Délit d’entraide, le film "Welcome" crée la polémique
Publié le : 27 mars 2009Si le réalisateur Philippe Lioret a déclaré ne pas vouloir faire de son film un "brûlot", « Welcome » a pourtant ravivé le débat sur les étrangers en situation irrégulière et sur l’aide que d’autres personnes ou organisations leur apportent.
Le scénario
Vincent Lindon incarne Simon, un maître nageur, en instance de divorce, qui s’attache peu à peu à un adolescent irakien de 17 ans prêt à tout pour rejoindre sa petite amie émigrée à Londres. Malgré une multitude d’obstacles et de déboires depuis l’Irak, le jeune homme a réussi à rejoindre Calais en trois mois. Sa première tentative pour rejoindre les terres anglaises par la route échoue. Il décide alors d’apprendre à nager afin de concrétiser son projet. Il rencontre le maître nageur qui, souhaitant impressionner et reconquérir son ex-femme (membre d’une association aidant les réfugiés), finit par l’entraîner. Néanmoins, aider une personne en situation irrégulière est un délit en France et Simon en subit les conséquences.
Dans "La Voix du Nord", peu avant la sortie du film le 11 mars, le réalisateur a confié avoir « le sentiment d’avoir raconté l’histoire d’un type qui a protégé un juif dans sa cave en 1943 ». La réponse du ministre de l’Immigration ne s’est pas fait attendre. En effet Eric Besson s’est offusqué de ces déclarations sur RTL le jour même, puis dans "Le Parisien" du 18 mars. Quant à Vincent Lindon, lui aussi s’est exprimé « Je sais que le ministre a une tâche difficile, mais il fait semblant de nier l’existence de cette loi ». L’acteur espère que "Welcome" pourra « contribuer à changer cette loi ».
Le cadre légal
La loi en question est inscrite dans le Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Toute personne qui, par aide directe ou indirecte, a facilité ou tenté de faciliter l’entrée, la circulation ou le séjour irrégulier d’un étranger en France, est passible d’une peine d’emprisonnement pouvant atteindre cinq ans et/ou une amende pouvant atteindre 30.000 € ». Eric Besson affirme que très peu de Français ont été condamnés pour ce délit et qu’il ne s’agit pas ici de « régime de Vichy ». Pourtant, la loi existe belle et bien, ce qui complique la tâche de ceux qui veulent en venir en aide aux étrangers, y compris les associations.
La défense des sans-papiers à Toulouse
Depuis le durcissement de la loi envers les personnes en situation irrégulière, diverses associations toulousaines se sont regroupées afin de constituer le collectif Réseau Education Sans Frontières (RESF). Parmi elles, la Ligue des Droits de l’Homme milite activement pour une régularisation massive des sans-papiers. Le président toulousain, Jean-François Mignard, considère la direction prise par le gouvernement en terme d’immigration comme étant une « politique intolérable ». Il ajoute, inquiet : « Quand on porte atteinte aux Droits de l’Homme d’une catégorie de la population, petit à petit on porte atteinte aux Droits de l’Homme de l’ensemble de la population. On a commencé par les sans-papiers, aujourd’hui on est en train de cibler les gens qui soutiennent les sans-papiers, c’est la deuxième étape par cercles concentriques ». Il va jusqu’à employer la métaphore de « gangrène » qui pourrait toucher à terme toute la société.
L’association, aidée par le collectif RESF, a réussi en l’espace de quelques années à protéger plusieurs enfants menacés d’expulsion avec leurs familles. La plupart ont même été parrainés par des élus ou simples citoyens, et finalement, personne n’a été reconduit à la frontière jusqu’à ce jour. Concrètement, les membres agissent souvent directement auprès du préfet, accompagnent les familles au niveau administratif et travaillent avec les avocats. Toujours selon M. Mignard, « quand il le faut, on les cache ».
"On n’a pas tout dit aux Français"
L’avocat Nicolas Chambart, membre de la Ligue et fin connaisseur de la plupart des dossiers, renchérit : « La question des sans-papiers est vraiment la parfaite illustration de l’imposture sarkozyste, c’est-à-dire que le pouvoir a annoncé à cor et à cris l’adoption de textes permettant notamment des régularisations par le travail, de gens qui sont intégrés à la société et qui ont une activité professionnelle ; mais ce que l’on n’a pas dit aux Français, et à cet égard on leur a menti, c’est que ce même pouvoir s’est empressé de faire adopter, par voie de circulaires, des textes qui restreignent de manière stupéfiante l’application de ces lois ».
Plus globalement, la Ligue toulousaine des Droits de l’Homme souhaite que soit instaurée une véritable politique de l’immigration, « objective, négociée, débattue et assumée » car selon son président : « on ne peut pas fermer les frontières dans un monde dans lequel les biens circulent, les richesses circulent, les gens circulent… »



