Les nettoyeurs du campus
Publié le : 23 novembre 2010Administration, restauration, entretien... Les personnels chargés du fonctionnement des campus exercent des fonctions diverses, et "Univers-cités" a été les rencontrer. Tous les services ne sont pas assurés par les personnels universitaires, et certaines missions sont sous-traitées. Portrait de Samuel Doré, nettoyeur industriel à l’UT1.
Les travailleurs de l’ombre sont nombreux sur le campus : au-delà du personnel étudiant qu’on ne saurait oublier, on peut également rappeler l’importance du bon fonctionnement des ressources humaines, de l’intendance et des services, ou du département financier. On soupçonne mal l’intensité du travail en amont de nos cours magistraux.
Un service dont on ne saurait se passer réside dans la mise à disposition de locaux propres, permettant des conditions de travail agréables pour les étudiants de l’Arsenal. C’est donc sur le campus, au détour d’un couloir, que je croise l’équipe des nettoyeurs intrépides. Quand j’explique que j’aimerais écrire un article sur leur profession, ils semblent surpris. « Il est rare qu’on s’intéresse à nous » me disent-ils. À mon tour je m’étonne : pourquoi n’en parle-t-on que très rarement ? Peut-être pensons-nous connaître ce métier ... Rien n’est pourtant moins sûr.
Quand le ménage déménage
Depuis mai dernier, Samuel travaille pour OXYA service, une société de nettoyage industriel employant 35 personnes réparties sur de nombreux sites. Samuel alterne donc entre facs, écoles maternelles, hangars industriels, appartements particuliers, salles de fêtes et autres bâtiments publics. Mais il connaît tout particulièrement le campus de l’UT1 puisque c’est ici que démarre sa journée à 6h du matin.
Alors que nous sommes encore en plein sommeil, Samuel s’active à la BU. Le soir, c’est quand les étudiants finissent leur journée que les nettoyeurs attaquent leur mission. Car il y a du boulot : imposer la propreté dans 9 amphithéâtres côté Arsenal, ainsi que 4 autour des bâtiments de l’IEP. Et il faut faire vite !
Face aux nombreux inscrits à l’Arsenal, notre homme est plutôt du genre timide, pour le moins introverti. Cela n’empêche, « ça fait toujours plaisir quand un étudiant nous salue ». Samuel évoque aussi le manque de respect dont certains font preuve face à la propreté. Les déchets retrouvés sont rarement à leur place. Pragmatique, il ajoute pourtant avec un sourire : « S’il n’y avait que des gens propres, nous n’aurions pas de travail. »
Sans doute l’un des principaux avantages liés au métier réside dans la flexibilité des horaires. Ainsi Samuel dispose-t-il de plusieurs heures dans la journée pour régler des affaires pratiques : « J’ai le temps de faire tout ce que j’ai à faire » ; ce qui n’est pas négligeable quand on sait qu’il esquive ainsi de nombreuses files d’attente à la sortie des bureaux. Récemment avec ses amis, ils sont partis sur un coup de tête pour un week-end à Barcelone alors qu’ils vadrouillaient en voiture sur les pourtours toulousains. De toute évidence, Samuel met à profit la flexibilité que lui offre son travail.
Une reconversion réussie
Samuel Doré a juste 30 ans. Il commence à travailler à l’âge de 16 ans, enchaîne les postes de serveur dans de grandes brasseries toulousaines. La pression entre les cuisines et la salle est telle qu’il fait des crises d’épilepsie à répétition. Au bout de onze ans dans la restauration, Samuel est à bout de force. Bien qu’il soit attiré par la gastronomie, il ne supporte plus cette ambiance tendue de conflits permanents. Il fait alors le choix de se reconvertir dans un secteur nouveau : le nettoyage industriel.
Aujourd’hui il considère son nouvel emploi comme la continuité de son expérience dans les restaurants. Faire le ménage c’est aussi être méticuleux, soigné et efficace. Pas facile non plus, mais la différence est de taille : « Dans le nettoyage il faut bien sûr être efficace, mais on ne nous met pas la pression ». Comme par enchantement, son épilepsie n’a pas survécu au changement. Samuel retrouve dans le nettoyage comme dans la restauration, le goût du travail soigné.
Certains diront que faire le ménage est bénéfique, tant pour la santé que pour le moral. Peut-être cela explique-t-il en partie ce sourire épanoui sur le visage de Samuel. Rien ne semble troubler la sérénité, le calme imposant qu’il affiche. Si l’on devait retenir une chose chez Samuel Doré, c’est cette expression paisible qu’il arbore.


