Sciences Po prépare l’avenir de ses étudiants

Publié le : 19 octobre 2011

Apprendre à rédiger un CV, une lettre de motivation, préparer sa recherche de stage ou d’emploi. Préparer l’après Sciences Po, tel était l’objectif de la Semaine Avenir. Chez les premiers concernés, les réactions sont partagées.

Un brouhaha inhabituel s’élève de l’amphi Bodin. Dans un immense bazar organisé, des étudiants s’affairent autour d’autres, qui arborent une étiquette sur la poitrine. « Sophie, communication, Etats-Unis  », « Antoine, entreprise, Inde », les pauvres élèves de quatrième année sont littéralement envahis par les questions et inquiétudes de leurs camarades plus jeunes, en pleine période de recherche de stage. Hélène et Laura, elles, boudent dans un coin : « Avec dix intervenants de quatrième année pour toute notre promo, ils allaient forcément être assaillis. Il y a trop de monde, on ne s’y retrouve pas ».

Céline Pinel, responsable des stages et des départs en mobilité, contemple le spectacle du haut de son estrade. « C’est important que les deux promotions puissent se rencontrer dans un cadre comme celui-là. Les deuxième années doivent rendre leurs premiers vœux de départ en novembre et certains sont encore complètement paumés. Cette session doit pouvoir leur apporter des précisions sur ce qu’il faut faire ou ne pas faire quand on cherche un stage ».

« Sciences Po, le diplôme qui fait rêver » ?

Y voir plus clair dans ce monde du travail qui fait peur, préparer la grande plongée un peu plus sereinement, tel est l’objectif de la Semaine Avenir, qui se déroulait pour une deuxième édition du 11 au 18 octobre dernier. Elle est destinée tout particulièrement à la promotion de deuxième année qui s’apprête à passer une année hors de l’IEP mais aussi aux cinquième années, ceux qui vont s’en aller pour de bon.

«  Sciences Po, le diplôme qui fait rêver  », titrait Le Monde à la fin du mois de septembre. Mais fait-il rêver les employeurs autant que les lycéens ? Le dernier bilan de l’Observatoire pour l’Insertion Professionnelle estimait à seulement 38% la proportion des étudiants de l’IEP en poste six mois après leur sortie, pour 15% d’entre eux en recherche d’emploi et 10% encore en stage. Alors l’insertion professionnelle, Sciences Po en a fait son cheval de bataille.

Douze minutes pour convaincre

Le point de départ d’une recherche efficace, c’est le CV. Obligatoire pour les deuxième années, ouverte à tous les autres, des professionnels des ressources humaines et des recruteurs proposaient un après-midi « relecture et conseils ». Romain, en cinquième année, en est ressorti mieux informé : «  On m’a dit qu’il ne fallait pas hésiter à ajouter des chiffres précis pour illustrer mes expériences ».

Le CV chiffré et coloré en poche, encore faut-il savoir à qui l’envoyer. C’était l’objet d’un module animé par l’Association pour l’Emploi des Cadres de Toulouse (APEC). « La présence de professionnels était enrichissante, même si les conseils n’étaient pas assez ciblés. On ne nous a pas parlé d’étranger, ni vraiment de stage, seulement de recherche d’emploi. Pour nous, cette étape viendra plus tard ». Méry, étudiante en deuxième année, est déçue, elle qui rêve d’un stage à l’étranger.

Et puis ce fût l’heure de se mesurer aux recruteurs. Sur cette dernière étape, l’IEP a innové. Organisé par la Junior Entreprise Interface, la Semaine Avenir proposait une matinée « Stage dating ». Douze minutes pour « séduire » un recruteur et le convaincre que son stage est fait pour nous. De nombreux secteurs étaient présents, de l’Agence de l’eau à Objectif News. Pas assez ciblé, un peu sous évalué, le stage dating a été boudé par beaucoup d’étudiants. Néanmoins, Marine Brison, la présidente d’Interface, en est heureuse. « Chaque recruteur a trouvé un stagiaire ou rencontrera des étudiants en deuxième entretien. Donc c’est positif  ».

« Sciences Po Toulouse, priorité à l’insertion professionnelle ». L’IEP a fait de l’avenir son slogan pour cette année. Pourtant, une certaine lettre ouverte à l’attention de la direction des Etudes ne vous a sûrement pas échappé, placardée sur les murs et portes de l’école. La lettre dénonce les nouvelles rigueurs de l’administration : « Comment accepter que l’obtention d’un entretien ne soit pas considéré comme justifiant une absence ? Non contente de ne pas proposer assez d’offres de stages pour les étudiants de deuxième et cinquième années, l’administration a décidé d’entraver toute recherche de stage anticipée ». Priorité à l’insertion ou à la présence en cours ? L’avenir nous le dira…

UN COACHING VALORISANT

Comment valoriser ses compétences ? Comment optimiser sa candidature ? Comment construire son projet professionnel ? Telles sont les questions abordées lors des séances de coaching organisées par l’Institut d’Etudes Politiques de Toulouse.

Animé par Karine Bono, consultante libérale et spécialiste de l’insertion professionnelle, ce module de deux heures rassemble chaque semaine une trentaine d’élèves issus de cinquième année. Leurs objectifs ? S’entraîner à l’exercice de l’entretien, améliorer leur candidature et optimiser leurs chances de décrocher un stage.

A quelques mois d’entrer sur le marché du travail, la plupart sont inquiets au moment d’envoyer leur candidature. Le module est l’occasion de rassurer ces étudiants angoissés, qui n’hésitent pas à poser de multiples questions : « Doit-on mettre la date de naissance sur son CV ? », demande une élève. « Non, uniquement l’âge. Cela évitera à l’employeur de le calculer ». Quelques minutes plus tard : « Et la photo ? », demande un autre. « Ne la mettez pas, cela pourrait vous désavantager. N’oubliez pas que ce sont vos compétences qui devront amener le recruteur à vous rencontrer ».

Les questions fusent et les étudiants repartent plus confiants, comme Romain Warnault, qui ne regrette pas de s’être inscrit : « C’est vraiment utile. Ça prépare au grand oral professionnel et aux éventuels entretiens à venir pour les stages que je sollicite ». Une bonne préparation mais aussi un exercice humain très intéressant : « C’est formateur de devoir parler de son projet professionnel devant d’autres personnes. On apprend aussi beaucoup des autres. Quand l’un de nous commet une erreur dans sa présentation, on en tient compte et on écoute attentivement les remarques faites par la pro ».

Elisa Madiot-Gagnier