La France réintègre le commandement de l’Otan
La gauche s’offusque, la droite se résigne

- Dans quelques jours à Strasbourg, le sommet de l’OTAN officialisera la réintégration de la France dans le commandement militaire. credit : ©NATO
Mardi 17 mars, les députés votaient la confiance au gouvernement sur sa politique étrangère, entérinant du même coup le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN. Une décision symbolique, voulue par Nicolas Sarkozy et âprement défendue par l’exécutif, qui rencontre de nombreuses hostilités tant dans l’opposition qu’au sein même de la majorité.
L’importance du vote de l’Assemblée fut soulignée par la présence de seize ministres, alignés sur le banc du gouvernement avec François Fillon. Au cours d’un plaidoyer de près de trois-quart d’heure, le Premier ministre a défendu ce qui ne constitue pour lui qu’un simple "ajustement". Un point de vue loin d’être partagé par l’ensemble des membres de la classe politique.
Sur un plan formel, le choix du vote de confiance - article 49 alinéa 1er de la Constitution de 1958 - a suscité l’ire de nombreux parlementaires. Cette procédure contraint en effet les députés de la majorité, soumis à la discipline de parti, à voter en faveur du texte, mettant de côté leurs éventuelles critiques. Ce à quoi le député souverainiste UMP Jacques Myart ne s’était pas résolu : il avait à plusieurs reprises indiqué qu’il ne prendrait pas part au vote. A Moscou le jour du scrutin, quelle ne fût pas sa surprise de voir son nom figurer dans la liste des 329 députés ayant voté la confiance ! Furieux, il a envoyé une lettre au président du groupe UMP, Jean-François Copé.
Tensions dans la majorité
A droite, la tension n’a d’ailleurs pas attendu le jour du vote pour se faire sentir. Dans une interview accordée dimanche 22 mars sur Canal +, l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin mettait en garde contre une « faute » qui ferait passer la France « sous les fourches caudines d’un autre pays ».
Une position notamment partagée par certains Chiraquiens, à l’image de François Barouin, député-maire de Troyes et ancien ministre de l’Intérieur. Celui-ci a pu exprimer ses réserves devant les parlementaires lors du vote du 17 mars : « Puisque, comme vous le dites, nous sommes déjà si forts, si décisionnaires au sein de l’OTAN, que va-t-on gagner avec cette perte d’originalité ? »
Un couac dans la majorité qui a valu de sérieuses remontrances à Jean-François Copé de la part de Nicolas Sarkozy. Entre le Président et le député-maire de Meaux, partisan d’une totale "liberté d’expression" des élus de droite, les relations sont plus houleuses que jamais.
La gauche resserre les rangs
Tandis que l’UMP tente de préserver une apparente unité sur le thème de l’OTAN, le sujet permet à l’opposition de mieux resserrer les rangs.
Le 17 mars dernier, l’Assemblée nationale a ainsi accueilli deux anciens Premiers ministres, Lionel Jospin et Laurent Fabius, à l’occasion d’une conférence de presse commune. Faisant fi de leur rivalité passée, ils se sont réunis autour de Martine Aubry, Première secrétaire du PS, et Jean-Marc Ayraut, Président du groupe des députés socialistes, pour dénoncer d’une même voix la réintégration de la France dans le commandement militaire de l’OTAN. Une décision qui « met à mal l’influence et l’indépendance [de la France] », ont-ils déclaré.
Cette perte d’indépendance se traduirait avant tout par un alignement « sans concession » sur les décisions américaines. Selon M. Jospin, le pays va « perdre un privilège précieux […] : décider au cas par cas les conditions d’engagement de nos forces. » Un sentiment partagé par M. Fabius, qui a déclaré que la France aurait été en 2003 « dans l’incapacité pratique et politique » de refuser toute participation au conflit en Irak. Fer de lance de l’opposition sur la question, le député de Seine-Maritime est allé jusqu’à citer De Gaulle, dont il a vanté le « regard anticipateur » ; une évocation qui n’a pas manqué d’échauffer les rangs de la majorité.
Outre le sujet de l’indépendance, aucun terrain d’entente n’a pu être trouvé entre majorité et opposition. Avantages, coûts, risques d’une telle réintégration : tous les points font l’objet d’un dialogue de sourd. Quand la France prête allégeance aux Etats-Unis à gauche, elle demeure « alliée mais pas vassale » à droite ; et si d’un côté, elle risque de mettre un terme au projet de défense européenne commune, de l’autre au contraire, elle "l’encourage" et le "stimule".
Plus en amont de ces dissensions, c’est la question même de l’opportunité d’une telle décision qui se pose. « Pourquoi maintenant ? » ne cessent de s’interroger les socialistes, discrètement rejoints par quelques dissidents de la majorité. « Rien ne justifie sur le fond cette réintégration », peut-on lire sur un communiqué du PS, qui regrette une « banalisation de notre pays », avant de conclure : « c’est une décision hâtive, prise au mauvais moment, sans aucune concertation et sans contrepartie. »


