Lorsque César rencontre Oscar

Ode au cinéma et tapis rouge. Nés en 1975, les Césars se voulaient être une réplique des Academy Awards ou Oscars créés près d’un demi-siècle plus tôt. A première vue, les deux cérémonies sont intimement liées. Paillettes, larmes et statuettes tant espérées ; et si finalement les ressemblances s’arrêtaient là ? Les Césars ne sont ils qu’une adaptation « frenchy » des Oscars ? Lumière sur deux rendez-vous clé du septième art.

Les premières différences s’observent en ce qui concerne la désignation des nommés et des vainqueurs. En France, le scrutin est composé de 3500 professionnels du cinéma. Pour en faire partie, un véritable marathon de demandes administratives offre le précieux sésame. Seuls les anciens nominés peuvent s’exempter de ce calvaire. Outre-Atlantique, la très prestigieuse Academy of Motion Picture Arts and Sciences (AMPAS) est composée de 5816 figures du cinéma américain qui ont le privilège de désigner les vainqueurs et de nommer ses nouveaux membres.

Comment se passent les délibérations, qui décide vraiment des lauréats ? Le modèle français est bien loin du complexe scrutin américain où chaque votant est affilié à une catégorie précise. Traditionnellement les membres de l’AMPAS sont soumis à toutes les convoitises et conflits d’intérêts, sans oublier qu’elle compte 25% d’acteurs qui peuvent parfois se retrouver à voter pour eux-mêmes.

Les Français passent, en apparence, pour des bons élèves avec une élection en deux tours. Néanmoins si les deux procédures divergent, les pratiques peuvent se rapprocher en étant l’occasion de promouvoir une vision du cinéma plutôt qu’une autre. Une bonne illustration est le sacre en 2008 de La Graine et le mulet d’Abdellatif Kechiche face au très attendu et médiatisé La Môme d’Olivier Dahan.

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Le si convoité Oscar

Les cérémonies, deux rendez-vous particuliers

Au cours de ce grand rendez-vous, côté français, on s’inspire depuis quelques années des maîtres de cérémonie américains. Humour décalé, participation du public, boutades sur le milieu cinématographique, la tendance « Stand up » est bel est bien arrivée dans l’hexagone. Par exemple, Antoine de Caunes qui présentait en 2009, imita un numéro de danse de l’acteur Hugh Jackman. Autre ressemblance, un défilé de stars sur leur 31 et la couverture médiatique importante de tels événements qui sont une véritable vitrine pour les nommés.

Malgré tout, chaque cérémonie a ses spécificités. Au delà de la notoriété internationale incomparable des étoiles hollywoodiennes, le temps de parole accordé aux lauréats est limité outre-Atlantique. La cérémonie des Oscars se rapproche d’un banquet, rappel de sa forme originelle, alors que les Césars sont décernés dans une ambiance plus théâtrale. Enfin les « Césarisés » peuvent disposer à leur guise du trophée alors qu’aux Etats-Unis les vainqueurs ont l’interdiction de revendre la statuette et doivent même parapher un document à ce sujet.

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Le trophée français : Le César

Des enjeux financiers peu comparables

Dans la « Cité des Anges », Oscars riment avec jackpot. Un planning très précis, établi par les studios et producteurs, règle les campagnes de promotion des films et leurs sorties en salle. Ce marathon médiatique finit en apothéose lors de la cérémonie des Golden Globes qui donne la première tendance des futurs Oscarisés. Pour les Césars, ces enjeux se passent loin des yeux du public. Ils relèvent plus de l’événement mondain que de la bataille marketing. Le véritable défi est de pouvoir placer son film dans le coffret DVD qui sera envoyé aux votants, ce qui a un prix et peut discriminer des films à petit budget.

Suite aux récompenses, les affaires continuent. Aux Etats-Unis, la statuette est un gage de qualité et va attirer les spectateurs dans les salles de cinéma. En 2009, les entrées pour le film Slumdog Millionnaire de Danny Boyle ont bondi de 80% après son sacre de meilleur film. Un jackpot qui est également notable lors de la sortie du film en DVD. Un Oscar sur la jaquette représenterait 30 millions de dollars de recettes en plus. En France, ce phénomène est moins observable et semble même inversé. C’est le succès qui apporterait le César et moins l’inverse. L’Esquive d’Abdellatif Kechiche est cependant le contre exemple. Après sa victoire en 2005, le film gagna près de 300 000 entrées en France.

Avec le cinéma comme dénominateur commun, Césars et Oscars proposent néanmoinsdeux cultures du septième art propre à leur pays. Au delà des deux cérémonies, finalement, le plus important n’est il pas le but ultime du cinéma, le plaisir du spectateur dans les salles obscures ?

Les différences en chiffres
OscarsCésars
Date de création 1929 1974
Poids de la statuette 4 kg 3 kg
Nombre de téléspectateurs (en 2009) 36 millions 2,2 millions
Nombre de prix décernés 24 20
Films les plus récompensés 11 Oscars : Titanic, Ben-Hur, Le retour du roi 10 Césars : Le dernier métro, Cyrano de Bergerac
Jeanne Lavenant