Mayotte, 101ème département français

A Mayotte, c’est sans surprise que le "oui" au référendum portant sur la départementalisation de l’île l’a emporté. Avec 95,2% des voix, la victoire, écrasante, porte le sceau d’une campagne durant laquelle la Gauche et la Droite ont parlé d’une même voix, au détriment d’un débat public appauvri. A l’extérieur du territoire, les avis sont partagés.

Ahmed Abdullah SambiUn scrutin contesté par l’Union des Comores

En ce dimanche 29 mars, "C’est un rêve porté par plusieurs générations qui se réalise", a commenté Nicolas Sarkozy au sortir d’un scrutin unanime. Après un combat politique d’une trentaine d’années, la petite île de Mayotte, jusqu’alors collectivité territoriale, accède enfin au statut de département français. Mais si le Président français se réjouit d’un tel succès, les adversaires de toujours déplorent ce résultat. En effet, l’Union des Comores, indépendante et soutenue par l’Union Africaine, dénonce une "politique coloniale menée par Paris", qui anéantit tout espoir de rattachement de l’île au giron de Moroni.

Une promesse pour l’amélioration de la situation de l’île

Comme dans la plupart des autres Dom Tom, la population est extrêmement jeune. Elle pâtit d’ un taux de chômage explosif, et les mahorais ne jouissent que d’1/10 du revenu national, alors que l’île de La Réunion bénéficie d’un PIB trois fois supérieur. L’analphabétisme y est monnaie courante, et l’échec scolaire, inévitable. Dans ces conditions, l’on comprend pourquoi la départementalisation est accueillie avec ferveur, portant l’espoir d’une plus grande stabilité pour l’île, et dissipant la peur de sombrer dans le plus profond dénuement, comme cela fut le cas pour Madagascar, autrefois île prospère et maîtresse d’une partie de l’Océan Indien, puisque le Roi de Madagascar a régné sur Mayotte jusqu’en 1841.

"Les terres mahoraises sont françaises avant Nice et la Savoie"

Cependant, certaines voix s’élèvent en métropole contre le rattachement de Mayotte à la France, craignant que l’assistanat social ne vienne parachever l’explosion des dépenses publiques. Mais le délégué interministériel pour l’égalité des chances d’outre-mer, Patrick Karam, défend ce choix résolument "politique". "Les Mahorais ont vu un avantage à être intégrés à la France. Mais c’est aussi un avantage pour la France en termes de géostratégie et de présence dans l’Océan Indien". En effet, la présence française demeure stratégique dans cette zone, tout comme Diego Garcia représente un point militaire névralgique pour les américains.

Alors, à tous ceux qui ne conçoivent pas que l’on ait intégré Mayotte sans consulter les habitants de l’hexagone, Patrick Karam dit et redit : "les terres mahoraises sont françaises avant Nice et la Savoie". Mais il prend garde à ménager les esprits les plus échaudés : "La nationalité française implique des droits et des devoirs, la départementalisation aussi, et ces devoirs là, il revient aux Mahorais de bien les comprendre et les mettre en oeuvre".

Des droits et des devoirs

Parmi les droits, l’on retrouve les très attendus "minima sociaux" tels que le RSA, mais qui ne pourront être instaurés qu’en 2012. Avec 50% de salariés dans le secteur public, beaucoup espèrent tirer profit de cette nouvelle étape. Hors du territoire, cette intégration risque aussi d’avoir une certaine incidence : elle va certainement mettre fin aux vagues d’immigration sur le territoire réunionnais, et stimuler au contraire l’immigration de l’Union des Comores vers Mayotte puisque l’île possède déjà un PIB neuf fois supérieur à celui des Comores.

Parallèlement, la départementalisation implique aussi des devoirs. De nouveaux impôts vont être appliqués tels que la taxe foncière et la taxe d’habitation. Mais surtout, dans une île à 95% musulmane, de nombreuses pratiques vont être chamboulées : la disparition de la polygamie et du tuteur matrimonial, ou encore la baisse des attributions du juge musulman.

Un débat public appauvri

Au terme d’une campagne où l’appel au devoir des 71000 électeurs envers le "combat des ancêtres" n’a cessé d’être réitéré, et malgré une victoire massive du "oui", beaucoup de partisans de la départementalisation regrettent un débat quasi inexistant. Certes les Mahorais ont dit "oui", mais beaucoup ne sauraient en vérité expliquer les raisons d’un tel choix. Et avec 61% d’abstention, le vote des jeunes (les moins de 20 ans représentant plus de 65% de la population) était en ligne de mire. La plupart d’entre eux se sont tenus à l’écart des meetings politiques et se sont contentés de suivre l’avis de la majorité, qui a définitivement opté pour la pleine intégration.

Paulina Jonquères d’Oriola