Jean-Louis Debré : « La République est un rêve d’avenir qui doit être défendu »
Publié le : 10 décembre 2010
- Jean-Louis Debré au Salon du Livre de Paris en 2009. Image : ΛΦΠ/Wikimedia Commons (CC-BY-SA 3.0).
Jean-Louis Debré, présent à Sciences Po Toulouse le mercredi 15 décembre pour une conférence-débat, répond sans détour à « Univers-Cités », le journal des étudiants en journalisme de Sciences Po Toulouse, à paraître ce mardi. L’ancien président de l’Assemblée nationale revient sur l’évolution du Conseil constitutionnel qu’il préside depuis 2007 et évoque l’engagement, la citoyenneté et les jeunes, thème de ce numéro 10.
« Univers-Cités » : Comment percevez-vous l’engagement des jeunes en 2010 ?
Jean-Louis Debré : Les jeunes doivent encore moins subir la loi de l’habitude. La République a besoin de militants, jeunes et moins jeunes. Je crois en l’engagement politique qui n’est pas forcément un engagement partisan : la défense de nos valeurs fondamentales comme la fraternité et l’égalité est l’affaire de tous. Tous les citoyens ont un devoir de vigilance pour que ne soient pas remises en cause ces grandes valeurs. La République est un rêve d’avenir qui doit être défendu.
À quoi sert le Conseil constitutionnel aujourd’hui ?
Il permet que soient bien pris en compte les droits et libertés constitutionnellement garantis. Il permet aussi de faire évoluer le droit en fonction des circonstances actuelles. C’est ainsi que nous avons annulé la procédure de garde à vue car elle n’apportait pas les garanties suffisantes aux droits de la défense.
Nous avons aussi annulé la taxe carbone au nom du principe essentiel d’égalité des citoyens devant la charge publique.
La Question prioritaire de constitutionnalité (QPC) est en train de révolutionner notre système politique en permettant aux citoyens de saisir le Conseil. N’est-il pas problématique qu’un tel pouvoir ne soit pas confié à des représentants élus ?
Je ne connais pas un pays où les juges sont élus. Le critère le plus important pour moi est l’indépendance de ces hommes et de ces femmes à l’égard de toutes les forces politiques, économiques et sociales. Le statut de ces personnes doit leur permettre de rompre toutes leurs attaches partisanes. La QPC est un droit nouveau, un moyen qui permet aux citoyens de faire progresser leurs libertés et l’État de droit.
Êtes-vous favorable à la publicité des délibérations du Conseil constitutionnel ?
Ce n’est pas à moi de décider : nous délibérons en notre âme et conscience au terme d’une procédure d’instruction contradictoire et d’une audience publique.
Les comptes-rendus versés aux archives du Conseil constitutionnel peuvent être communiqués après un délai de vingt-cinq ans. Les audiences des QPC sont publiques avec les plaidoiries des avocats et nous les mettons ensuite en ligne sur Internet.
Vous êtes très proche de l’ancien président de la République. Qu’est-ce qu’être chiraquien aujourd’hui ?
Dans la façon dont j’ai présidé l’Assemblée et dont je préside le Conseil constitutionnel, je ne prends aucune position politique. Je n’appartiens plus à aucun parti politique même si je ne cache pas mon engagement gaulliste. Lorsque j’ai quitté l’Assemblée nationale, les députés de droite comme de gauche se sont levés en reconnaissant que j’avais été un président républicain.
Quel souvenir gardez-vous de votre passage place Beauvau où vos actions étaient très contestées ?
Il y avait à l’époque deux grands dossiers. En ce qui concerne la lutte contre le terrorisme, il est évident que les opinions des uns et des autres ne peuvent s’exprimer par la violence. À propos de la lutte contre l’immigration illégale, la politique menée avait pour objectif de renforcer la voie légale. Que l’on soit Français ou étranger, il faut respecter les lois adoptées par les représentants légitimes du peuple.
A lire également dans « Univers-Cités », p.2, l’opinion de Pierre Joxe, ancien membre du Conseil constitutionnel.


