Journée des droits des femmes : l’avortement, un droit comme les autres ?

Samedi 6 mars, les militantes du Planning familial de Toulouse ont manifesté dans la ville rose pour réaffirmer et défendre les droits des femmes. L’occasion de revenir sur le droit à l’avortement, acte réalisé 200 000 fois par an dans un pays champion du monde de la contraception.

Trente-cinq ans après la promulgation de la loi Veil, qu’en est-il du droit à l’avortement ? « Il reste beaucoup à faire, juge Anne Claret, assistante sociale au Planning familial de Toulouse, surtout au niveau de la contraception. » Selon un rapport publié en février dernier par l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), 72% des IVG sont réalisées sur des femmes qui étaient sous contraception. La région Midi-Pyrénées se situe au-dessus de la moyenne nationale, avec 8 426 IVG réalisées en 2008, un chiffre relativement stable d’une année à l’autre (source : SAE).

Améliorer la prévention

Pour les responsables du Planning familial de Toulouse, ces constats révèlent néanmoins une certaine inadéquation des moyens de contraception proposés aux femmes avec leur rythme de vie. « Seules 5 marques de pilules sur 67 sont remboursées partiellement par la Sécurité sociale, c’est insuffisant, notamment pour les femmes vivant dans des conditions précaires », s’insurge Anne Claret. Des difficultés financières qui ont pour conséquence d’augmenter le risque d’une grossesse non désirée et donc d’IVG.

Des progrès sont également nécessaires pour améliorer la prévention auprès des jeunes. « 60% des premiers rapports sexuels ne sont pas protégés, poursuit Anne Claret, alors qu’une loi adoptée en 2001 rend obligatoire les séances d’information sur la vie affective à l’école. Cette loi reste inégalement appliquée. » Pour tenter d’y remédier, Martin Malvy, candidat à sa propre succession à la tête de la région Midi-Pyrénées, a récemment proposé un pass contraception aux lycées qui en feraient la demande, sur le modèle du pass mis en place en Poitou-Charentes.

Un acte à valoriser

« Paradoxalement, les IVG tardives [entre dix à douze semaines, ndlr] concernent d’abord des femmes âgées d’une trentaine d’années, déjà mères d’un ou de plusieurs enfants », observe pour sa part le Dr Popovic de la clinique Ambroise-Paré à Toulouse. « Je suis souvent gêné lorsqu’on me demande de réaliser une IVG de ce type », avoue-t-il. Mais certains praticiens ne refusent pas de pratiquer une IVG uniquement pour des raisons éthiques, estime Anne Claret. Selon elle, l’acte de l’IVG n’est pas assez valorisé et attractif pour les médecins. Avec ses quatre centres d’interruption volontaire de grossesse (les hôpitaux Joseph-Ducuing et Paule-de-Viguier, ainsi que les cliniques Sarrus-Teinturiers et Ambroise-Paré), « Toulouse offre plutôt un bon accès à l’IVG », reconnaît-elle, tout en dénonçant les fermetures de plusieurs centres en Ile-de-France, à Lyon et à Tenon.

En Espagne aussi

En Espagne, l’avortement vient tout juste de devenir un droit, malgré la vive opposition des milieux catholiques et conservateurs. Auparavant, l’avortement était dépénalisé uniquement en cas de viol, de malformation du fœtus, ou de grossesse dangereuse pour la santé physique et/ou mentale de la mère, motif le plus fréquemment invoqué. « La différence, explique Anne Claret, c’est qu’une femme n’est plus obligée de passer pour une folle pour avorter en Espagne. » L’entretien avec un psychologue est désormais facultatif avant une IVG afin de ne pas ralentir les procédures d’urgence.

Certaines cliniques privées du pays accueillent pourtant depuis longtemps des femmes espagnoles et étrangères pour des IVG qui seraient considérées comme hors-délai par la loi française. En 2008, environ 50 femmes ont contacté le Planning familial de Toulouse pour une grossesse supérieure à 12 semaines, avant d’être orientées vers des cliniques étrangères, notamment en Espagne. « Le droit à l’avortement est une avancée sociale, conclut Anne Claret, on ne devrait pas avoir à se justifier pour ce qui est un droit. »

Marianne D.