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Le "Syndrome du Titanic", retour sur un film polémique

Publié le : 8 novembre 2009

Des visages aux quatre coins du monde renvoient à une seule réalité : l’absurdité. Se succèdent alors des images hétéroclites, loin des caractéristiques habituelles du documentaire. Au poids des explications, Nicolas Hulot et Jean-Albert Lièvre, réalisateurs du film, ont préféré le choc des images. Dans une troublante mise en parallèle, les corps assoupis le long du trottoir de Japonais en attente de la sortie de l’IPhone 3G rendent encore plus étranges les poses transies de froid des SDF du monde entier. Dans un sermon implacable, parfois couvert par une musique baroque, Nicolas Hulot décrit le monde, son monde, celui qu’il voit, qu’il jauge et qui dépérit. Entre citations d’auteurs, rimes imparfaites et réelles exclamations de désespoir, il déplore le fait qu’on « ne consomme pas, on consume » Les voix de Muhammad Yunus, Nobel de la paix 2006, Pierre Rabhi, agriculteur et écrivain, ou encore du peintre Salvador Dali, résonnent tout au long du film pour donner foi à une réalité qui dérange : nous savions et nous avons laissé faire, il est urgent de passer à l’action.

Un spectateur entre bonne volonté et impuissance

Le Syndrome du Titanic montre l’étendue du « carnage » planétaire à travers le parcours et le regard d’un homme, Nicolas Hulot. L’écologiste, fidèle à ses idéaux, ne cherche pas seulement à pointer du doigt la misère et la destruction. Par son film, il attend une réponse, une action, une ré-action. Objectif atteint ? Adrien, 20 ans et étudiant est circonspect : « Ce n’est ni plus, ni moins qu’un recyclage de tout ce qui a déjà été proposé sur le sujet ». Une répétition qui pourrait être contre-productive, compte tenu notamment de la sortie récente du film Home, œuvre du célèbre photographe Yann Arthus-Bertrand. « Ce n’est pas tout de montrer », ajoute Adrien, « il faut que des actions concrètes soient mises en œuvre ». Des actions que nombre de spectateurs du film ont eu du mal à réaliser après leur sortie du cinéma. « On se sent plus démunis qu’emplis du sentiment qu’il est urgent de faire quelque chose », déplore un internaute parisien, « malgré la volonté d’Hulot de rappeler, en fin de film, que tout n’est pas encore perdu, on se sent impuissant car isolé. »

Au-delà des images qui défilent, et de la musique parfois irritante, les paroles de l’homme tombent souvent juste. Le conteur connaît l’impact des mots, la puissance des phrases chargées de paradoxe et d’implication, et sorti de la salle, nul ne peut se défiler devant l’évidence : « Comment se résigner, quand on voit que le superflu des uns est sans limites, alors que l’essentiel des autres n’est même pas satisfait ».

Theodora Navarro