Retrouvez tous les jeudis la nouvelle édition d’Univers-Cités, le webjournal des étudiants du parcours journalisme de Sciences Po Toulouse

Le Sud-Ouest à l’heure des élections européennes

Le FN et Aliot récupèrent l’icône Jaurès

Publié le : 3 avril 2009

Tête de liste Front National dans le Sud-Ouest, Louis Aliot utilisera sur ses affiches le portrait de Jean Jaurès accompagné de cette citation : « A celui qui n’a plus rien, la patrie est son seul bien ». La gauche toulousaine se dit indignée.

La bonne formule du scandale fait toujours recette au FN. Dans la foulée du « détail » ressuscité par Jean-Marie Le Pen, Louis Aliot, conseiller municipal de Perpignan et membre du Conseil régional de Midi-Pyrénées, a dévoilé son affiche choc pour les européennes de juin. « Jean Jaurès aurait voté Front National » assure sans gêne le slogan. Il n’en fallait pas moins pour redonner quelque vigueur au parti d’extrême-droite, moribond depuis les élections de 2007. Le secrétaire général du FN ne s’en cache même pas : « Avec un score de 10,5% aux élections présidentielles et notre troisième position, on ne parle que très peu de nous [...]. Il fallait trouver une solution, et celle là me taraudait depuis longtemps... »(1) Dans sa lancée, Aliot envisage d’utiliser le même procédé avec Roger Salengro, ministre de l’Intérieur de Léon Blum, en évoquant sa loi de 1932 sur la préférence nationale.

Pour le coup, la stratégie de la polémique a bien porté ses fruits car la levée de boucliers ne s’est pas faite attendre. Le député-maire de Toulouse Pierre Cohen a aussitôt dénoncé une « nouvelle provocation du Front National » et appelé à « la plus grande vigilance » tout en rappelant l’engagement pacifiste de Jaurès et la haine que lui vouaient les nationalistes de l’époque. « L’affiche du Front national est l’exemple même d’une insulte à l’histoire » ajoute Martin Malvy, président de la région Midi-Pyrénées.

Difficile en effet, d’imaginer une quelconque proximité entre l’icône socialiste et l’extrême-droite quand on se souvient que l’Action française, parent idéologique de l’époque du Front national, appellait à « coller au mur le citoyen Jaurès ». Difficile d’imaginer bientôt Louis Aliot invoquer Salengro quand les livres d’histoire rappellent que les campagnes de calomnie menées par les nationalistes l’ont poussé jusqu’au suicide.

« Le FN tente une énième fois de dresser les Français les uns contre les autres pour mieux en tirer profit » s’indigne de son côté la députée socialiste de Haute-Garonne Catherine Lemorton. « Ce type de propos doit être réprimé et condamné ». Sur le plan pénal, l’entreprise paraît bien hasardeuse. Aliot n’hésite d’ailleurs pas à rappeler que « Jaurès appartient à tous les Français » puisqu’il « repose au Panthéon » -repos certainement un peu troublé ces derniers jours. A l’en croire, l’affiche devrait même être reprise par Marine Le Pen et Bruno Gollnisch dans leurs circonscriptions respectives.

S’il n’en fallait pas moins à Louis Aliot pour entrer en fanfare dans la campagne des européennes, il lui en faudra certainement plus pour convertir les bastions socialistes du sud. Les électeurs ne manqueront pas de chercher dans le programme frontiste des aspirations internationalistes et socialistes et de conclure dans leur élan qu’il faudrait aux nationalistes français plus qu’un slogan pour assassiner une deuxième fois Jaurès.

L’événement pourrait en revanche offrir l’opportunité de s’interroger sur la tendance à la récupération des symboles et la surenchère qu’elle implique. D’aucuns objecteront en effet que Louis Aliot est aussi proche de Jean Jaurès que Nicolas Sarkozy du Front populaire ou de Guy Môquet. La course à la récupération des symboles brouille les identités politiques. Au risque de facho dérapages.

(1) Midi-Libre, 29 mars 2009

Jérémy Filippi