n’est pas le cas. On sent vraiment qu’on est porté.
C’est le moment le plus important dans votre carrière politique ?
C’est un moment important oui, mais je n’ai pas une vision personnelle de la politique. Je suis quelqu’un qui fait preuve en toute circonstance de beaucoup d’humilité. Je veux être le maire de Toulouse, mais je suis un Toulousain comme les autres. Je ne suis pas un surhomme, je n’ai pas une aura sacrée. Par contre, je suis un animateur, un chef d’équipe, et surtout, un militant. J’ai envie de me battre, de militer, de faire des choses pour ma ville. Je m’en sens capable, parce que j’ai l’expérience. Je suis élu depuis 1995, avec une petite interruption de six ans. Mais je ne suis pas la solution, je suis celui qui apporte la solution.
Le nom de votre liste, c’est « Vivre Mieux ». Vous proposez quoi, concrètement, aux Toulousains et Toulousaines pour vivre mieux ?
On a travaillé notre projet autour de six piliers, qui partent chacun dans deux directions. La première, c’est qu’il faut réparer le quotidien. Aujourd’hui, à Toulouse, vous avez l’image de carte postale, avec une ville magnifique. Mais à quelques rues de là, il y a des personnes âgées qui vont faire les poubelles pour voir s’ils peuvent trouver quelque chose à manger. Des gens qui ont travaillé toute leur vie, qui sont retraités, mais qui doivent choisir entre se nourrir, se chauffer ou se loger. Donc, moi, je dis attention. Parce que derrière la carte postale, il y a un revers. Certes, il y a de l’excellence à Toulouse, on a un potentiel qui est fabuleux, mais il y a aussi des zones de fragilité. Donc, il faut les réparer, réparer le quotidien.
La seconde dimension, c’est qu’il faut tracer des perspectives. On a devant nous des défis et on ne pourra pas y échapper. Le défi de la bifurcation écologique, avec la canicule notamment. Le défi des transports : les Toulousains passent en moyenne 66 heures dans les bouchons chaque année. Le défi du logement : il est de plus en plus difficile de se loger à Toulouse. Le défi de l’insécurité : des moyens supplémentaires ont été accordés à l’insécurité par Jean-Luc Moudenc ces dernières années, mais les résultats ne sont pas au rendez-vous. Donc, il faut mixer ces deux dimensions : réparer le quotidien et préparer l’avenir.
Et avec quelles mesures concrètes pour vivre mieux ?
Des mesures, il y en a beaucoup. Par exemple, on propose de travailler sur le pouvoir d’achat des familles, avec les transports gratuits pour les moins de 18 ans et un goûter gratuit à l’école. Ensuite, on n’augmentera pas les impôts. On va aussi mettre en place une tarification solidaire au quotient familial sur l’ensemble des tarifs de la ville.
Vous avez fait union avec les écologistes. Que comptez-vous faire pour faire de Toulouse une ville plus écologique ?
Beaucoup de choses, on a une vraie ambition écologique. C’est l’un des points centraux de mon programme. D’abord l’écologie, elle doit être transversale. Il n’y a pas de solution miracle pour que la ville devienne tout d’un coup plus écologique. Toutes les politiques publiques doivent intégrer cette dimension. On a une série de projets pour l’écologie. D’abord, on a des projets forts en matière de logements. Il faut rénover les 30 000 logements qui ne sont pas adaptés à la bifurcation écologique. Il faut intervenir avec beaucoup de force, dans le secteur privé et dans le secteur public. On compte aussi agir sur les transports pour améliorer la qualité de l’air et lutter contre la pollution. On veut intervenir de façon très forte pour offrir une solution de transport réellement alternative à la voiture. Et cette solution, c’est le train. On se bat pour la mise en place d’un RER Toulousain, qui permettra de mieux connecter les habitants à un réseau de transports en commun qu’il faut densifier à l’échelle de la ville.
Après, on a un grand plan de végétalisation de la ville : chaque fois que c’est possible, il faut débitumer. Il y a très peu d’arbres à Toulouse. Là où le béton n’est pas nécessaire, on veut enlever du bitume et planter. Et enfin, un autre projet que l’on a, c’est “l’étoile verte”, qui est un grand projet d’aménagement urbain, sur plusieurs mandats, pour repenser les boulevards, les pénétrantes et le canal. On veut en faire des endroits où cohabitent réellement la voiture et les mobilités douces. Aujourd’hui, l’usage de ces voies n’est que voiture quasiment, hormis quelques pistes cyclables, qui sont d’ailleurs souvent dangereuses parce qu’elles ne sont pas en continu.
Qu’est-ce que vous proposez aux jeunes et aux étudiants ?
Selon moi, la première clé d’entrée dans la vie d’adulte, ou dans les études, ça ne peut pas être la précarité. Et donc nous, on veut agir de façon très forte sur le pouvoir d’achat des étudiantes et des étudiants. C’est le sens des mesures en matière de logement, avec l’encadrement des loyers, et c’est le sens des mesures en matière de transport. On veut aussi agir sur la santé des étudiants. On s’aperçoit, et les médecins nous le confirment, qu’il y a beaucoup d’étudiants qui renoncent aux soins, faute de solution de transport ou de moyens. Donc on veut agir sur la santé, et particulièrement sur la santé mentale.
Et puis après, on veut créer les conditions pour que les ressources financières ne soient pas la clé d’accès aux loisirs, à la culture, au sport. On souhaite créer des dispositifs qui permettent aux jeunes et aux étudiants d’avoir accès à la culture gratuitement. Par exemple, on va proposer l’accès gratuit des bibliothèques et des médiathèques.
Vous êtes opposé à la mesure d’une caméra par rue de Jean-Luc Moudenc. Que comptez-vous faire pour la sécurité ? On sait que beaucoup de femmes ne se sentent pas en sécurité dans les rues de Toulouse, comme partout en France. Qu’est-ce que vous allez faire pour leur sécurité et contre les violences sexistes et sexuelles (VSS) de manière générale ?
Je ne suis pas opposé à une caméra par rue, je trouve ça juste ridicule. Jean-Luc Moudenc ne cherche pas à résoudre les problèmes de sécurité, il cherche à les exploiter électoralement. C’est toute la différence. Pour les caméras, on dit qu’il faut de la technologie pour aider à protéger les Toulousains. Pour moi, la technologie ce n’est pas un problème. Mais à quoi ça sert toujours plus de technologie quand on voit qu’au bout du bout, on n’a pas les résultats escomptés ? Les statistiques nous le montrent : il y a une augmentation des agressions, des violences intrafamiliales et du deal dans les rues toulousaines.
Moi, je propose d’investir dans une autre technologie, qui a fait ses preuves : l’humain. Là où Jean-Luc Moudenc veut une caméra par rue, je veux un policier municipal par rue, qui soit au contact de la population. Ce dont je rêve, c’est que lorsqu’une voiture de police passe, elle s’arrête et que le policier descende pour aller voir les commerçants et les habitants et demander si tout va bien. C’est ça, faire de la proximité. Et s’il y a un problème, j’aimerai qu’on ne sanctionne pas tout de suite, mais qu’on envoie un médiateur pour discuter. C’est en faisant ça qu’on aura des résultats. Très concrètement, ça veut dire qu’on va embaucher des policiers municipaux et créer une brigade dédiée à la médiation. Ce sont mes deux propositions principales en matière de sécurité. On n’enlève pas l’armement, on n’enlève pas les caméras, mais on va remettre de l’humain.
Et sur les VSS plus précisément ? Comment comptez-vous les combattre ?
Sur les VSS, c’est différent. Il y a un secteur associatif qui est puissant et sur lequel il faut s’appuyer. Il faut mener des politiques de prévention plus importantes. La ville a les moyens d’agir sur cette dimension-là de façon beaucoup plus forte. Je n’ai aucun tabou sur les problèmes de sécurité. Je suis même d’une fermeté totale.
Si vous êtes élu maire de Toulouse, quelle sera votre première mesure ?
J’en aurai deux. La première est symbolique, mais elle me paraît assez nécessaire. Je veux redonner un local à la Ligue des droits de l’Homme, qui a été expulsée de ses bureaux par la mairie de Toulouse et Jean-Luc Moudenc. Ils ont dû se débrouiller tout seul. La seconde, c’est que je demanderai une réunion tout de suite avec le préfet et le procureur pour faire un point sur la sécurité des Toulousains, et notamment pour leur dire que la ville de Toulouse est prête à intensifier son niveau de jeu contre le deal et le narcotrafic. Je veux qu’on prenne nos responsabilités là-dessus.
Vous comptez stopper les chantiers entamés par Jean-Luc Moudenc ?
Non, on ne stoppera rien. On continuera les projets en cours, notamment la troisième ligne de métro et les projets d’aménagement. Par contre, là où les projets ne sont pas lancés, on pense pouvoir avoir un regard pour éventuellement les réorienter. Mais on n’a pas la volonté de tout arrêter.
En quoi votre projet dans son ensemble se distingue-t-il de celui des deux autres principaux candidats, à savoir François Piquemal et Jean-Luc Moudenc ?
De Jean-Luc Moudenc, c’est d’abord une vision de la ville. Moi, je considère que la ville doit s’adresser à tout le monde, et pas uniquement aux Toulousains qui vont bien. Il y a aussi des Toulousains qui vont moins bien et il ne faut oublier personne dans l’aventure et dans le vivre ensemble toulousain. Une autre différence, c’est que moi je veux rassembler, pas diviser. Quand vous lisez les tracts de Jean-Luc Moudenc, il y a de l’agressivité dans ce qu’il dit. Il considère que si l’on n’est pas d’accord avec lui, on est d’extrême gauche. Il pense que je suis un dangereux personnage. Je ne suis pas d’accord avec cette façon de voir les choses, parce qu’après, on doit tous vivre ensemble.
Et en ce qui concerne la gauche radicale, avec François Piquemal, ce que je critique dans leur programme, c’est d’avoir une approche clientéliste. Un exemple : la mesure très généreuse de la gratuité des transports pour les moins de 26 ans. J’aimerais que l’on puisse se la payer. Mais aujourd’hui, elle n’est pas à notre portée financière. Ça n’existe pas, c’est impossible à réaliser. Nous, nos mesures sont réalisables.
Dans votre programme, il y a quand même plusieurs points en commun avec François Piquemal.
Bien sûr qu’il y a des points communs, on est de gauche tous les deux. Mais on a des approches différentes. Par exemple, il veut supprimer le jumelage entre Toulouse et Tel Aviv. Moi, je trouve que c’est une idiotie sans nom. Il fait ça pour flatter une clientèle. Oui, ce qu’il se passe à Gaza est inadmissible et grave, il n’y a pas de débat là-dessus. Mais pourquoi aller faire porter la responsabilité à Tel Aviv, une grande ville de gauche, dirigée par la gauche ? Les plus grands mouvements contre Netanyahou ont lieu dans cette ville.
Et on a d’autres désaccords, comme sur la LGV par exemple. Personnellement, je pense que c’est un équipement qui est nécessaire pour désenclaver Toulouse. Mais c’est surtout un équipement qui est attendu par les Toulousains, on leur a promis depuis des années. Donc on a aussi des différences d’ordre programmatique avec François Piquemal. Mais après, on a une vision de la société qui, par moment, est effectivement identique.
Vous avez aussi des différences avec les écologistes, notamment sur la LGV et l’autoroute A69. Pourtant, ils sont sur votre liste. Pourquoi pas François Piquemal et LFI ?
François Piquemal a dit d’entrée : je suis avec vous si je suis tête de liste. Donc on a dit non. Moi, j’ai été élu, je ne me suis pas auto-désigné. J’ai été investi à l’unanimité par les onze organisations politiques de la liste. On a voté, on a eu un débat entre nous. François Piquemal s’en est exclu, il s’est isolé. Mes différences avec les écologistes sur l’A69 et la LGV existent. Je respecte leur position, même si je ne la partage pas. Mais ça ne nous empêche pas de travailler ensemble. Ce n’est pas parce qu’on a des différences entre nous qu’on doit laisser la droite au pouvoir. Les différences, ça se surmonte.
Pourquoi appeler votre liste « la gauche unie pour Toulouse », alors que vous partez sans LFI ? Votre gauche n’est pas tout à fait unie.
Si, elle est unie. Sur notre liste, il y a onze organisations politiques de gauche. Ce n’est pas parce que quelqu’un s’est éloigné de cette union et s’est isolé, que la gauche n’est pas unie. Donc pour moi, elle est unie, et c’est comme ça qu’elle est ressentie par les gens. Notre gauche est une gauche différente de celle de François Piquemal. Il y a toujours eu deux gauches en France et à Toulouse. Vous avez une gauche qui prend ses responsabilités, qui participe, qui accepte les mécanismes de gestion. C’est par exemple la gauche qui dirige la région, avec Carole Delga. Et puis vous avez une gauche plus radicale, plus protestataire. Elle a aussi son rôle, notamment dans le débat public, et j’ai beaucoup de respect pour le militantisme actif de cette gauche radicale. Mais cette gauche radicale est une gauche qui témoigne et proteste, mais qui n’agit pas sur le quotidien des gens. Donc il y a une vraie différence entre nos deux gauches et ce n’est pas étonnant que ces deux gauches ne soient pas ensemble sur une même liste.
Dans un monde idéal, vous auriez voulu que LFI soit avec vous, pour véritablement former une gauche unie ?
Non. Quand on voit la façon dont LFI est incapable de faire son autocritique et la manière dont elle rentre de façon très éruptive, parfois violente, dans le débat politique, c’est une différence de mon point de vue qui n’était pas compatible. J’ai du respect pour François Piquemal, on s’entend bien. C’est la France insoumise en tant que telle que je pointe du doigt. La vraie question, c’est de savoir si c’est François Piquemal la tête de liste ou Jean-Luc Mélenchon ? On s’aperçoit que cette élection municipale est un moyen pour eux de préparer l’élection présidentielle. Quand Jean-Luc Mélenchon est venu faire son meeting à Toulouse, il a parlé une heure et demie, alors que François Piquemal, qui est le candidat à la mairie de Toulouse, a parlé 15 minutes. Donc moi je ne suis pas là pour préparer l’élection présidentielle de qui que ce soit. Le 11 mars, quand Olivier Faure va venir à mon meeting, il ne va parler plus que moi, malgré toute l’amitié que j’ai pour lui. C’est un ami, je suis très proche de lui politiquement, mais il ne parlera pas plus que moi. Chacun reste à sa place, c’est moi le candidat.
Que dites-vous aux étudiants qui hésitent à voter entre vous et François Piquemal, qui propose aussi de nombreuses mesures en faveur des jeunes ?
C’est vrai que dans le programme, il peut y avoir la même volonté de faire en sorte que les étudiants vivent mieux. La différence majeure qu’il y a entre lui et moi, c’est que je suis le seul à pouvoir battre Moudenc. François Piquemal, aujourd’hui, ne peut pas créer les conditions politiques nécessaires pour proposer une alternative politique à la droite. Jamais un candidat de la France insoumise ne sera élu maire de Toulouse.
Ce que je dis aux jeunes, et ce que je dis à tout le monde d’ailleurs, c’est que sur ma liste, j’ai réuni onze formations politiques : les socialistes, les écologistes, les communistes, Archipel citoyen, le Parti radical de gauche, le parti de Raphaël Glucksmann, le parti de François Ruffin, etc. Tous ces gens-là ont des différences sur le plan national, mais ici, on en fait une force pour porter un projet et une liste expérimentée. Et c’est cette dynamique qui peut gagner, pas une autre. Je n’aime pas l’expression de « vote utile », mais l’utilité politique aujourd’hui, c’est de faire en sorte que je sois largement devant dès le premier tour.
Dans une interview à La Dépêche, vous avez dit : « On sait que dans une élection, lorsque la gauche est divisée, elle perd ». Actuellement, il y a donc deux listes de gauche à Toulouse. Si on suit votre raisonnement, vous n’allez pas gagner l’élection.
Si, je vais la gagner. Alors je ne vais pas la gagner au premier tour, même si je préfèrerai, mais je vais la gagner. Si je suis en tête au premier tour, je gagne l’élection municipale. Avec mon programme et avec ma liste.
Je maintiens que la gauche que je représente n’est pas divisée. La gauche de François Piquemal est une gauche plus radicale, il faut nuancer. J’arrive à réunir de François Ruffin à Raphaël Glucksmann, on ne peut pas dire que la gauche n’est pas unie. On a fait le plus grand rassemblement de gauche des élections municipales en France. Il n’y a pas une ville en France où il y a un rassemblement aussi large. C’est pas parce que LFI n’est pas dans notre liste que la gauche n’est pas unie. La gauche toulousaine est rassemblée.
Si vous arrivez en tête le soir du premier tour, vous gagnez forcément l’élection ? Jean-Luc Moudenc ne peut pas passer devant vous au deuxième tour ?
Je ne crois pas. En tout cas, je suis persuadé que je vais gagner. On verra bien ce qui se passe au second tour. Pour l’instant, je suis concentré sur le premier tour, c’est-à-dire que je crée les conditions de la gagne. Et cette élection, je vais la gagner.
Vous avez dit que vous étiez quelqu’un qui voulait rassembler. C’est ce que vous allez faire au deuxième tour, rassembler ?
Oui, je vais rassembler au premier tour et je vais rassembler au second tour.
Vous allez vous rassembler avec LFI au second tour ?
Je ne réponds pas à cette question, parce que je ne veux pas que ma campagne électorale soit polluée par cette considération politicienne. Moi, ce que je dis, c’est que si on veut gagner, si on veut que le programme que je propose soit appliqué, il faut que je sois largement devant au premier tour de l’élection municipale. Je me concentre là-dessus et uniquement là-dessus. Et je le répète, je serai largement devant au premier tour de l’élection municipale.
Piquemal a annoncé qu’il était favorable à l’union de la gauche au second tour.
François Piquemal est tellement pour l’union de la gauche qu’il est tout seul. Moi, je réunis onze formations politiques de gauche. Donc ce n’est pas à moi qu’on va faire le procès de l’unité.
Vous pensez pouvoir battre Moudenc sans vous unir avec LFI au second tour ?
Oui. Mon objectif, c’est que mon programme et ma liste soient telles quelles en responsabilité au Capitole. Je fais une offre politique aux Toulousains. Les Toulousains la prennent ou ils ne la prennent pas. Ce sont les Toulousains qui décident. Et ce que je leur demande, c’est de me mettre devant. Si vous voulez que mon programme soit appliqué, si vous voulez que ma liste soit en responsabilité, vous me mettez largement devant Jean-Luc Moudenc. Les conditions de la victoire, elles existent. Si les Toulousains font un autre choix, je le respecterai.
Selon les sondages, vous ne pourrez pas battre Jean-Luc Moudenc au deuxième tour sans vous unir avec LFI et François Piquemal.
On verra bien. Moi je vous dis que je vais être en tête au premier tour. La configuration du second tour, on verra au second tour. Pour le moment, je suis uniquement tourné vers le premier tour. Je prends souvent l’exemple du sport. Quand vous jouez au foot ou au rugby, vous ne vous intéressez pas à la seconde mi-temps avant d’avoir fait la première. En politique, c’est pareil. On s’occupe d’abord du premier tour, et le second on verra après. Aujourd’hui, je suis dans un premier tour d’élection municipale. J’ai un projet, j’ai une liste, et je veux la porter. Ce sont les Toulousains qui vont décider de ce qui va se passer et je suis persuadé qu’ils me mettront largement en tête. Ils me donneront l’impulsion pour aller au bout.
Au sein de votre liste, est-ce qu’il y a des désaccords quant à la stratégie à adopter au second tour ?
Non, on est tous sur la même ligne, celle que je viens de vous exposer. Tout le monde a envie de défendre le projet et tout le monde veut être représenté sur cette liste et dans cette aventure. Il n’y a pas de sujet.
Olivier Faure aura son mot à dire sur la stratégie que vous aurez au second tour, en tant que premier secrétaire du Parti socialiste ?
Non, c’est moi qui décide. Je lui demanderais certainement des conseils et son avis, mais c’est tout. Je pense qu’il le comprend et qu’il le respecte. C’est moi qui veux être maire de Toulouse, donc je prends mes responsabilités, avec mon équipe. Je ne prends pas d’ordre, ce n’est pas le genre de la maison. Les seuls ordres que l’on me donne, ce sont les Toulousains qui me les donnent. Ce sont eux qui décideront.
Décrivez-nous Toulouse dans six ans si vous êtes élu maire.
C’est dur, parce que je ne veux pas tomber dans le cliché. Je dirais que c’est une ville qui a le courage d’affronter ses défis. C’est une ville qui a amélioré le quotidien des gens et que l’on y vit mieux, même s’il y a encore beaucoup de travail à faire. Et c’est une ville qui regarde la réalité en face et qui prépare l’avenir en affrontant les défis sans tourner le dos.
Donc c’est une ville qui aura passé la vitesse supérieure et sera sortie de son isolement. Il y a quelque chose qui est très révélateur : on ne parle jamais de Toulouse pour ses politiques publiques. Quand on parle de Toulouse, on parle de notre excellence aéronautique et spatiale, on parle des résultats du Stade Toulousain, on parle du Minotaure. Mais on ne parle jamais de Toulouse en disant : tiens, à Toulouse, il se passe quelque chose d’un peu exceptionnel en termes de politique publique, quelque chose d’intéressant. On parle des politiques de la région, comme du train à un euro de Carole Delga, on parle des politiques du département, mais jamais on ne parle de Toulouse. Moi, j’aimerais que Toulouse soit citée comme un exemple de politique publique réussie et comme une ville qui affronte les défis. Voilà comment je vois Toulouse dans six ans.
Les mesures de votre programme sont toutes réalisables et applicables ?
C’est vrai que l’on a toujours tendance à faire preuve de beaucoup d’ambition. Certaines mesures peuvent sembler peu réalisables. Notre programme, il est compatible avec les possibilités financières de la ville, parce que c’est important. Certaines mesures peuvent être amenées à être corrigées au fil du temps et en fonction de ce que nous disent les Toulousains. Mais dans l’ensemble, tout ce que l’on a proposé est bien pensé, bien calé et bien applicable.
Donc si vous êtes élu maire, toutes les mesures de votre programme auront été appliquées dans six ans ?
Non, parce qu’il y a des mesures qui peuvent courir sur plusieurs mandats. Le projet de l’étoile verte, par exemple, c’est impossible de le faire en six ans. Donc c’est un programme qui trace une direction sur plusieurs mandats.
Votre ambition, c’est d’avoir plusieurs mandats ?
Non. Mon ambition, c’est de gagner en mars. Mon destin personnel n’importe peu.
Il ne reste plus que deux semaines avant l’élection. Qu’avez vous prévu pour la dernière ligne droite ?
Contact, contact, contact. Tracter sur des marchés et faire du porte-à-porte pour être au contact des Toulousains. Et le 11 mars, on fait un grand meeting de campagne à la Halle aux Grains avec Olivier Faure, Yannick Jadot, Cécile Cukierman [NDLR : sénatrice du Parti communiste]. Et peut-être d’autres personnes, on est en train de voir. Mais sinon, contact et terrain.
Dans un article, Libération vous avait comparé à la tortue, comparé au lièvre François Piquemal, en référence à la célèbre fable. Où en est la tortue à deux semaines des élections ?
La tortue, elle va gagner la course.