L’engagement des jeunes en politique
De nouvelles mobilisations
Publié le : 16 décembre 2010Accusés d’être dépolitisés, les jeunes parviennent pourtant à se mobiliser et descendent régulièrement manifester dans les rues. Et si finalement, c’était la forme de l’engagement politique qui avait évolué ?
Qu’il semble loin le congrès de Charléty du 27 mai 1968, quand, à l’appel de l’Unef, plus de 30 000 jeunes se réunissaient pour protester contre la politique gaulliste. Les nostalgiques des années 1960 sont d’ailleurs souvent ceux qui accusent les jeunes d’être dépolitisés. Les taux de participation lors des dernières législatives pour lesquelles 51,8% des 18-24 ans se sont abstenus pourraient leur donner raison.
Pourtant, Anne Muxel [1], directrice de recherche CNRS, récuse l’expression « génération dépolitisée ». Dans un entretien accordé à Libération le 11 février dernier, elle indique que « les jeunes ne sont pas dépolitisés, mais ils sont politisés autrement ». Moins engagés dans des organisations politiques ou syndicales traditionnelles, « ils entretiennent un rapport à la politique plus autonome et plus libre ». Moins encartés donc, mais prêts à se mobiliser sur les valeurs universalistes.
Moins à gauche, plus impatients
Les jeunes de l’an 2010 sont également moins à gauche que leurs parents au même âge (40 % des 18-30 ans se situent aujourd’hui à gauche contre 56% il y a trente ans). La génération Y serait celle du désenchantement. Elle a grandi dans un pays où les deux tiers de la population ne font confiance ni à la gauche ni à la droite pour gouverner.
Pour la majorité d’entre eux, l’engagement ne se fait plus sur le temps long. Leurs mobilisations « appellent une réponse immédiate et utilisent Internet, les textos (…). Pour les partis traditionnels, ces militants peuvent représenter un vivier ».
« Prendre le leadership politique sur Internet »
Un véritable potentiel que les partis et leurs jeunes militants tentent effectivement de mobiliser. Car aujourd’hui, l’engagement politique passe aussi par Internet. Les branches « jeunes » des partis politiques se disputent les fans sur Facebook : 6000 pour les Jeunes Socialistes, 2000 pour les Jeunes Populaires et près de 500 pour le Modem. Des chiffres à mettre en parallèle avec le faible taux de jeunes qui adhèrent à un parti politique : 1% seulement (contre 2-3% dans le reste de la population).
Preuve qu’Internet est un enjeu pour ces organisations, les Jeunes Populaires ont développé une « iForce ». Son objectif : « Que la rupture se fasse aussi sur Internet ». Une équipe d’une quarantaine de jeunes militants est donc chargée d’animer blogs, sites internet et réseaux sociaux pour « prendre le leadership politique sur Internet ». Et pour cela, faire le « buzz » est souvent la recette privilégiée par ces communicants de la toile.
En octobre 2009, les Jeunes Socialistes font parler d’eux avec des demandes d’adoption pour Nicolas Sarkozy, en pleine polémique autour de la nomination possible de son fils, Jean Sarkozy, à l’établissement public de la Défense. Deux mois plus tard, ce sont les « Jeunes Pop’ » qui font sensation avec un « lipdub » (clip musical) au titre plein de promesses, Tous ceux qui veulent changer le monde, qui suscite alors de nombreuses railleries et interrogations. La réponse des jeunes socialistes par clip interposé ne tarde pas. Son slogan : « Ils font semblant de changer le monde. Changeons de gouvernement ! » Preuve s’il en est qu’en politique, Internet n’adoucit pas les mœurs.
[1] Avoir 20 ans en politique, Anne Muxel, Seuil 2010.


