"La journée de la jupe" : la gravité sans le sérieux
Le film, réalisé par Jean-Paul Lilienfeld, divise les critiques spécialisés, la presse généraliste, les forums internet… Isabelle Adjani joue Sonia Bergerac, une prof de Seine-Saint-Denis qui, de situations incontrôlées en situations incontrôlables, finit par prendre sa classe en otage. Le reste est une succession de scènes qui pourraient tenir leur place dans le scénario (certaines sont très bien pensées, comme la révélation finale sur Sonia) mais sont justes mal amenées et mal traitées.
Ni drame ni comédie
On ne peut pas vraiment s’en prendre au jeu des acteurs, il est parfois irréaliste – même Denis Podalydès se prend les pieds dans le tapis - mais difficile de trouver le bon ton sans véritable direction. Car c’est bien là que le bât blesse : le film n’est pas vraiment réaliste et ne se lâche pas assez pour être totalement surréaliste. Cette oscillation permanente entre gravité du sujet (et gravité de ton) et sursauts comiques est juste incohérente.
Une bonne comédie aurait pu faire rire une majorité de gens, dont les premiers concernés (profs, parents, élèves des cités). Un bon drame aurait pu lancer une interrogation, une discussion, voire une polémique. Au lieu de ça, on n’a ni l’un, ni l’autre.
Manque de maîtrise du fond autant que de la forme
Les problèmes rencontrés en banlieue ne sont pas différents d’autres problèmes sociaux. C’est souvent la déformation, par certains discours médiatique, politique, associatif qui tend à les différencier, voire à discriminer. Un ami prof de français en Zep m’a récemment déclaré « On psychologise trop tout ça, alors qu’il faudrait sociologiser beaucoup plus ».
Tandis que le film dépeint la difficulté pour les autorités scolaires, policières et politiques à comprendre et réagir à la situation, il semble tomber dans les mêmes travers. Là où le cinéma - média puissant - devrait nous inspirer, il ne nous fait que soupirer dans cette œuvre.
De bonnes intentions, de bonnes répliques, de bons acteurs, s’ils ne sont pas replacés dans la bonne situation, sont hors contexte. Le travail de Kassovitz ("La Haine", "Assassin(s)") et du collectif Kourtrajmé, par exemple, avait cherché à comprendre et exprimer une situation, même par la fiction. Ici, la sauce ne prend juste pas, la faute à un manque de maîtrise évidente du sujet.
Jupe courte ou jupe longue ?
On espère que le film, à l’image de la revendication de Ni Putes Ni Soumises (qui a inspiré le titre), s’il ne traite pas le problème dans le fond, apportera au moins son pavé dans la mare. Vu le succès d’audience télé et la réception médiatique, sans parler de la décision d’officialiser cette journée de la jupe, cette histoire risque bien de ne pas tourner court.
Au final, le film est à l’image de son héroïne Sonia. Sa réponse quand le proviseur lui déconseille de venir en jupe dans « ce genre d’établissement » ? Elle s’entête à mettre des jupes. Mais des jupes longues, et inesthétiques.


