La France réintègre le commandement de l’Otan
Les pacifistes européens s’opposent à l’anniversaire de l’Otan

- L’Otan doit-elle rester en vie ? illustration : Raphaëlle Cottereau
A l’occasion du soixantième anniversaire de l’Otan, Strasbourg se transforme en champ de bataille entre deux camps opposés : l’Alliance Atlantique prendra ses quartiers du 3 au 4 avril prochain, ses opposants seront sur le pied de guerre dès le 1er du mois. Pourtant les armes sont symboliques, c’est un combat d’idées que se livrent mouvements pacifistes et organisations de défense internationales.
A l’annonce de la célébration du soixantième anniversaire de l’Otan, de nombreux mouvements pacifistes européens se sont mobilisés en vue d’un contre-sommet. Mais ne l’oublions pas, Nicolas Sarkozy avait déjà mis le feu aux poudres lors de son discours au printemps dernier prévoyant l’envoi de troupes supplémentaires en Afghanistan, et suggérant la réintégration de la France dans le commandement militaire intégré. On peut se demander pourquoi l’Otan souffle ses soixante bougies dans la capitale de l’Europe, alors que son but premier s’est effondré en même temps que l’URSS ? Cette alliance tente aujourd’hui de redéfinir son rôle vers une guerre contre le terrorisme et d’affirmer sa position de gendarme du monde au profit des pays occidentaux.
Appel à une mobilisation européenne
L’organisation d’un contre-sommet à l’échelle européenne s’est confirmée lors du cinquième Forum Social Européen, à Malmö, en septembre 2008. Les Allemands et les Britanniques ont une forte culture des mouvements de paix. Les Français sont plus timides, en partie parce que « l’Otan est quelque chose d’assez extérieur aux citoyens français » comme l’affirme Gérard Halie, militant au bureau national du Mouvement pour la paix depuis la guerre du Vietnam.
Ce contre-sommet est un premier pas en France pour « redonner une dynamique aux organisations anti-guerre de façon unitaire » selon Marie Pellerin, membre du collectif La Guerre Tue, né à Toulouse en 2006. Ce mouvement pour la paix à l’échelle toulousaine organise des mobilisations régulières. Le collectif prévoit deux bus et des solutions de covoiturage afin que le plus grand nombre de personnes intéressées puisse se rendre au contre-sommet depuis Toulouse.
Encore peu médiatisés il y a une quinzaine de jours, de plus en plus de collectifs régionaux envisagent des solutions pour faire du bruit contre l’Otan. Lille, Perpignan, Lyon, Marseille, Nancy enverront leurs lots de bus. La mobilisation sera aussi relayée sous forme de manifestations en province. Toulouse et Montpellier auront leur cortège.
Etat de siège annoncé dans la capitale de l’Europe
A Strasbourg, un grand village autogéré se tiendra sur un espace d’une capacité de 6 000 personnes. Pendant cinq jours, les pacifistes du contre-sommet organiseront conférences et ateliers de discussions. Le samedi 4 avril une manifestation contre l’Otan débutera sur le Pont de l’Europe, trait d’union tant symbolique que physique entre la France et l’Allemagne. « Il faut qu’on soit une dizaine de milliers de personnes, si on est 30 000, ça sera déjà bien » selon Gérard Halie.
Afin de veiller à la bonne sécurité des chefs d’Etat, les organisateurs de la sécurité du sommet ont décidé de suspendre l’espace Schengen, pendant quinze jours, entre la France et l’Allemagne. Les frontières redeviennent donc d’actualité et Strasbourg ressemblera à une ville en état de siège. En effet, les habitants devront montrer leur badge pour circuler dans leur propre ville et toutes les manifestations culturelles prévues à ces dates ont été annulées.
Les militants anti-Otan ont l’interdiction de manifester dans le centre de Strasbourg, cependant ils comptent effectuer des blocages stratégiques autour de la ville. « L’enjeu des blocages est réel, explique Pablo Seban, du collectif La Guerre Tue, il s’agit de ralentir le bon déroulement du sommet ». Le souhait des militants est le désagrégement de l’Otan, le slogan « Make Nato History » est revendicatif d’une telle démarche.


