Petit précis à l’usage des nouveaux militants

Publié le : 5 novembre 2009
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Dans un monde désormais démuni d’idéologies, où l’expression « lutte des classes » sonne comme un vieux jargon communiste, terriblement désuet de nos jours, où les jeunes générations ne se reconnaissent plus dans des syndicats institutionnalisés à outrance, une autre forme de contestation s’est faite entendre.

Finie l’époque des grèves et pétitions, voici venu le temps de la désobéissance non-violente, des actions directes, de l’humour et de la créativité.

Sébastien Porte et Cyril Cavalié, deux journalistes indépendants, nous dressent dans Un nouvel art de militer le portrait de nouveaux contestataires, apparus pour la plupart au début des années 2000, aux pratiques de plus en plus étonnantes. Il s’agit aujourd’hui de « happenings » et autres « luttes festives ». A titre d’exemple, le collectif Sauvons les riches s’est rendu au printemps dernier au Pavillon Dauphine, dans le XVIe arrondissement, à un déjeuner du Rotary, lors d’une « cérémonie secrète où les riches du pays adoubent l’un des leurs », si l’on en croit un des militants. La cible ? Jean Sarkozy, fils du Président de la République, qui s’est vu recevoir un « diplôme de fils à papa, mention Balkany, de l’université de Neuilly ». L’entrée fracassante des trouble-fête, au son du fameux générique de Dallas, ton univers impitoyable ! , n’a peut-être pas séduit tous les invités, mais a eu un retentissement médiatique considérable.

Un "plaisir de lutter ensemble"

Qu’il s’agisse de collectifs, d’associations ou de groupes politiques, ils ont su prendre en considération la montée en puissance du pouvoir des images, et insistent donc sur l’aspect esthétique de leurs actions, en « insufflant un esprit marqué par le jeu, le rêve, la créativité, le plaisir de lutter ensemble », comme Sébastien Porte l’affirme.

Tous ces groupes militants se démarquent de leurs aînés à plusieurs niveaux : aucune hiérarchie, le mouvement s’organise en réseau, sans formalisme exacerbé ni rituels, principalement par le biais d’Internet. Par ailleurs, ses membres ont la liberté d’aller et de venir comme ils le souhaitent, ce que les sociologues se prennent à nommer « engagement distancé ». Sébastien Porte est clair à ce propos : « L’objectif est moins de durer que de marquer les esprits ». Ce militantisme s’appuie davantage sur la qualité de l’action et les impacts médiatiques qui en résultent, et non pas sur la présence de 5000 ou 60 000 manifestants (qu’il s’agisse des chiffres de la police ou bien de ceux des organisateurs). Nous voici dans le militantisme de la société de l’information, et non plus de la société industrielle…

Une volonté affichée de "ré-enchanter le monde"

Les précurseurs de ses mouvements prennent racine dans les années 1990, où Greenpeace ou encore Act-up ont réussi à se frayer un chemin vers les médias. Le principal mot d’ordre : la non-violence. L’ouvrage donne aux lecteurs quelques bases de la désobéissance, tel qu’un langage des signes de communication non-violente, et ou quelques explications sur les techniques de blocage et de résistance, dans le cas où l’individu serait amené à croiser la police.

Tel un manuel ouvertement partial, cet ouvrage a pour objectif d’expliquer une nouvelle forme de militantisme en plein développement, et en décalage avec les formes classiques d’engagement de la société civile. Les excellents clichés du photographe indépendant Cyril Cavalié aident le lecteur à pénétrer dans un univers où les jeunes générations ont su créer un mouvement à leur image, adapté à leurs préoccupations. Environnement, précarité, pauvreté, logement, tous les thèmes sont investis, leurs acteurs faisant fi des clivages politiques traditionnels. Selon Sébastien Porte, tous ces mouvements seraient mus par une seule et même envie : « Réenchanter le monde ».

Audrey Minart