Honduras : retour vers le passé ?
Sofia Gallardo est en plein déménagement. Née au Honduras et fière de ses origines mayas, elle doit pourtant quitter sa terre « catracha » [1] pour un pays voisin, le Nicaragua. Laissant derrière elle ses racines et sa maison récemment construite.
« Je suis contrainte à l’exil alors que je n’ai rien fait… pour protéger ma famille de la répression ! De ses balles, de ses tortures, ses assassinats, ses menaces ! ». Représentative de la résistance de la population, Sofia a été de toutes les manifestations - et il y en a eu. « Le lendemain du coup d’Etat, nous protestions pacifiquement et Micheletti, le président de facto, a ordonné de nous disperser avec des gaz lacrymogènes et en nous tirant dessus. J’ai eu si peur que les golpistas [2] ne m’attrapent… ». Et dans la rue, toujours, le Front national de résistance populaire. Avec pour seules armes leurs drapeaux rouges représentant Francisco Morazan, symbole d’une Amérique centrale unifiée [3].
Dans la rue, toujours, Carlos Humberto Reyes, figure emblématique de cette résistance. Invité exceptionnel du festival CulturAmérica de Pau [4], ce syndicaliste nous salue de sa main gauche. Il a presque perdu l’usage de sa main droite, suite à un matraquage de la police. « C’est un homme très courageux : ce n’est pas facile de vivre au Honduras en ce moment, surtout en tant que représentant de la résistance », acclame Gaby, étudiante hondurienne à Toulouse.
Un scénario hollywoodien
Pour Carlos H. Reyes, « l’empire des Etats-Unis a élaboré un scénario hollywoodien avec ce coup d’Etat. Aujourd’hui, avec le simulacre d’élection présidentielle qui a porté Porfirio Lobo au pouvoir (70% des Honduriens ne sont pas allés voter), il veut faire table rase du passé. Mais la répression continue, pourtant : deux journalistes ont été tués par balles la semaine dernière ». Cela porte le nombre d’assassinats de journalistes à cinq, rien que pour le mois de mars. « Mais ce que les Etats-Unis n’ont pas prévu dans leur scénario, c’est la résistance du peuple hondurien. Aujourd’hui notre travail n’est pas fini : nous allons mettre en place un referendum pour savoir le peuple est d’accord pour élire une nouvelle assemblée constituante. C’est ce qui avait déclenché le coup d’Etat ».
De la persévérance, il va falloir que la résistance hondurienne en fasse preuve. « C’est un avertissement à toute l’Amérique latine, analyse Juan Ortiz, président du festival CulturAmérica. Quand on voit que le « Washington Post » affirme que Chavez a perdu, et que sa contagion est finie en Amérique latine, les choses sont claires ».
Chronologie du coup d’Etat
25 aout 2008 : adhésion du Honduras à l’Alternative bolivarienne des Amériques
25 juin 2009 : le président Zelaya veut organiser une consultation populaire pour savoir si le peuple souhaite élire une nouvelle assemblée constituante.
28 juin : coup d’Etat. L’armée arrête Zelaya à l’aube, encore en pyjama, et le conduit de force au Costa Rica.
1er juillet : le président de facto Roberto Micheletti déclare l’état d’urgence et supprime des libertés fondamentales.
5 juillet : l’Organisation des Etats Américains, après avoir condamné le coup d’Etat, exclut le Honduras. Une manifestation de soutien à Manuel Zelaya dégénère, l’armée tire sur la foule.
21 septembre : Zelaya se réfugie à l’ambassade du Brésil au Honduras. Micheletti ferme les quatre aéroports internationaux du pays et décrète un nouveau couvre-feu.
29 novembre : le candidat d’opposition Porfirio Lobo se déclare vainqueur de l’élection.
27 janvier 2010 : Lobo accède à la présidence
mars 2010 : les Etats Unis rétablissent leur aide financière.
[1] Catracha : hondurienne.
[2] Golpistas : putschistes.
[3] Président de la République Fédérale d’Amérique Centrale (1830-1834 et 1835-1839).
[4] Du 19 mars au 2 avril à Pau.


