La France réintègre le commandement de l’Otan
La réintégration française à la lumière de l’histoire.
Publié le : 27 mars 2009Mardi 17 mars, le gouvernement a engagé sa responsabilité devant le Parlement. L’enjeu ? La réintégration de la France dans le commandement militaire intégré de l’OTAN. Une véritable trahison aux yeux des héritiers du général de Gaulle, qui avait pris la décision de retirer la France de ce commandement en 1966. Cette réintégration n’est pourtant pas une surprise. Retour sur des enjeux géopolitiques de longue date.

En 1966, alors que le monde est plongé en pleine guerre froide, le général de Gaulle, président de la République, décide de retirer la France du commandement militaire intégré de l’OTAN. « La France, par sa décision, voulait signifier son opposition à la perpétuation de la division du monde en deux blocs », explique l’historien Maurice Vaïsse , dans une interview accordée au journal Le Point. « La France pensait que les choses avaient assez avancé pour que les deux blocs ne s’opposent plus de manière aussi conflictuelle. » Par son départ, la France met fin à sa part de coopération dans une alliance initiée depuis 1949.
Et les nominés furent…
Le 4 mars 1947, la France et la Grande-Bretagne signent un traité d’alliance et d’assistance mutuelle. Rejoints l’année suivante par le Benelux, les pays vont tenter de se rapprocher du Canada et des Etats-Unis. En jeu, la possibilité de s’assurer la sécurité des Occidentaux grâce au principe d’assistance mutuelle. Signé le 4 avril 1949, le traité de l’Atlantique nord scelle la défense commune de dix pays européens. Et si ce traité les laisse théoriquement libres d’agir comme bon leur semble, les Européens sont en pratique soumis à l’appréciation américaine, une soumission qui explique, entre autres, le départ voulu par le général De Gaulle.
Maurice Vaïsse le confirme : « La France y a gagné en autonomie militaire. Elle essayait de construire sa force nucléaire de dissuasion, à laquelle les Américains n’étaient pas du tout favorables. » Mais en plus de la volonté de gagner son autonomie de défense par rapport à l’hégémonie des Etats-Unis, la France a souhaité prendre ses distances par rapport à certaines initiatives américaines. Et cela s’est ressenti par la suite, car en ne participant pas à la guerre du Vietnam, la France a gagné ses galons de pays libre. « Elle y a également gagné le rôle d’inspirateur du Tiers-Monde et le respect des autres pays », ajoute le professeur d’histoire du droit André Cabanis.
A la lueur du désaccord.
Le vrai point de désaccord entre les Etats-Unis et le France était l’arme nucléaire. Comme le précise André Cabanis : « Les Etats-Unis ne voulaient pas se servir de la bombe atomique contre l’Union Soviétique, mais la France craignait une attaque depuis l’Est, elle se sentait menacée ». Et la France possédait l’arme atomique. Mais si la France s’est retirée en 1966 du commandement militaire intégré de l’OTAN, elle n’a pas pour autant cherché à faire preuve par la suite de neutralité. Elle a ainsi soutenu l’Alliance Atlantique lors du blocus de Berlin en 1958 et pendant la crise des missiles de Cuba en 1962.
e texte qui fonde cette « coopération », les accords Ailleret-Lemnitzer, signés en 1967, a organisé la manière dont les Français devaient participer ou réagir aux interventions de l’OTAN, comme par exemple en ex-Yougoslavie, ou en Afghanistan. Une manière officieuse de réintégrer progressivement la France au commandement militaire, réintégration que Maurice Vaïsse qualifie alors de « rampante ». Une réintégration effective nécessaire ? Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères français, pose la question de la place de la France dans le monde actuel. « Avons-nous encore la capacité de faire entendre notre voix dans les affaires du monde ? », se demande-t-il. Et ensuite de répondre aux craintes de ses détracteurs en assurant que la France ne perdra en rien son indépendance dans cette réintégration.
Et l’Europe ?
Pour le ministre de la Défense français Hervé Morin, cette réintégration de la France dans le commandement militaire de l’OTAN pourrait « permettre d’avancer beaucoup plus vite sur la construction de la défense européenne ». Le président Nicolas Sarkozy avait en effet avancé l’idée que les Américains seraient plus souples en ce qui concerne la création d’une défense européenne, ainsi que le rappelle un journaliste du Point. Tablant sur les bonnes relations établies avec le nouveau président des Etats-Unis, la France compte ainsi sur son poids retrouvé pour accroître celui de l’Europe. Evoquant les conflits qui déchirent le monde, Bernard Kouchner parle des Etats-Unis comme d’un pays qui se tourne « désormais vers l’Europe pour partager une responsabilité inévitablement collective ». Pour les autorités françaises, les Etats-Unis seraient donc prêts à rendre bicéphale le commandement militaire de l’OTAN.
Mais qu’en pensent les Européens ? Maurice Vaïsse constate : « Le vrai problème, c’est dans quelle mesure les autres Européens seront d’accord pour aller de l’avant. Ne sont-ils pas très contents d’être dans une OTAN qui les protége ? » Et si le vrai obstacle au développement d’une défense européenne de poids était l’Europe elle-même ?


