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L’économie solidaire ne connaît pas la crise

Toulouse succombe à l’économie solidaire

Publié le : 16 novembre 2009

La genèse de l’économie sociale et solidaire

« On regroupe économie sociale et solidaire alors que ce sont deux notions qui ne sont pas nées au même moment », rappelle Ludovic Hébrard, chargé de développement à l’ADEPES (Agence Régionale pour le Développement et la Promotion de l’Economie Solidaire).

C’est en 1830 que le terme d’économie sociale apparaît pour la première fois dans le Nouveau Traité d’Economie Sociale de Charles Dunoyer. Dans un contexte d’essor du capitalisme industriel, les conditions de vie des ouvriers sont de plus en plus précaires. Malgré les interdictions, ceux-ci commencent à s’organiser en créant des sociétés de secours mutuel pour financer les enterrements et, par la suite, les jours de grève. Conscientes du danger que représentaient les tensions sociales et les révoltes, les gouvernements successifs (le IIIe Empire, puis la IIIe République) vont peu à peu institutionnaliser l’économie sociale.

En 1864, le délit de coalition est supprimé et le droit de grève est reconnu. La liberté syndicale viendra en 1884. La charte de la mutualité de 1898 intègre pour la première fois, la notion de but non lucratif aux principes de l’économie sociale. En parallèle, les premières coopératives apparaissent dans les années 1880, et la liberté d’association est autorisée en 1901. Ces lois historiques donnent un cadre et des statuts juridiques aux acteurs de la société civile qui souhaitent remédier aux carences de prise en charge de l’Etat en matière sociale.

A la sortie de la Seconde guerre mondiale, l’ordonnance du 4 octobre 1945 crée la Sécurité sociale. La France devient un Etat-Providence. Durant les Trente Glorieuses, le plein emploi et la prise en charge publique des dépenses sociales ont mis en sommeil le besoin d’économie sociale. Pour ses défenseurs, elle est devenue un moyen de lutter contre les excès du capitalisme, notamment avec l’émergence d’une conscience environnementale dans les années 1970.

Cependant, la crise économique des années 1980 remet l’économie sociale au goût du jour. L’Etat qui suit une politique d’austérité en matière de dépenses publiques est ravi de pouvoir effectuer un transfert vers les acteurs de l’économie sociale qui devient également solidaire. L’économie solidaire voit le jour avec le développement du commerce équitable ou encore de l’insertion par l’activité économique. La reconnaissance de l’ESS par l’Etat est intervenue en 1981 avec la création de la Délégation interministérielle à l’Economie Sociale (DIES) et le Conseil National des Chambres Régionales de l’Economie Sociale (CNCRES).

Une solidarité interne et externe

Les initiatives relevant de l’économie sociale et solidaire abondent depuis quelques années, à tel point qu’il n’est pas facile de dégager une définition concise et homogène. Comprendre l’économie sociale et solidaire passe, dès lors, par un retour sur la philosophie et les principes qui la gouvernent. En interne, les entreprises s’appuient sur une gestion démocratique. Tous partagent des droits et devoirs équivalents. L’ensemble des décisions est prise collectivement selon le principe d’ « un homme = une voix » : choix des responsables, encadrement des salaires, détermination des objectifs, répartition des tâches... Les moyens de production sont la propriété collective du groupe. Les entreprises de l’économie sociale et solidaire sont donc, par définition, indépendantes. Par ailleurs, les excédents sont mis en réserve et les réserves se révèlent le plus souvent impartageables. L’assise de ces principes incontournables trouve fréquemment son expression dans le choix de statuts particuliers (voir encadré).

Au-delà de l’organisation interne, l’économie sociale et solidaire se caractérise par une recherche prioritaire d’utilité et de bien-être communs. Sans surprise, la dimension écologique est au cœur de nombreux projets, notamment dans les domaines du recyclage et de l’agriculture. Egalement prôné, l’ancrage territorial sert à produire, consommer et épargner différemment. Le commerce équitable et les micro-crédits, répondant à cette volonté, ne sont que les initiatives les plus visibles d’un secteur en expansion. Comme l’explique Ludovic Hebrard,« tout l’enjeu, c’est de réussir à réinjecter de l’économie au niveau local et à être compétitif sans que la seule fonction prix soit prise en compte ».

Midi-Pyrénées bien placé

L’Atlas 2009 de l’Observatoire national de l’économie sociale et solidaire indique qu’en 2006 l’ESS (mutuelles, coopératives, associations et fondations) « représente plus de 9% du total des établissements employeurs français et près de 10% du total de l’emploi salarié ». En Midi-Pyrénées, on dénombre plus de 10 900 établissements employeurs en 2006 pour plus de 104 800 salariés. La région se démarque par un dynamisme conséquent en terme de création d’emplois, avec une évolution plus forte qu’au niveau national. Notons que l’économie sociale et solidaire représente 11,4% de l’emploi régional, ce qui place Midi-Pyrénées au sixième rang français.

Les départements du nord et de l’est (Lot, Tarn, Aveyron) affichent les taux les plus élevés. La Haute-Garonne, quant à elle, voit sa part d’emplois dans l’économie sociale et solidaire plus restreinte (8,42%). Enfin, en Midi-Pyrénées, 50% des emplois liés aux finances et aux activités récréatives, culturelles et sportives relèvent de l’ESS. L’économie sociale et solidaire représente également deux-tiers des emplois du secteur de l’action sociale. « On pourrait aller plus loin même s’il y a une volonté politique indéniable », confie Ludovic Hebrard. En témoigne l’organisation d’un Forum Régional de l’ESS les 4 et 5 décembre prochains à la salle Jean-Mermoz de Toulouse (Programme disponible sur le site de l’ADEPES : www.adepes.org)

Hendrik Delaire, Manon Dampierre