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Deux semaines se sont passées depuis que je suis allé voir Intouchables. Il y a un mois, une critique du magazine Studio Ciné Live m’avait implicitement demandé de me bouger les fesses et de payer ma place dès que le film sortirait. Personne n’avait critiqué de manière péjorative ce film (exceptés bien sûr les blasés qu’on connaît bien, Inrocks et Télérama en tête) qui semblait être une merveilleuse production, cliché mais pas trop, dramatique mais comique, heureuse mais réaliste. J’y suis donc allé.

Que penser donc de Intouchables ? Objectivement, ce film reçoit autant l’aval de la critique que des spectateurs, le bouche à oreille fonctionnant à merveille. On peut facilement voir le film dépasser le dernier Harry Potter d’ici la fin de l’année et même s’arrimer à la barre des 10 millions d’entrées. Subjectivement, Intouchables n’est pas un grand film, en aucun cas un film culte et surtout pas un chef-d’œuvre, cela n’étant pas, on peut bien le croire, le principal objectif du réalisateur Éric Toledano, habitué aux petites comédies. Il aurait été facile de tomber dans le cliché du critique parisien échaudé de voir qu’une comédie française rafle autant de spectateurs alors que lui seul connaît le dernier bon film. La critique aurait alors débuté par : « Un gentil jeune de banlieue et un tétraplégique riche, le point Godwin de la comédie française ? ».

Le film réussit là où bon nombre de comédies se plantent

Pourtant, il n’en sera rien. Avec un humour parfois cynique et parfois consensuel; avec des répliques sans pitié et des moments touchants; avec des personnages parfois peu subtils mais au final attachants, Intouchables réussit là où bon nombre de comédies françaises se plantent : il fait tout simplement réagir. Stéréotypé ? Oui, mais qui ne l’est pas ? La France aime tellement les étiquettes que chaque Français pourrait en avoir une collée sur le front. Positif et trop lisse ? Oui et, en période de crise, mieux vaut aller voir une comédie qui a l’air sympathique que le dernier film d’auteur français dans lequel tout le monde se tire une balle entre deux pauses-clopes.

Il est étrange qu’en France on cite souvent le fossé entre les Français et le politique, jamais le fossé entre le cinéma français et son public. Et lorsque les deux se réunissent enfin autour d’une production comme Intouchables, la mauvaise foi de certains (qui vont jusqu’à énoncer points par points les scènes, comme s’il fallait une dissertation pour comprendre) pointe alors le bout de son nez. Il faut parfois rester simple pour apprécier un film. Percevoir simplement qu’une histoire qui peut faire rire pendant 1h30 est une bonne chose et que le cinéma est avant tout un divertissement. De ce point de vue là, Intouchables ne restera pas dans les annales comme un indispensable à avoir dans sa bibliothèque, mais comme le film de novembre 2011 où quelques millions de Français auront pu souffler un peu.