Dossier
La Fabrique de l’arche Marengo
Depuis le 13 novembre dernier, la Fabrique urbaine s’expose en jaune et noir à l’Arche Marengo. L’occasion de revenir sur la démarche engagée : experts, acteurs locaux et habitants sont invités à dessiner la physionomie de la ville rose à l’horizon 2030.
« Être moderne, c’est faire la meilleure utilisation de notre mémoire, et prendre le risque de l’invention ». A l’origine de cette affirmation, Jean Nouvel, monument de l’architecture française. Placardée sur un imposant tableau, cette citation côtoie des réflexions issues d’ateliers divers. A côté, des dizaines de post-it sont venus s’ajouter depuis le 13 novembre. Beaucoup de dessins mais aussi des doléances : « Plus d’espaces piétons, politique de propreté à développer » ; « C’est son patrimoine architectural qui fait le caractère d’une ville sinon elles sont toutes pareilles. Sauvegardons-le ! ». On l’aura compris, la parole n’est pas donnée qu’aux lauréats du Pritzker. Et c’est là toute la philosophie de la Fabrique urbaine : orchestrer un vaste brainstorming auquel tous les Toulousains peuvent prendre part.
En face de ce mur d’expression, un autre panneau mentionne les dates importantes. La démarche a été lancée le 26 février 2009. Dans un premier temps, une pléiade d’experts se sont prononcés durant plusieurs mois sur les orientations à donner à l’aménagement urbain. Le deuxième temps est celui de la démocratie participative. En novembre et décembre, six réunions publiques se déroulent dans les différents secteurs de Toulouse. Un retour vers les professionnels est planifié en janvier-février, précédant l’organisation, au printemps, des commissions de quartier. Enfin, le colloque prévu à l’automne marquera la dernière étape avant la mise en œuvre du projet urbain.

Plus loin dans l’exposition, une table de documentation permet aux visiteurs de parcourir des ouvrages d’architecture et d’urbanisme tournés vers le développement durable. Des ordinateurs sont également mis à disposition pour consulter le site de la Fabrique urbaine et accéder au forum. Par ailleurs, ceux qui préfèrent le stylo au clavier, seront en mesure de laisser courir leurs idées sur les feuillets détachables de la plaquette distribuée. Notons qu’une attention particulière a été accordée à la vision de la jeunesse. « Nous sommes en train de penser la ville de demain, il est donc normal de l’associer au projet », explique l’animatrice de l’exposition. Le Comité d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement s’est ainsi donné pour mission de sensibiliser 400 jeunes de 6 à 26 ans à la construction de Toulouse 2030. Les premiers résultats sont présentés sur un troisième panneau : des photos des participants, des dessins, des créations plastiques, un alphabet thématique, des réflexions telles que « La ville, le contraire de la campagne ? », ou encore « La ville, c’est complexe ! »… En incitant les nouvelles générations à déambuler dans leur quartier, l’objectif est de faire parler leur esprit critique et de les amener à hiérarchiser les enjeux.
Au centre de la pièce, à même le sol, les grands chantiers en cours sont pointés sur une vue aérienne de Toulouse. Les opérations sont reportées sur un gros dé. Bientôt, des fiches devraient compléter le dispositif afin de décrire les projets et présenter les concepteurs. Au fur et à mesure des avancées, le lieu, qui se veut évolutif, se transformera dans une perspective de centralisation de l’information. « L’objectif est d’avoir une vision d’ensemble pour 2030 car jusqu’à maintenant on avait des opérations disséminées, parfois entreprises dans l’urgence, et sans réel maillage entre projets », confie l’animatrice. « Cette exposition vise à donner de la matière à réfléchir aux Toulousains », poursuit-elle
Pour ce faire, sur le « totem » dressé à l’entrée, chaque face est consacrée à une des six grandes orientations définies par les experts : Toulouse ville d’eau, ville culture, ville de la connaissance, ville métropole, ville des proximités, ville renouvelée (voir encadré). Là encore, des concepts sont mis en avant de même que des photographies d’autres villes servant d’exemple. Une double vidéoprojection reprend ces six dimensions au gré d’un trajet le long de la ligne A du métro. Sa visite terminée, une retraitée réagit : « Cette exposition et cette volonté de nous faire participer, c’est très intéressant. Il faut maintenant voir ce que ça va donner ». Même prudence du côté d’un étudiant en droit : « Le principe est bon. Mais le risque majeur c’est que ça se transforme en démagogie. De plus, cela m’étonnerait que tout soit réalisé en 2030. C’est un peu vendre du rêve aux Toulousains ». Et puisque l’aménagement urbain est affaire de politique, comment ne pas penser à l’éventualité d’un changement de municipalité en 2014 ?
Informations : www.lafabriqueurbaine.fr. Exposition gratuite à l’Arche Marengo, 1, allée Jacques-Chaban-Delmas, 31000 Toulouse, du mardi au dimanche de 11h à 20h.


