Décollage difficile pour les jeunes diplômés

L’insertion professionnelle, un parcours du combattant

Publié le : 7 mars 2012

Une fois le diplôme en poche, l’entrée sur le marché du travail n’est pas toujours facile. Malgré un bac +5, beaucoup de jeunes diplômés sont confrontés à la concurrence et au bon vouloir des employeurs. Nous avons rencontré trois diplômées de Sciences Po Toulouse. Elles racontent leur parcours.

« On a été abandonnés dans la nature »

Audrey a obtenu le diplôme en 2010. Après un master 2 en journalisme, son insertion professionnelle s’est avérée délicate. Après avoir cherché à faire des piges, elle a décidé de partir en Grèce afin de proposer des reportages aux rédactions parisiennes. « J’avais des angles de papier intéressants à proposer. J’ai pu publier deux fois » raconte Audrey.

Après cette expérience à l’étranger, elle est rentrée à Paris. La première année n’a pas été facile financièrement. Aujourd’hui, elle pige régulièrement pour certains médias. « Je me suis spécialisée dans l’économie, le social et l’immigration. Je ne cherche pas un contrat à tout prix. Je ne suis pas complètement satisfaite de ma situation actuelle mais au moins je peux choisir de travailler sur des sujets qui me plaisent ».

Audrey aimerait trouver un poste dans une rédaction grand public tout en gardant ses spécialités. En attendant, elle a parfois quelques difficultés avec certains employeurs qui paient en retard. « Ce n’est pas évident de s’insérer dans ce métier, cela fait partie du jeu. Mon but est d’être reconnue dans mon domaine et que les rédactions me contactent pour cela ».

Dans sa promotion, certains diplômés ont poursuivi leurs études en école de journalisme ou en contrat professionnel. Les autres ont été embauchés ou ont changé de voie pour se diriger dans la communication. « La formation journalisme à Sciences Po Toulouse est légère. Je me rends compte que l’on ne nous prépare pas à la pige. On a été abandonnés dans la nature après l’obtention du diplôme ». Pour se créer un réseau, Audrey a dû batailler. Pour ne pas se fermer de portes, elle a été à la rencontre des gens pour leur parler de ses projets. « Je voulais faire des choses qui m’intéressaient. Je crois qu’il faut savoir où aller mais il ne faut pas hésiter à prendre le périphérique ».

Aujourd’hui, Audrey gagne plutôt bien sa vie même si son statut reste précaire. Elle a des projets en tête qu’elle aimerait concrétiser. Son avenir, elle le voit dans une rédaction web où elle pourrait réaliser des documentaires et se focaliser sur les sujets économiques et sociaux. Quant à la solidarité entre pigistes, elle y croit de plus en plus. « Il y a de la compétition entre nous donc ce n’est pas évident. Mais lorsque des opportunités se présentent, on s’entraide. Ce n’est pas facile de travailler seul il ne faut pas hésiter à s’ouvrir aux autres ». Si dans quelques années, Audrey n’a toujours pas de contrat, elle n’hésitera pas à entrer dans un collectif de pigistes.

« Le réseau des anciens étudiants est inexistant, c’est dommage ! »

Anaïta a obtenu le diplôme en 2011. Une fois son master 2 de communication en poche, elle s’est rendu compte que le secteur d’activité était bouché. Elle est d’abord partie à Nantes où elle a décroché deux contrats à durée déterminée (CDD) pour la mairie et pour une agence d’urbanisme. « J’étais à la fois dans la communication et dans le milieu politique. J’ai réalisé un travail de terrain et c’était très enrichissant humainement ». Lorsque ses contrats ont pris fin, Anaïta ne pensait pas avoir autant de difficultés pour trouver un emploi.

De retour à Toulouse, elle a fait de nombreuses demandes auprès des entreprises. Elle a reçu peu de réponses. Ses efforts ont cependant fini par payer. Depuis le 13 janvier, elle est chef de projet et chargée de communication pour une petite agence. « C’est un poste intéressant. Je n’habite pas loin et c’est une entreprise à taille humaine. Je gagne 1200€ par mois. Ce n’est pas terrible mais je ne peux pas me permettre de faire la difficile. Je préfère avoir un boulot plutôt que d’attendre le poste idéal avec un meilleur salaire ». Dans sa recherche d’emploi, l’observatoire de l’insertion professionnelle (OIP) de Sciences Po Toulouse l’a beaucoup aidée. Elle recevait régulièrement par mail les offres qui correspondaient à son profil.

Pour Anaïta, le diplôme de Sciences Po n’est pas suffisant pour intégrer le marché du travail. « C’est une bonne formation. On apprend beaucoup de choses, on est à l’aise à l’oral et on est capable de rebondir sur tous les sujets. Mais on n’apprend pas un métier. En communication, on manquait de partenariats pour faire des projets concrets ». Après avoir été confrontée à la recherche d’emploi, Anaïta a pris conscience de l’importance du réseau. « L’employeur sait que Sciences Po est une bonne école mais ce n’est pas suffisant. Le réseau des anciens étudiants est inexistant, c’est dommage. Pour une grande école, ce n’est pas normal. C’est important d’avoir des retours de la part des diplômés ».

Anaïta conseille aux diplômés qui arrivent sur le marché du travail de bien choisir le stage de fin d’études, de garder les pieds sur terre et de se créer un réseau le plus tôt possible.

Partir à l’étranger : une solution adoptée par certains diplômés

Anne-Sophie a obtenu le diplôme en 2009. Après une 4ème année en master « Europe, marchés et territoires », elle a choisit de faire sa 5ème année à Bruxelles en affaires européennes avec l’ISMAAP (Institut Supérieur du Management Public et Politique). « Je cherchais une formation professionnalisante. Quand tu t’intéresses aux affaires européennes, c’est une bonne chose d’être le plus tôt possible à Bruxelles » explique Anne-Sophie. La formation propose de faire un stage toute la journée pendant neuf mois et de suivre des cours le soir et le week-end. « C’était une année intense. J’ai pu acquérir une expérience pratique qui manquait à ma formation. À Bruxelles, on donne facilement des responsabilités aux stagiaires. C’est très formateur  ». À la fin du stage, Anne-Sophie a été embauchée à B&S Europe. « C’est une entreprise de consulting spécialisée dans les politiques de développement financées par l’Union Européenne. J’étais chargée de coordonner un projet d’appel d’offre que nous avons remporté. C’était très stimulant ».

Au bout d’un an et demi, Anne-Sophie a voulu travailler pour une entreprise proposant des formations. Elle a fait de nombreuses demandes avant de se décider à passer le concours de la Commission Européenne. Elle a été reçue ce qui lui a permis de prétendre à un poste d’assistante juridique et contractuelle. Elle a postulé auprès de la direction générale (DG) de développement et de coopération. Cela fait maintenant plus d’un an qu’elle travaille pour l’Office de coopération internationale. « C’est un métier que je ne connaissais pas. C’est intéressant car je peux me spécialiser. La Commission propose de nombreuses formations ».

Concernant Sciences Po, Anne-Sophie prend du recul. « C’est un bon apprentissage. Cela m’aide beaucoup pour comprendre les rouages de l’Union Européenne. J’ai appris à être polyvalente et à m’adapter à toutes les situations. La seule chose que je regrette est le manque d’investissement dans les langues. Au niveau européen, nous sommes en compétition avec des gens qui parlent plusieurs langues ». Anne-Sophie conseille à tous les étudiants de profiter de l’année de mobilité pour partir à l’étranger.

Cynthia Véron