Les jeunes, premières victimes du chômage

Génération "crise"

Les temps sont durs pour les jeunes français. Entre les problèmes de logement, d’argent, un système éducatif en crise et le sentiment de ne pas être entendus des politiques, ils ne sont que 26 % des 16-25 ans à croire en un futur prometteur (source : haut commissariat à la jeunesse et aux solidarités actives).

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300 000 suppressions d’emploi sont prévues en 2009

Au point d’en faire "les plus pessimistes de tous les Européens", à en croire le sociologue de la jeunesse Olivier Galland, directeur de recherche au CNRS et auteur d’un livre à paraître en avril, Les jeunes Français ont-ils raison d’avoir peur ? (Armand Colin).

Un facteur, surtout, semble expliquer cette perte de foi en l’avenir : l’emploi, ou plutôt le chômage. Les jeunes, traditionnellement parmi les plus exposés à ce fléau, sont les premiers touchés par les effets de la crise économique sur le marché de l’emploi. Avec 19,7 % de chômeurs, ils sont parmi les plus mal lotis d’Europe. Que ce soit à Toulouse, en Midi-Pyrénnées ou à l’échelle nationale, la tendance n’est pas franchement à l’amélioration. De quoi alimenter encore l’angoisse d’une génération.

Hausse de 15% en un an des demandeurs d’emploi en Haute-Garonne

C’est un fait, le marché de l’emploi français va mal. En janvier 2009, le nombre de demandeurs d’emploi cherchant un plein temps immédiatement a augmenté de 15,4% par rapport au même mois de l’année passée. La Haute-Garonne se situe un peu au-dessus de cette moyenne nationale avec une hausse 15,6%. Dans le même temps, les offres d’emploi sont en chute libre. En janvier 2009, elles avaient baissé de 22.8% en un an sur toute la France. « On parle de 300 000 suppressions d’emploi en 2009 », annonce D. Fiche, statisticien INSEE de la direction du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle (DRTEFP) de Midi-Pyrénées. En Haute-Garonne, bien que le chiffre soit un peu moins élevé, il n’en est pas moins préoccupant avec une baisse de 18.7%. Avec ces données négatives, « on peut s’attendre à ce qu’il y ait encore une augmentation des demandeurs d’emploi », prévoit M. Fiche.

La crise n’atteint pas tous les secteurs aussi durement. D’après M. Fiche, « l’automobile et la construction sont les plus touchés, l’aéronautique l’est beaucoup moins ». L’industrie toulousaine est ainsi relativement épargnée, avec une augmentation des embauches fin novembre 2008 dans la construction aéronautique, même s’il s’agit d’intérimaires.

« Les jeunes sont une variable d’ajustement »

Le marasme règne dans la majorité des entreprises. En première ligne, les contrats précaires. « Les entreprises ne renouvellent pas les CDD ou les intérims, des contrats qui concernent avant tout les jeunes. Ils sont la première variable d’ajustement ». Les chiffres en témoignent : le nombre de demandeurs d’emploi suite à une fin de mission intérim a fait un bond de 40% en un an. Et c’est chez les moins de 25 ans que la hausse est la plus importante, avec un taux de 21,3% sur un an. Dans le bassin d’emploi toulousain, ils sont 7 147 à chercher un emploi en janvier 2009, c’est-à-dire 20% de plus qu’en 2008.

Tous les jeunes ne sont pas égaux dans la course à l’emploi. Les jeunes les moins qualifiés sont les plus touchés même si, d’après M. Fiche, les licences et autres mastériens ne sont plus épargnés. Le diplôme reste tout de même très protecteur sur le marché de l’emploi. Sur le bassin toulousain, les jeunes non qualifiés en recherche d’emploi sont 25,5% plus nombreux en janvier 2009 qu’en janvier 2008. Chez les bac + 3 et bac +4, l’augmentation n’est que de 8,7%.

Des politiques publiques impuissantes

Que faire pour inverser la tendance ? La question est au coeur de la concertation lancée lundi 9 mars par le haut-commissaire à la jeunesse Martin Hirsch. En complément des autres mesures mises en place par l’exécutif - prime pour les jeunes actifs au chômage, Revenu de solidarité active, contrats aidés - et des actions menée en direction des jeunes par le nouveau Pôle-Emploi, cette commission de concertation rassemblant syndicats, entreprises, collectivités locales et associations se veut " fixer les objectifs d’une politique jeunesse", au-delà de la seule question du chômage. Un fond de 150 millions d’euros a été créé à cet effet. Parmi les pistes privilégiées, la refonte du service public d’orientation permettrait de mettre en adéquation le profil des jeunes avec le nouveau marché de l’emploi. Reste à savoir si de tels voeux, aussi pieux soient-ils, suffiront à infléchir une tendance économique lourde et à rétablir la confiance d’une génération en son avenir.

Agnès Gontier, Romain Parlier