« Je n’aime pas les gens qui critiquent la télévision et ne la regardent pas ! »
21 millions de Français lisent son édito chaque semaine dans « TV Magazine », c’est donc tout naturellement qu’ « Univers-Cités » est allé interroger Isabelle Morini-Bosc [1] sur les dérives de la télévision dénoncées dans « Le Jeu de la Mort ».
« Univers-cités » : Vous avez déclaré être « gênée » par l’expérience du « Jeu de la mort », pour quelles raisons ?
Isabelle Morini-Bosc : On flingue la télévision en s’appuyant sur une émission qui n’existe pas. On est passé de la passionnante expérience de Milgram sur « Jusqu’où l’Homme peut-il aller ? » à « Jusqu’où la télévision peut-elle aller ? ». Ce n’est pas honnête. Le documentaire use des ficelles qu’il dénonce dans la téléréalité : les gros plans, l’emphase et cette musique funéraire insoutenable !
La télévision est-elle aussi dangereuse que le prétend le « Jeu de la mort » ? Internet est infiniment plus dangereux que la télévision ! C’est un vrai vide juridique sans aucune régulation. En télé, on a le CSA. Même s’il régule a posteriori, on l’a déjà vu s’opposer à des programmes tendancieux. Il y a beaucoup de dérives qui ne seraient pas possibles en France.
Etait-ce le rôle de la télévision publique de diffuser ce documentaire ? Le Service public s’en est servi de marche-pied pour descendre la télévision privée. France Télévisions veut nous faire croire qu’ils n’ont jamais fait de téléréalité et que ça les rend nobles. C’est faux ! Le « Dancing Show » d’Anthony Kavanagh [émission diffusée l’été 2006], c’était de la téléréalité !
La télévision peut-elle être un outil pédagogique ? La télévision n’a pas à faire le travail des parents et des profs. C’est très injuste d’attendre autant d’un organe qu’on condamne. Elle a effectivement le devoir d’être honnête et responsable. Mais sa première mission est de divertir. Bien sûr elle peut divertir intelligemment ou instruire ludiquement.
Qu’est-ce qui vous choque à la télévision française aujourd’hui ? « Secret Story ». C’est vraiment l’avènement du rien. Ils ont assimilé les codes de l’exercice et savent que pour exister, il faut faire le show. On aboutit à un non-sens où le plus mauvais est valorisé. Mais on est coupable : on se fout de leur gueule et on est déçu s’ils ne disent pas de conneries.
Selon vous, pourquoi la télévision est considérée comme un « sous-média » ? Parce que c’est populaire. Ça ne demande aucun effort de regarder la télévision. C’est cette facilité qui est méprisée. Mais parfois ceux qui critiquent la télé ne critiquent pas au regard de ce qu’ils pensent mais en fonction de ce qu’ils pensent être chic de penser. C’est le premier des dévoiements.
[1] Tous les matins sur RTL, elle dissèque ce qu’il y a « À la télé ce soir ». Ironique et pertinente, elle officie également comme chroniqueuse pour Paris Première.


