Les promesses tenues du cinéma latino-américain
Publié le : 26 mars 2009Les 21èmes Rencontres Cinémas d’Amérique Latine débutent sous le signe de la bonne humeur. Après avoir attiré les foules dès vendredi dernier lors de la soirée d’inauguration rythmée par les batucadas du collectif Sudoreyes et les danses folkloriques colombiennes, la cour de la cinémathèque de Toulouse recevait ce dimanche les réalisateurs et les actrices déjà arrivés au cœur de la ville rose.
L’ambiance est détendue, et les blagues fusent autour de la table, même si chacun sait qu’il est là pour présenter son film, pour raconter une histoire, pour séduire un public, convaincre un jury. Pour certains, c’est une grande première. José Campusano, le réalisateur de Vil Romance (en compétition dans la catégorie « découverte ») confesse que c’est sa « première fois à Toulouse, et même la première fois hors de l’Argentine ». D’autres arrivent pour découvrir leur propre film sur grand écran, comme l’équatorien Mateo Herrera, réalisateur de Impulso (en compétition dans la catégorie « coup de cœur »), qui s’est envolé pour la France sans même avoir eu le temps de visionner son œuvre achevée.
Mais c’est surtout une leçon d’humilité qui est dispensée par les protagonistes de ce débat. Certains d’entres eux parlent français tandis que d’autres s’y efforcent, mais l’application qu’ils mettent lorsqu’ils s’exprimer, et la timidité avec laquelle il le font, retiennent immédiatement l’attention du public. Le réalisateur brésilien Pedro Urano ressemble à un petit garçon perdu dans la cour de la cinémathèque et ose à peine prendre la parole pour se présenter, alors qu’il vient pourtant de signer un documentaire qui a fait salle comble lors de sa première projection, Estrada real da cachaça (La route royale de la cachaça). Quant à la jeune actrice argentine Inès Efron, timide et frêle, elle rougit et semble presque s’excuser lorsqu’on lui adresse un compliment, alors qu’elle est en tête d’affiche de 4 films présentés au festival (El nino pez, XXY, Amorosa soledad et La mujer sin cabeza).
Les Rencontres Cinémas d’Amérique Latine, c’est avant tout une programmation de 200 films, des avant-premières mondiales, des conférences thématiques, des rencontres avec les réalisateurs et les acteurs. Pas étonnant donc, que ce festival constitue un véritable tremplin pour beaucoup d’entre eux. José Campusano explique que « c’est quelque chose de très important. C’est l’occasion de rencontrer ou de retrouver les professionnels de l’industrie du cinéma du monde entier. C’est peut-être aussi l’occasion de négocier une programmation ultérieure de nos films. » Mais, au-delà de la découverte de tous ces talents, c’est aussi la question de l’identité du cinéma latino-américain qui se pose. Comme l’explique Mateo Herrera, à raison de 80 à 100 films par an en Argentine, contre 1 ou 2 en Equateur, « le cinéma argentin mange tout. On est en face de réalités tellement différentes alors qu’on est sur le même continent. » Si les films argentins ont la cote, la bataille fait rage sur place : « dans le pays aussi il y a des batailles, la compétition est vorace. Certes, c’est dur de sortir un film hors du pays, mais c’est aussi très dur d’être reconnu dans son propre pays », explique Sergio Mazza, qui présente en exclusivité mondiale son deuxième long-métrage, Gallero. L’Argentine forme à l’heure actuelle, il est vrai, de nombreux talents, et l’école de cinéma et d’audiovisuel de l’Université de Buenos Aires est l’une des plus prisées, mais la variété de la programmation n’est pas toujours au rendez-vous pour autant. Victoria Galardi, co-réalisatrice de Amorosa Soledad et originaire de la province de Neuquén en Patagonie, explique qu’ « en Argentine, on ne voit que très rarement des films latino-américains,et c’est pareil dans les autres pays d’Amérique latine. »
« Tout ciné qui n’est pas nord-américain est un défi »
Pour d’autres, les obstacles au développement d’une véritable identité cinématographique « made in » Amérique latine viennent plutôt des pays du Nord. « On n’est pas les uns contre les autres, mais plutôt tous contre les Etats-Unis. Rien que les moyens n’ont rien à voir. Tout cinéma qui n’est pas nord-américain est un défi », explique Santiago Giralt, le réalisateur de Toda la gente sola (en compétition dans la section « Découvertes »). Et si les blockbusters américains demeurent favoris en Amérique latine, allant jusqu’à dépasser de loin les productions nationales, la question des financements constitue un autre problème lorsqu’on parle de cinéma latino. « On veut bien faire un cinéma latino, mais il existe de grosses influences européennes, ne serait-ce que sur la question des fonds étrangers. Par exemple, les hollandais, qui financent beaucoup de projets, ont des exigences, des critères, des choses qu’ils aiment ou pas, mais c’est eux qui ont l’argent. Et d’une certaine façon, c’est ça la construction d’un ciné latino » explique, un peu désabusé, Mateo Herrera. Une réalité à laquelle il est donc parfois dur, voire impossible, d’échapper. En attendant, mieux vaut profiter donc d’une cure de films argentins, brésiliens, chiliens, colombiens, cubains, guatémaltèques, mexicains ou même péruviens….le choix ne manque pas, et c’est jusqu’à dimanche prochain.


