« Le futur du journalisme est en ligne »
Les médias doivent désormais composer avec Internet et les bloggeurs. Pour Michael Schudson, sociologue américain, c’est un renouveau très positif.
Univers-cités : Selon vous, quel sera le futur du journalisme ?
Michael Schudson : De plus en plus en ligne. Il sera fait d’organisations plus petites qui sont capables d’agir plus vite, de faire avec Internet et un petit nombre de journalistes ce que les grands journaux font avec plus de personnel. Les médias traditionnels ne vont pas disparaître, mais ils vont se raréfier et rapetisser, comme c’est déjà le cas aujourd’hui pour certains d’entre eux. Le tournant numérique est un changement très positif, qui suppose une nouvelle éthique de travail, des relations horizontales, de personne à personne, plutôt que des grandes chaines TV en haut vers les citoyens en bas.
Univers-cités : Le numérique signe-t-il la fin du journalisme ?
Michael Schudson : J’espère que non, et je ne pense pas. Je crois que les gens reconnaissent qu’il faut encore une certaine expertise. Les médias numériques sont capables de faire beaucoup, car ils sont menés par des journalistes qualifiés, avec de l’expérience, et ce avec l’aide de centaines voire de milliers de citoyens ordinaires. C’est comme une mosaïque : chacun envoie un petit morceau d’information, mais il faut les journalistes pour donner l’image complète et son interprétation. Les individus, grâce à Internet, participent, mais ce ne sont pas encore des journalistes.
Univers-cités : Faut-il réguler le journalisme web ?
Michael Schudson : Probablement, oui. Mais je ne sais pas comment. Pour le moment, ça fonctionne plutôt bien avec peu, voire pas de régulation. C’est un environnement vivant pour les idées neuves, pour les activités entreprenantes… C’est impossible à réguler car les régulateurs ne peuvent pas encore imaginer ce qui va être inventé demain.


