Handicap : Paul-Sabatier veut encore progresser
Publié le : 2 décembre 2010À l’université Paul-Sabatier, la fondation Catalyses cherche à faciliter le parcours des étudiants handicapés dans l’enseignement supérieur. Déjà bonne élève dans ce domaine, l’université Toulouse III exploite de nouvelles pistes.

- L’université pourra financer des équipements pour du basket en fauteuil. Ici aux Jeux paralympiques de 2008. Photo sous cc-by-2.5-cn par 王伟00715/Wikimedia Commons.
En matière d’accueil des étudiants handicapés, l’université Paul-Sabatier est déjà un bon élève mais veut aller encore plus loin. Avec 1 % d’handicapés parmi ses 27 000 étudiants, Toulouse III est déjà l’université scientifique accueillant le plus d’étudiants handicapés en France. « Mais il faut encore lutter contre l’autocensure, explique Laurence Caideux, chargée de mission handicap. La moitié des étudiants handicapés qui osent venir dans l’enseignement supérieur se dirige vers des cursus courts. Or pour réussir, être fortement diplômé est un atout essentiel. »
Ainsi, la fondation Catalyses, créée en juillet 2009, est en train de développer plusieurs projets pour faciliter le parcours des étudiants handicapés. Les sourds profonds, par exemple, ne bénéficient pas d’une aide suffisante pour suivre leurs formations. Certes, Toulouse est la seule académie de France à leur proposer un parcours complet de la maternelle au baccalauréat mais ils sont ensuite considérés comme bilingue en français écrit et en langue des signes à la fin du lycée, ce qui n’est, en pratique, pas toujours le cas. « Nous voulons financer des dispositifs d’aides à la personne avec des heures d’interprétariat supplémentaires par rapport à celles déjà financées par défaut », indique Marc Boyer, directeur de la fondation Catalyses.
Des repères sur le campus
Rendre le sport accessible aux handicapés est aussi un objectif pour Catalyses. « Ils ont encore plus besoin d’activité physique que les valides, précise Laurence Caideux. Tout étudiant doit pouvoir faire du sport et faire le sport qui lui correspond. » Six étudiants handicapés de Paul-Sabatier pratiquent déjà une activité sportive, mais le système ne fonctionne que grâce à la bonne volonté des enseignants et n’est pas transposable dans tous les sports. « Pour qu’un handicapé puisse faire du basket, il faut lui payer un fauteuil adapté, souligne Marc Boyer. Si nous avons rapidement des fonds, nous pourrons commencer à soutenir quelques étudiants dès le printemps prochain. »
Le projet HandiCarte, développé à Paul-Sabatier, vient d’être salué avec une dizaine d’autres initiatives par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture. Des étudiants du master d’informatique appliquée à la gestion en entreprises ont utilisé les nouvelles technologies pour faciliter l’accès aux savoirs pour les personnes handicapés. « Un obstacle en moins dans votre quotidien », tel est leur promesse. Le logiciel pour smartphones qu’ils ont développé aide les handicapés moteurs et visuels à se déplacer sur l’immense campus de 124 hectares de Paul-Sabatier. Deux promotions ont déjà travaillé sur le projet et des améliorations sont encore à venir. HandiCarte avait déjà gagné le trophée Handifriends dans la catégorie « Innovation » en mars dernier.
Enfin, Catalyses souhaite implanter des repères sur le campus de l’université Paul-Sabatier, où il est si facile de se perdre, même pour les valides... « Installer une fontaine par exemple crée un repère sonore pour un aveugle », explique Marc Boyer. Pour récolter des fonds mais aussi des moyens humains ou matériels, Catalyses démarche les particuliers, les collectivités locales et surtout les entreprises. La Banque populaire s’est ainsi engagé à financer 100 000 euros de projets par an pendant cinq ans. Outre le volet Handicap, la fondation travaille sur le développement durable avec la numération d’un herbier de 300 000 échantillons ou encore sur la valorisation du patrimoine à travers un projet de rénovation de la coupole historique du Pic du Midi. « Tous projets confondus, l’idéal serait d’investir 15 millions d’ici 2015, indique Marc Boyer. Pour nous, il s’agit de travailler de manière complémentaire à l’université, d’apporter des moyens nouveaux pour des projets nouveaux. »
Les chercheurs de Paul-Sabatier travaillent eux-aussi sur la lutte contre le handicap. L’Institut de recherche en informatique de Toulouse (IRIT) met ainsi au point un procédé de création automatique de vidéos en langue des signes. « Cela permettra à un sourd profond d’accéder en ligne à une formation de Paul-Sabatier, précise Laurence Caideux. Mais il ne faut pas oublier que la vie étudiante est souvent le première aspect de la socialisation des handicapés : être intégré sur un campus réel reste primordial. » Car la vie étudiante est loin de se résumer aux cours en amphi.


