Précarité : les études à quel prix ?
« Le stage empire les inégalités sociales »
Publié le : 12 octobre 2009Génération Précaire défend les droits des stagiaires… à avoir des droits. Créé à la suite d’un appel spontané à la grève des stagiaires sur Internet en septembre 2005, le collectif regroupe aujourd’hui une vingtaine de membres actifs et a su se faire connaître par de nombreux coups médiatiques. Pour Univers-Cités, Nicolas, membre du collectif, a accepté de répondre à nos questions.
Univers-cités : Vous défendez les stagiaires contre les abus dont ils peuvent être victimes. Quels sont ceux qui reviennent le plus souvent ?
Nicolas : Les dérapages sont multiples, puisqu’il n’y a pas de statut juridique pour les stagiaires. On reçoit beaucoup de plaintes pour surmenage, heures supplémentaires ou travail le dimanche, mais aussi pour non paiement ou harcèlement. A partir de là on les conseille, et si besoin on fait des "descentes" dans l’entreprise en question en ramenant les journalistes. Par défaut, on est les interlocuteurs entre les stagiaires et leurs droits.
Êtes-vous satisfaits des nouvelles mesures : interdiction des stages hors-cursus et rémunération dès deux mois de stage ?
On est contents, mais pas satisfaits. C’est tout de même un premier pas très positif, ça fait cinq ans qu’on les réclamait. L’interdiction des stages hors-cursus empêchera par exemple beaucoup de situations où des stages remplacent des emplois. Maintenant, le décret n’est encore qu’un projet, on attend sa rédaction. Dans les nouveautés il y aussi l’attribution d’une prime de 3000 euros pour les employeurs qui embauchent un stagiaire en CDI, qui vient d’être reconduite six mois de plus. Là, l’avancée est minime : au final, seulement 1 100 stagiaires ont été embauchés en CDI après leur stage [ndlr : l’objectif était de 55 000 emplois].
Quelles sont vos revendications aujourd’hui ?
Il y en a beaucoup... L’interdiction des stages de plus de six mois, lors des années de césure, qui sont des emplois dissimulés. Ou alors qu’ils soient considérés comme des apprentissages, avec les droits et garanties qui viennent avec. Nous militons aussi pour que les stagiaires sortent de l’invisibilité : c’est-à-dire que le statut de stagiaire soit dans le Code du travail, bien sûr, mais aussi que les entreprises soient obligées de déclarer leurs stagiaires sur le registre unique du personnel. Si on ne fait pas ça, on permet le travail au noir, tout simplement. Il faudrait enfin une limite de deux stagiaires pour un tuteur, comme c’est le cas pour les apprentis.
Pourquoi, en comparaison des apprentis, les stagiaires ont-il si peu de droits ?
C’est qu’à l’époque où l’on a créé les apprentissages, on ne concevait pas qu’il puisse y avoir des vides juridiques au travail. Puis les écoles de commerce ont imaginé le principe des stages, et les entreprises ont su en profiter. Mais depuis, la législation n’a pas évoluée.
Qu’en est-il des autres pays européens ?
On retrouve le phénomène des stages, globalement, dans toute l’Europe. Sauf en Angleterre, où ils ont une vision différente du travail. Pour eux, un effort est forcément rémunéré, et il n’y a pas de stage. Du coup les diplômés sont tous au même niveau, et il n’y a pas de surenchère devant les employeurs.
Vous pensez que proscrire le stage serait une solution ?
Non, je pense que le stage peut être une expérience intéressante, et le stagiaire n’est pas forcément en situation de travail réel. A Génération Précaire on est contre les abus, et quand le stage remplace un emploi. Ce qu’on veut, c’est moraliser le stage, et même le rendre accessible à tous. Le stage empire les inégalités sociales, car il met en concurrence les étudiants entre eux et favorise ceux qui ont du réseau et l’argent pour se permettre de travailler pour presque rien. Au final, on milite pour des bases juridiques plus saines. Nos revendications coûtent zéro centime.
Propos recueillis par Ulysse Gry



