Une prise d’otage 2.0
Publié le : 20 octobre 2011

Lundi matin, le téléphone sonne dans la rédaction de Rue89. Un appel comme un autre, dans le brouhaha des pianotements incessants des claviers. Pierre Haski, co-fondateur du pure player français, prend le combiné. Une voix dit alors : « J’ai deux otages, voici mes revendications ».
Pierre Haski croit à "mauvais gag sorti d’un film" mais il se rend compte qu’il n’en est rien. Le preneur d’otage, Christian Denisot, est bien réel. 45 ans, au chômage, il avait rendez-vous avec sa conseillère au Pôle Emploi dans le XIe arrondissement de Paris. Il dit vouloir « provoquer une prise de conscience nationale sur une situation inacceptable ». Même si ses revendications ont été relayées comme il le voulait par la presse nationale et qu’une partie d’entre elles seront omises, une micro-révolution s’est orchestrée hier dans le petit monde de l’information sur Internet : la mise en application des différentes fonctionnalités d’un pure player lorsqu’une situation le demande.
En effet, au delà du fait que Pierre Haski était, selon ses propres mots, dans "une angoisse qui ne [l’a] pas lâché", cet épisode a révélé le sérieux de l’information sur Internet et sa prise de distanciation lorsqu’un événement aussi sensible qu’une prise d’otage appelle à faire des choix. Rue89 est devenu un acteur à part entière d’une information qu’on l’a contraint de traiter, certains riverains sur Rue89 soulignant d’ailleurs le danger de passer d’informateur à vecteur des revendications pouvant provenir d’un déséquilibré. Mais n’est-ce pas justement le rôle du journaliste de savoir retranscrire des informations tout en les plaçant dans leur contexte ? Car en aucun cas Rue89 n’a jugé positivement les idées de Christian Denisot. En deux articles, Rue89 aura justement montré pourquoi Internet est devenu un relais incontournable.
Dans un premier temps, l’actualité à chaud tout en prenant soin de rester distant. Le compte Twitter de Pierre Haski était au même moment utilisé pour rendre compte de l’évolution de la situation. Dans un second temps, un article après la tempête et une question posée à tous les riverains, "Rue89 a-t-il bien agi ?", ont été publiés sur le site. La question a été accompagnée d’un texte du co-fondateur de Rue89 expliquant les facteurs qui l’ont poussé à faire ce choix de la médiatisation. Pour résumer : la retransmission à chaud puis l’analyse à froid avec une remise en question. Un bel exemple de ce que peut produire un média web. Pas seulement informer dans l’immédiat, mais être aussi responsable de l’information véhiculée face à son audience.


