Stade toulousain : certitudes et perspectives
Après leur victoire dimanche dernier face aux Parisiens (15-11), les Rouge et Noir entament désormais une fin de saison qui autorise tous les espoirs. Leader du championnat depuis le mois d’octobre, seul club français qualifié pour les quarts de finale de la Coupe d’Europe, le Stade toulousain peut aborder l’avenir avec sérénité.
Le court succès remporté lors de la dernière journée contre le Stade français, concurrent sérieux pour le titre de champion de France, ouvre l’ultime chapitre d’une saison jusqu’ici bien maîtrisée par les joueurs toulousains. Passé le Tournoi des Six nations, où les résultats et les prestations du quinze de France furent plus inquiétants que décevants, le Stade toulousain peut à nouveau compter sur l’ensemble de son effectif afin de préparer les dernières grandes échéances de l’année, à commencer par le quart de finale de Coupe d’Europe qui se déroulera au Millenium Stadium le 11 avril prochain face aux Gallois de Cardiff. Un quart de finale dont l’issue est évidemment très incertaine et qu’il serait vain de pronostiquer.
Depuis quelques années le niveau de cette compétition s’est considérablement élevé, en particulier sous l’effet des progrès réalisés par les clubs anglais et surtout par les provinces irlandaises qui ne sont guère loin du niveau international. Galvanisés par leur récent grand chelem, ce qui ne leur était plus arrivé depuis plus d’un demi-siècle, les joueurs irlandais des provinces du Leinster et du Munster sont un ton au-dessus des autres clubs engagés. Outre ce quart de finale, viendront ensuite les quatre dernières journées du Top 14 avec un déplacement au Stade Vélodrome de Marseille pour affronter Toulon, la réception de Bourgoin puis deux matchs à l’extérieur face à Bayonne puis Mont-de-Marsan.

- William Servat sonne la charge
Les fruits d’une méthode
Actuellement en tête du championnat avec 74 points, soit 15 points d’avance sur Brive (5ème au classement et futur adversaire des Rouge et Noir samedi après-midi) le Stade toulousain a semble-t-il assuré sa qualification pour les demi-finales puisque seul un scénario aussi catastrophique qu’improbable pourrait les en empêcher. Bref, le club le plus titré du rugby français se dirige pour la seizième fois d’affilée vers les phases finales du championnat avec, comme chaque année, de solides atouts.
La méthode du Stade toulousain est connue, ses fondements ont été posés voici trente ans : jeu de mouvement, liberté d’initiative, privilège donné au jeu debout plutôt qu’au jeu au sol. A cela il faut ajouter une conquête efficace due aux performances d’une mêlée en grande forme qui bénéficie de l’expertise d’anciens joueurs aujourd’hui techniciens tels Yannick Bru et Omar Hasan. Enfin, rappelons que le Stade toulousain compte dans ses rangs des joueurs talentueux dont la quasi-totalité sont ou ont été internationaux.
Des matchs de référence
Les observateurs et les spécialistes s’appuient souvent sur le bilan comptable et les statistiques de l’équipe de Guy Novès afin de démontrer qu’elle réalise une belle saison. Si il est vrai que les Rouge et noir possèdent la quatrième attaque et la meilleure défense du Top 14, c’est moins dans les chiffres que sur le terrain que l’on trouve les arguments qui pèsent. La détermination d’une équipe, la cohésion et l’état d’esprit général d’un groupe ne se mesurent pas sur des graphiques et des feuilles de calcul.
Certains grands matchs remportés cette année sont beaucoup plus révélateurs. La victoire en octobre dernier au Stade de France face aux Parisiens, celles glanées aux dépens de Bayonne, Montpellier mais aussi Clermont-Ferrand nous montrent dans quel bois cette équipe est taillée. Il y eut certes une ou deux faillites, comme cette défaite à domicile face aux Ecossais de Glasgow, mais elles paraissent anecdotiques sur l’ensemble du parcours. Dans le sillage de la fin de saison passée lorsque Toulouse s’inclina de peu en finale de la Coupe d’Europe contre le Munster avant de s’imposer brillamment en championnat et remporter le titre, tous les espoirs sont permis.
Par ailleurs, certains blessés devraient réintégrer l’effectif (Skrela, Elissalde, Kelleher, Albacete) dans peu de temps et compléter une équipe où évoluent ensemble des joueurs comme Servat, Dusautoir, Sowerby, Michalak, Jauzion, Fritz, Poitrenaud, Clerc, Heymans ou encore Médard. Car si la mêlée toulousaine a su jusqu’à présent se faire respecter, la ligne arrière du stade est potentiellement parmi les meilleures du monde, y compris au niveau international.
A cet égard, André Boniface, ancien centre du Stade montois et de l’équipe de France dans les années 60-70, s’interrogeait récemment dans les colonnes de l’un de nos confrères sur les valeurs comparées des arrières toulousains et des arrières français, pour aboutir à la conclusion qu’il ne serait pas bête d’aligner sous le maillot bleu l’intégralité des trois-quarts Rouge et Noir.
Se méfier de Perpignan
Enfin, si le défi imposé aux Toulousains en Coupe d’Europe s’annonce très relevé, la concurrence au cœur du Top 14 est un peu moins évidente que ces deux dernières saisons. Clermont-Ferrand n’a plus la même puissance ni la même maîtrise, le Stade Français cherche sa voie, Brive et Bayonne, qui peuvent toujours se qualifier pour les demi-finales, n’ont pas le niveau pour envisager raisonnablement un exploit.
La plus grande menace vient sans doute de Perpignan qui talonne le Stade toulousain au classement. Malgré la grave blessure au tendon d’Achille subie par l’ouvreur néo-zélandais Dan Carter dont la saison est terminée, empêchant ainsi aux Catalans d’aligner leur meilleure charnière, l’USAP s’affiche comme l’équipe la plus dangereuse. Mais les Toulousains ont des certitudes, de l’expérience et savent trop combien ces phases finales basculent souvent à la faveur d’un détail pour ne rien négliger des obstacles dressés sur sa route.


