Retrouvez tous les jeudis la nouvelle édition d’Univers-Cités, le webjournal des étudiants du parcours journalisme de Sciences Po Toulouse

Les ingénieures avec un "e"

Publié le : 19 octobre 2010

Alors qu’elles sont bien meilleures que les garçons jusqu’en terminale, les élèves des séries scientifiques se dirigent très peu vers les écoles d’ingénieurs.

Si certains mettent en avant un phénomène d’autocensure, d’autres en revanche soulignent que les filles préfèrent s’orienter vers d’autres disciplines telles que la médecine ou la biologie. En dépit de cette réalité, on compte 25% de filles au sein des écoles d’ingénieurs françaises.

Les raisons de la désaffection

Dans une note d’information intitulée « Les filles et les sciences, question d’orientation ? », la FESIC [1] souligne que l’hégémonie historique des garçons dans les domaines scientifiques relève en partie des représentations familiales. L’étude montre que les choix des enfants n’est que très rarement alternatif à celui des parents. Or, interrogés sur l’orientation de leurs enfants, 45% choisiraient la filière S pour leur fils, 28% seulement choisiraient cette voie pour leur fille. Elles seraient également deux fois moins nombreuses à choisir un parcours sélectif que les garçons. Les filles se désintéresseraient donc des sciences et de la technique à cause d’un conditionnement social reproduisant ainsi les stéréotypes de leurs aînés.

Les filles gagnent du terrain

Chloé est en 4ème année à l’Institut Catholique des Arts et Métiers (ICAM) de Toulouse. En terminale S, il y avait autant de filles que de garçons dans sa classe. Après le baccalauréat, elle est la seule à être partie en école d’ingénieurs généralistes sans savoir qu’elle serait une des 16 filles d’une promotion de 85 étudiants.

Si elle se dirige plutôt vers le domaine des énergies renouvelables, Chloé constate que de plus en plus de filles s’intéressent à la technique. Un constat également partagé par Claude Maranges, directeur des études de l’INSA. [2]Si la biologie et l’environnement restent les spécialités préférées des étudiantes, certaines d’entre elles s’orientent désormais vers la mécanique. Seule l’informatique reste boudée par les jeunes filles.

JPEG - 1.7 Mo
Chloé et Camille font partie des rares filles de leur promotion.

En voie d’attraction

L’INSA compte 40% de filles dans ses effectifs, une vraie oasis comparée à la moyenne nationale. Pourtant, l’école ne s’en vante pas et ne met en place aucune politique de séduction à l’égard du public féminin. « Si elles rentrent c’est parce qu’elles sont meilleures que les garçons », affirme Claude Maranges qui voit des avantages et des inconvénients à la présence de filles dans les rangs : « Elles sont plus sérieuses, plus appliquées mais aussi plus stressées, elles se mettent souvent trop de pression ». A l’ICAM en revanche, les filles sont des éléments prisés. Le père Jean-Luc Fabre, à la direction des études, explique que l’école est investie dans la valorisation du métier de femme ingénieure : « Lors des salons, nous veillons à une surreprésentation des filles et nous organisons des conférences sur le métier de femme ingénieure au sein de l école ».

JPEG - 1.5 Mo
L’ICAM compte 17% de filles et voudrait arriver à 25% à l’avenir.

Un avenir porteur ?

Selon le CNISF [3], 83% des diplômées d’écoles d’ingénieurs ont des postes de cadre. Mais si le débouché est porteur, le salaire mensuel des ingénieures demeure en moyenne 21% inférieur à celui des hommes. Claude Maranges relève une autre inégalité historique. Dans un couple d’ingénieurs, c’est souvent l’épouse qui sacrifie sa carrière au profit de celle de son mari.

Cette perspective ne semble pourtant pas dissuader les jeunes filles de choisir ce type de voie. Sans parler d’une déferlante, on constate une vraie augmentation du nombre d’ingénieures diplômées chez les moins de 30ans. Inconvénient de cette récente croissance, les filles peinent à atteindre des fonctions de direction en raison de leur manque d’expérience.

Il y a dix ans, on comptait 10% de femmes diplômées d’écoles d’ingénieur. Il y a aujourd’hui 17 ,7% d’ingénieures de moins de 65 ans. Pas à pas, les jeunes filles écrivent ainsi l’avenir des ingénieurs avec un "e".

Anna-Lou Brémondy

[1] Fédération d’écoles supérieures d’ingénieurs et de cadres

[2] Institut National des Sciences Appliquées

[3] Centre National des Ingénieurs et Scientifiques de France